Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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LA RENAISSANCE
Mai 1931
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SOMMAIRE
ARSÈNE ALEXANDRE
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Consécration de Lautrec.
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7 Illustrations.
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Docteur J.-C. MARDRUS
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Jean Berque.
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2 Illustrations.
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ARSÈNE ALEXANDRE
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Le Peintre Duran Camps.
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8 Illustrations.
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JACQUES VERNAY
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Les Musées de Province à Paris.
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5 Illustrations.
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G. LOUKOMSKI
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Les Boîtes laquées russes.
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5 Illustrations.
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PAUL-SENTENAC
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Le Carnet d’un Curieux.
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8 Illustrations.
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CONSÉCRATION DE LAUTREC
par ARSÈNE ALEXANDRE
C'était Maurice Joyant qui devait, à cette place, parler de l'œuvre de Toulouse-Lautrec. C'était lui qui avait toute sa vie soutenu de son amitié le maître au talent de qui il s'était entre tous dévoué. Il l'avait fait connaître par les expositions premières à la rue Forest, puis à celles de la rue de la Ville-l'Évêque, enfin, il lui avait consacré en critique et connaisseur averti et en écrivain spirituel et spontané, un des plus beaux livres de ce temps sur un artiste moderne. Ce n'est pas tout encore... Une ténacité et une énergie de tous les instants, et telles que seules une affection et une admiration sans bornes peuvent en inspirer, lui avaient fait mener à bonne fin deux entreprises également difficiles : la création du Musée Lautrec à Albi, et la présente exposition au Pavillon de Marsan. Les cruautés de la vie ont voulu que lui seul n'ait pas vu le succès de ses efforts. Il mourait cependant après avoir tout obtenu, tout réalisé. Mais les lecteurs de La Renaissance seront privés d'un écrit savoureux et plein sans doute d'aperçus et de renseignements inédits, car rarement peintre aura bénéficié d'un historien aussi documenté et aussi dévoué.
A défaut de Joyant, on voudra bien accepter quelques lignes d'un témoin qui a été son ami et celui de l'artiste et qui a, sans vanité, été le premier parmi les critiques à signaler et à défendre ce talent, un des plus tranchés à la fois; et des plus raffinés des écoles modernes, soit celles qui suivirent les temps de Manet, de Degas et de Renoir.
On devra, enfin, des remerciements à l'amateur d'art très distingué en qui Joyant avait justement placé sa con-
AU LIT. — COLLECTION DE M. PERSONNAZ.
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fiance et son appui pour la réalisation de cette exposition rétrospective, M. A.-S. Henraux, secrétaire général de la Société des Amis du Louvre. Enfin, il est légitime de reconnaître le zèle éclairé que la Municipalité d'Albi et un de ses membres, M. Bellet, ont mis au service de l'acceptation et de l'installation de l'œuvre de Lautrec au Palais de la Berbie, ainsi que du difficile transport de ce musée qui a quitté momentanément les rives du Tarn pour celles de la Seine.
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Cela dit, jetons un coup d'œil, un simple coup d'œil sur le sujet, car les deux volumes de Maurice Joyant ne l'avaient pas épuisé et l'auraient certainement amené à en ajouter un troisième plein de documents et de mordants aperçus.
De la vie de Lautrec faut-il longuement parler ? Rien que pour écarter en quelques mots les côtés injustes et malveillants de la légende qui s'était épaissie sur sa subtile personnalité. De la race des comtes de Lautrec, la malignité n'avait rien à dire. Ses infirmités furent dues à un accident deux fois répété.
Il n'y avait rien d'exact dans ce qu'on appelait la malignité de sa vision. Nous n'avons pas la place suffisante pour démontrer, d'ailleurs les œuvres le font mieux que les mots, que l'observation narquoise de Lautrec contenait beaucoup de pitié et d'indulgence humaines. Puis
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l'alcoolisme. Il n'empêcha jamais le peintre de voir clair et jamais la main du dessinateur ne trembla, et ce stimulant contre les idées sombres, si tant est que Lautrec en ait eu, fut d'un usage relativement modéré pour un organisme même aussi éprouvé.
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Comme la place me serait ici trop mesurée pour faire une analyse détaillée de l'œuvre, analyse d'ailleurs si bien faite par Joyant, je donnerai ici un souvenir personnel qui montrera que cette légende de l'alcool avait été surfait.
Lautrec vers .... subit une crise de dépression nerveuse où le surmenage artistique entrait pour beaucoup plus que l'usage, qu'il serait d'ailleurs puéril de nier totalement, des cocktails. Il s'amusait d'ailleurs beaucoup plus de les faire au bar qu'avaient joyeusement installés chez eux les Natanson, que de les boire lui-même. Toujours est-il que l'on crut bien faire, avec un zèle un peu excessif, de lui prescrire une retraite dans une maison de santé de Neuilly. Il s'y était laissé mener dans un moment d'aboulie, mais il s'aperçut vite qu'il était bel et bien captif. Ses amis de Montmartre (et même de Paris) se doutaient bien que le remède était peut-être pire que le mal, mais n'osaient rien dire. Un article du
Figaro, dû au signataire de ces lignes, où, après une visite à Neuilly, nous disions la vérité, c'est-à-dire la parfaite santé d'esprit et de corps de notre petit camarade, eut pour effet magique de faire rouvrir immédiatement la porte à l'aliéné par persuasion.
Or, pendant ces semaines, qui n'avaient d'ailleurs rien de bien rigoureux, car s'il ne pouvait « rentrer dans la rue » comme chantait Bruant, il avait un vaste parc orné de statues de Pajou pour se reposer, il fit entièrement de mémoire tous les dessins du Cirque. Quand on se rend compte de la science des mouvements, des scènes compliquées, des anatomies humaines et animales, qui règnent dans ces pages, on souhaiterait à beaucoup de gens sobres d'en faire autant.
Mais ce qu'il y a de plus amusant pour finir l'aventure, c'est que l'on crut tout de même prudent après sa libération, de lui imposer une sorte de guide, de cornac. Et Lautrec grisait son surveillant si régulièrement qu'on dut le renvoyer au plus vite !
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Reste les lieux mêmes où il accomplit une partie de son œuvre. Il y trouvait ce qu'il avait fui dans les académies et les ateliers officiels ; des mouvements
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M. SAMARY, DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE.
COLLECTION DE M. LAROCHE.
vrais et des types expressifs. Reproche-t-on à Outamaro d'avoir laissé ses merveilleuses peintures et gravures des « Maisons Vertes »; à Rops ses eaux-fortes de luxe; à Constantin Guys ses croquis, à Forain sa terrible Comédie parisienne. Ce furent, dût le mot faire sourire les gens d'esprit, de véritables saints de l'art, car c'est l'art qui les absorbait et Lautrec dans un certain Yoshiwara proche de l'Opéra-Comique mena la vie para-doxale d'une sorte d'anachorète.
D'ailleurs cette partie spéciale de son œuvre ne chercha jamais une publicité malsaine. Pendant très longtemps elle demeura ignorée et l'artiste ne consentit jamais à la laisser voir à ceux qui mal y pensent et méritent pour cela, comme dans la devise anglaise, d'être honnis. Au surplus, nous consacrerons encore prochainement une étude particulière à ce chapitre, et l'on verra qu'elle prouvera de façon bien curieuse ce que nous venons de résumer.
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Mais l'œuvre, tout le reste de l'œuvre ! C'est quelque chose de très considérable dans l'art moderne. L'énumération seule remplirait des pages de notre revue. Il s'y trouve des portraits de contemporains notoires, et aussi de contemporains typiques, qui ne leur cèdent guère. Des écrivains tels que Romain Coolus, André Rivoire, Edouard Dujardin, Oscar Wilde, Tristan Bernard. Des artistes comme Maxime Dethomas, Henry Nocq, et divers autres. Des acteurs et actrices, chanteurs et chanteuses : Lucien Guitry, Antoine, Jeanne Granier,
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Mlle Margouin, modiste.
Lender, Yvette Guilbert. Voire dans le monde scientifique des sommités telles que Robert Wurtz et ce grandiose Dr Péan faisant son cours pratique de chirurgie à l'amphithéâtre de l'hôpital Saint-Louis.
Le monde des amateurs de théâtre, de music-halls et de bals publics, c'est-à-dire de Parisiens de la meilleure race, recherchant pour leur curiosité mouvementée ces spectacles si pleins de couleur, d'animation, d'humanités mêlées; enfin pour tout dire en peu de mots, le tableau de toute une époque et de toute une société interprété par un dessinateur à la fois vibrant et impeccable, — veilà ce qui fait Lautrec un très grand artiste, comme tous les temps ne peuvent pas se flatter d'en avoir eu, et comme le nôtre, avouons-le, n'en a pas encore d'aussi nerveux, d'aussi forts, et ne craignons pas de le répéter aussi pleins de distinction dans la vérité.
Est-ce tout encore ? Le dessinateur, l'illustrateur, le lithographe enregistrant de retentissants événements comme les procès Saint-Cère, Lebaudy, Arton, sont également aussi abondants que précieux, comme le « décorateur de murailles » qui a renouvelé alors le genre de l'affiche, avec celle si fameuse de la Goulue au Moulin-Rouge, et celle de Bruant, et celle de cette si gracieuse Jane Avril, qui faisait (la danseuse, pas l'affiche) les délices des yeux de Renoir.
Portrait de La Goulue.
Collection de Mme Ch. Pomaret.
Certes, la vie de Lautrec a été bien courte, mais extraordinairement remplie comme le rappelle cette toute sèche énumération. Voilà encore une constatation qui infirme toutes les légendes propagées soit par la badauderie, soit par la jalousie professionnelle, soit simplement par la rapidité superficielle des jugements publics. Tout cela ne tient pas devant un simple croquis ou une esquisse pour ceux qui savent lire dans un trait de crayon ou un coup de pinceau tout le fonds et le tréfonds d'un vrai et grand artiste.
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Au surplus, pourquoi ne céderions-nous pas, pour le plus grand plaisir du lecteur, la parole à M. Tristan Bernard, qui, aux années de début, l'aima et si bien le comprit ?
« Lautrec savait-il qu'il était un grand artiste ? Il voulait être content de ce qu'il faisait. Que son travail lui plut à lui-même, c'était ce qu'il demandait tout d'abord...
« Il faut s'entendre. Lautrec n'était pas isolé du monde. Il vivait de la vie de tous. Il avait l'amour et la
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YVETTE GUILBERT
curiosité perpétuelle de la vie... Il ne pensait pas qu'on le regardait. C'était lui qui regardait les autres. La vie du monde était la pâture de ses yeux.
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Dirai-je après cela tout le charme personnel d'une couleur sobre et harmonieuse, d'une exécution qui s'arrête juste au point qu'il faut, et qui n'a jamais rien laissé à la légère. Qualités spontanées certes, dons de nature, mais employés avec méditation dans la joie de peindre.
De tout cela se compose l'attrait que le public a fini par subir. N'est-ce pas préférable à toutes les paroles que nous arrêtons ici, car on donnerait trop de raison de vérifier, en la modifiant un peu, la sentence de Degas, que «les lettres expliquent les arts sans les (faire) comprendre ?»
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JEAN BERQUE
par le Dr J.-C. MARDRUS
Connaissez-vous pire offense pour un artiste que d'entendre dire de sa peinture : "C'est élégant, c'est distingué" ?... Connaissez-vous quelque chose de plus grotesque que telle flagornerie d'un critique d'art qui cataloguait un peintre, sur lequel il maniait la brosse à reluire : "Un grand bourgeois de notre époque" ?
Ce pauvre bougre de peintre "grand bourgeois", ces artistes "élégants et distingués", et ces thuriféraires à la cervelle obnubilée, s'ils allaient faire un tour du côté du Bazar de l'Hôtel de Ville, au rayon des tableaux d'art, vous laisseraient quelque loisir pour regarder, en sécurité, les toiles, par exemple, de Jean Berque.
Vous vous rendriez péremptoirement compte, à cette exposition, d'une vérité qui semble insolite à première vue, c'est que la technique d'un artiste est une brave petite cuisine qui ne saurait avoir d'importance que pour l'artiste, absolument pour lui seul. Mais vous comprendriez aussi que l'œil de l'amateur de peinture que vous êtes ne gagnerait rien en cherchant à saisir comment est traitée telle toile, en sa profonde contexture.
Vous vous apercevriez enfin que votre œil, "à qui on ne la fait pas", n'a qu'à regarder simplement si cette toile est vraiment peinte, et si cette peinture, vraie de toute sa sincérité, est chose mentale, ainsi que le voulait le divin Léonard. Sinon elle appartient, sans l'ombre d'un doute, au royaume de la bêtise : ce qui est un droit imprescriptible.
Le métier d'un maître de la palette auprès des dieux de lumière n'est donc point, comme l'imagine de vagues nescients, un métier interchangeable et stéréotypé, un métier figé dans un faire unique de l'artiste. Non. Ce métier, chez l'artiste doué de tempérament, sensible aux influences telluriques, varie suivant l'objet et l'atmosphère, sans effort, inconsciemment.
Un toubib avisé ne s'ankylose pas dans les formules d'école et les recettes de pharmacie. Il est tantôt homéo-pathe et tantôt allopathe, et c'est à cette seule condition que son malade s'achemine vers un meilleur destin. Ainsi en est-il de la Peinture-Métier. L'artiste, digne de
JEAN BERQUE. — JEUNE FILLE DEVANT LA GLACE.
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ce nom magnifique, n'est pas l'esclave d'un dogmatisme inférieur, d'une mode ou d'une école. Son langage extérieur étant la peinture, et rien d'autre, il peint sous le signe des Quatre Points Cardinaux. Mais, d'abord, avant et au-dessus de ce langage apparent, il y a ce qui donne sa valeur à l'œuvre créée : le langage intérieur de l'artiste, du savant ou du littérateur. Le rôle de l'artiste consiste à faire passer au premier plan l'expression intérieure qui est émotion et sentiment, et à fixer sur la toile le rayonnement de l'émotion et du sentiment, avant même que de donner le premier coup de pinceau. Opération magique, transmutation. Bien conduite, sublimée par le goût, par le tact et par la mesure, triade sacrée, elle mène en droite ligne au domaine où s'élabore l'œuvre douée de vie. L'Egyptien des hautes époques pharaoniques l'avait bien compris qui avait réussi à peindre la parole et à parler avec des images.
Voilà le but que semble s'être tranquillement fixé Jean Berque. Vous jugerez, sans doute, qu'il a réussi,
qu'il peut se passer de panégyrique, et vous allez avec certitude jouer sur sa tête.
Mais il n'est que temps, Messieurs les grands et petits Mécènes, que cesse enfin la crise démentielle que vous avez grandement accentuée par votre abstention enfantine, pire, par votre carence et votre panique devant l'art et les artistes, devant tous les éléments de culture et de civilisation.
L'art, en vérité, est bien la raison majeure de vivre, pour ses servants. Mais il est pour vous — et sous ses formes multiples, y compris la science et les maîtres de la science et tous les Princes de l'Esprit — votre unique excuse d'exister. Car si votre vie ne doit pas aboutir, en définitive, à servir les œuvres de l'esprit, laissez-moi vous le dire avec sérénité, avec détachement : vous mourrez. Du reste, depuis ces deux sordides années de ladrerie, ne vous sentez-vous pas déjà en état de putréfaction ?
JEAN BERQUE. — L'OLIVIER.
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DURAN CAMPS. — ENSEMBLE DE VILLAGE.
LE PEINTRE DURAN CAMPS
par ARSÈNE ALEXANDRE
Tout nerfs et tout feu. Un entrain irrésistible, un enthousiasme débordant de vie. Tout cela au service d’une conviction ardente dans la conception et l’impression, mais aussi d’une perfection dans le métier, dans la recherche de la matière la plus délicate, la plus rare, de la lumière la plus transparente. Un peu comme ces creusets portés à la plus haute température pour que, refroidis, il en sorte des pierres précieuses.
Tel nous a apparu le Catalan Duran Camps déjà très connu et très apprécié dans son pays (au point d’avoir été admis à figurer dans la collection Plandiura) et qui le sera dans le nôtre dès sa première exposition à Paris.
Ce qu’il aime à peindre ? Vraiment beaucoup de choses et qu’il faut passer ici en revue un peu métho-
All nerve and all fire. An irresistible appeal, an enthusiasm that overflows life itself. All this at the service of an ardent assurance in conception and impression, but also of a perfection in craftsmanship, in choice of the most delicate, the rarest material, of the most transparent light. Somewhat like a melting pot carried to the highest temperature so that in cooling it turns out precious stones.
So the Catalonian Duran Camps appeared to us, already very well known and very much appreciated, although still young, in his own country (to the point of having been allowed to figure in the Plandiura collection) and who will be appreciated in ours after his first Paris exhibition.
What does he like to paint? Certainly many things
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LA RENAISSANCE
DURAN CAMPS. — LA ROULOTTE.
diquement pour se rendre compte du labeur étonnant de cet homme encore en pleine jeunesse. Cette revue, pour le moment, je veux la faire sans tenir compte de sa chronologie. Quelques détails sur la carrière remettront après tout en place.
Des portraits d’abord, car tout doit procéder, en art, de la figure humaine. Ils sont sévères, intenses dans l’expression, graves dans la couleur, impeccables dans le dessin. L’on y sent à la fois le caractère du modèle et la passion de précision d’un peintre qui procède des grands maîtres qu’il a étudiés au Prado. Une image de femme, entre autres, dont le regard fier et profond demeure inoubliable.
Puis viennent les éléments et les accessoires de la vie. Ses natures mortes sont d’une richesse et d’une saveur particulièrement cordiales, engageantes. L’humide émail d’un poisson, l’éclat d’un beau fruit donnent certes l’idée du prix de l’existence, mais aussi, tant par leur attentive disposition que par la caresse de la
which must be passed in review here, somewhat in their order, so as to understand the amazing amount of effort put forth by this man still in his youth. I would make this review without reference for the moment to its chronology. Some details as to his career will be inserted later.
Portraits first, for in art all should begin with the human figure. These are severe, intense in expression, quiet in color, faultless in design. One feels there at once the character of the subject and the painter’s passion for exact truth which comes from the great masters that he has studied in the Prado. A likeness of a woman, among others, whose proud and profound look remains unforgettable.
Then come the elements and the accessories of life. His still lifes have a wealth and a particularly warm appealing flavor. The watery scales of a fish, the shine of beautiful fruit give certainly an idea of the value of existence, but also, as much by their careful arrange-