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L'ART DECORATIF FRITZ ERLER. Panneau décoratif. Galerie Brakl (Munich.) CHOSES D'ALLEMAGNE FRITZ ERLER C'est, à l'heure qui sonne, le décorateur par excellence de l'Allemagne nouvelle, impérialiste et nietzschéenne. Qu'il s'agisse d'un cortège à organiser à Munich, d'un casino à décorer à Wiesbaden, d'une villa de millionnaire à Breslau, d'un restaurant à Berlin, de Faust ou de Hamlet à mettre en scène à cet extraordinaire Théâtre des Artistes, inauguré en 1908, devant tout ce que l'Allemagne compte de princier en politique, en art et en littérature, ou tout simplement d'un portrait, bien à la marque d'aujourd'hui, pour ne pas dire de demain, c'est toujours à Fritz Erler qu'on a recours, parce que la société intellectuelle la plus avancée, comme la société fétarde la plus joyeuse, se reconnaissent le mieux en les fantaisies excessives de son art. Elles naissent assez directement, après tout, de l'Ode à la joie et de la VIIe Symphonie, qui ont leur côté inquiétant, en même temps que de Zarathoustra et, dernièrement, elles furent aussi fortement illuminées par la musique de Mahler. Enfin Erler a été immédiatement reconnu chef par le groupe turbulent et viveur des jeunes artistes munichoises de la Scholle (la Motte, le Bloc si l'on veut), auquel il a donné sa victorieuse impulsion. L'été dernier, après quinze ans de luttes

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et de témoignages de réprobation, tombés parfois même des lèvres impériales, il a enlevé à l'Exposition Internationale du Glaspalast, par sept portraits hors ligne, cette première médaille qui le consacre définitivement le grand peintre d'Allemagne de la génération qui passe la quarantaine. Pour trouver plus avancé et mieux décoratif encore que lui, il faut aller en Autriche, où la grande figure de Klimt, de plus en plus domine tout le mouvement, indissolublement jumelle de celle de Mahler, dont l'autorité sur les arts du dessin est presque aussi grande désormais que sur ceux de son FRITZ ERLER. L'Hiver. Décoration de Wiesbaden. vrai domaine, par les réformes de la mise en scène, tentées par lui à l'Opéra de Vienne, aux temps mémorables de sa direction. Erler est donc, après Klimt, l'exemple parfait en peinture décorative de cette recherche de fusion des arts à laquelle les plus grands maîtres de notre temps, surtout en Allemagne et Autriche, tendent par tous les moyens. On n'est pas mieux peintre, matériellement parlant, que M. Erler. Ses portraits de cette année au Glaspalast, comme souveraineté de la technique demeuraient sans rivaux, même en face d'une des meilleures œuvres de M. Lucien Simon : ce Goüter dans le sémaphore blanc, toutes fenêtres ouvertes sur la mer. J'ai recueilli l'aveu de cette parité dans l'excellence, de la bouche même de critiques français et parmi les plus autorisés. Mais le besoin d'exprimer la vie en décor, avec quelque chose de continuellement carnavalesque et furibond, dont se meut une première manière, subsiste chez lui, fortement amendé désormais par

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L'ART DÉCORATIF 43 les sérieuses réflexions qu'entraîne la fondation d'une famille et la continuelle pratique des grands chefs-d'œuvre de la littérature et de la musique universelles, plus encore que de l'art. Il n'y a pas, en effet, dans la vie de Erler, comme dans celle d'un Klinger, d'un Hans Thoma, d'un Bœcklin ou d'un Sandreuter, pour ne citer que des Allemands, de décisif voyage en Grèce ou en Italie et de contact universitaire, si je puis ainsi dire, avec les mythes méditerranéens. Erler va tout naturellement à l'Océan, celui de FRITZ ERLER. L'Automne. Décoration de Wiesbaden. Bretagne une seule fois, puis celui du Nord, sinon à la Baltique, comme il va aux Eddas et aux origines germaniques. Jeune homme, il prit contact avec Paris, y subit une courte initiation de métier, à la fois devant Monet et Puvis, puis il ne quitta plus l'Allemagne, décidé à créer avec des éléments allemands un art allemand moderne, sans plus aucun rapport avec le traditionnaliste, qui s'inspire du Stille Garten et des vieux maîtres d'en deçà. Durer, Grunwald, c'est ou trop ou pas assez vieux pour lui et surtout trop chrétien. De même il s'est tout à fait détourné de Wagner dont il n'y a pas trace dans son œuvre. Ce Goethien, amené par Nietzsche au culte de la force et du Fais ce qui te plaît, retourne tout droit au paganisme : celui de la Germanie et de la Scandinavie primitives, ou celui tout simplement du carnaval munichois ou rhénan annuel, qui n'a rien à apprendre des Saturnales.

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Il faut noter toutefois que cette énergie indomptable d'un art joyeux et conquérant, chez Erler comme chez Nietzsche, pourrait bien provenir d'un ferment autre qu'allemand dans le sang. Né aux confins de la Pologne, Erler met dans son œuvre une sorte de furie qui ne doit pas être aussi éloignée qu'on le croit de celle, toute slave, d'un Josef Méhoffer, et l'empire que sait prendre sur son imagination la vieille Mater Nordica ou les jeunes géants blonds, descendus du Nord en conquérants, constitue un phénomène très analogue à celui du perpétuel retour des rêveries d'un Nicolas Rœrich, vers la préhistoire et les origines Varègues. Puis-je même ajouter que son type de femme constant est très caractéristique de cette tournure d'esprit. Ce n'est plus l'Allemande sentimentale et tendre de jadis, la petite-fille de Goethe, qu'on protège ou qu'on brise; c'est au contraire la créature de calme et de force, la jeune géante, elle aussi, faite pour connaître tantôt la paix des maternités réfléchies,tantôt, au contraire, cette liesse sans arrière-pensée des heures de fête un peu ivre. Et dans l'un et l'autre cas, elle est tranquille dans son amoralisme, et ne reconnaît qu'un pouvoir, celui de l'homme qui la subjugue. Toute idée de fragilité, de joliesse, d'élégance, et même de charme, doit s'écarter de ces créatures : elles sont dans la vie la chairet la pensée, la fête des sens et la raison ou l'ambition ; elles rejettent de l'amour, du drame et du roman tout ce qui est profondeur d'âme et sensibilité délicate. Elles sont faites pour la jouissance ou la conception. Elles n'ont le goût ni FRITZ ERLER. L'Été. Décoration de Wiesbaden.

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L'ART DÉCORATIF 45 FRITZ ERLER. Jeunesse et Vieillesse. Décoration de Wiesbaden. du chiffon, ni du potin. Quand elles s'habillent, elles ne portent pas la mode, mais l'empreinte de la fantaisie de Erler. Il faut s'habituer à elles comme aux montagnes et aux frimas, car souvent un automne précoce les blanchit, et si elles reviennent à la poudre et aux paniers des siècles classiques, on ne les voit jamais à Versailles, où elles

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$\mathbb{R}$ 46 $\mathbb{R}$ L'ART DÉCORATIF $\mathbb{R}$ FRITZ ERLER. Étude. épouvanteraient de leur barbarie empanachée, mais plutôt en reines et en Margraves du Nord, à Ansbach, à Hanovre, à Kroneborg ou même à Peterhof, connaissant les amours presque sauvages d’un Struensée, d’un Kønigsmark ou d’un Lanskoï. Vous rappelez-vous, à nos premiers Bayreuth, la stupeur du sans-transition des actrices parisiennes ou cantatrices wagnériennes, d’une Reichemberg, d’une Rose Caron à une Rosa Sucher ou à cette Materna, dont M. Bellaigue se demandait si elle n’avait pas été « bâtie et baptisée par les Romains ». Eh bien ! aujourd’hui, ces grandes Wagnériennes passionnées ne représenteraient encore que la mi-chemin entre la créature, disons de Caro Delvaille ou de la Gandara, et ces puissantes et calmes femelles des Eddas dont les filles, non dégénérées, font aujourd’hui figures d’héroïnes d’Ibsen. De Michel-Ange à Gustave Moreau, ou à M. Renoir, comme l’on veut, la femme, en art, subit une continuelle progression d’affinement et, du type universel, passe au type ethnique, ou individuel. Brusquement avec M. Erler nous remontons aux origines. Il a le grand bon sens de ne pas chercher à sophistiquer, à truquer la femme allemande, il la donne pour ce qu’elle est, mais toutefois l’ennoblit par la constatation qu’elle n’a pas dévié de ses origines. Et l’on pense à la géante de Baudelaire. En effet, Du temps que la Nature en sa verve puissante Concevait chaque jour des enfants monstrueux, j’imagine que le spectacle d’une baignade à Rugen ou à Bornholm ne devait pas sensiblement différer de ce magnifique Elé, de la décoration de FRITZ ERLER. Madone.

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L'ART DÉCORATIF Wiesbaden, où, sous un ciel noir, une mer indigo se brise en blanches écumes autour des corps puissants, que l'on voit s'offrir à ses rudes caresses Et grandir librement dans ses [terribles jeux. Le coloris de M. Erler est à l'avenant de ses conceptions, et il s'y fait aussi totalement abstraction du sens chrétien. En deux mots je m'explique, quoique, à vrai dire, il taudrait un grand chapitre pour la complète exposition de ce point de vue. Qu'on le veuille ou non, nous venons de vivre dix-neuf siècles d'une culture qui, en tout, a subi non seulement la marque du christianisme, mais a été sinon engendrée entièrement par lui, du moins par une assimilation avec la civilisation de Rome, vrai mariage où c'est lui qui a joué le rôle du mâle. Tel athée radical d'aujourd'hui appartient encore, par tous ses goûts esthétiques, au christianisme romanisé (ou au romanisme christianisé) et ne se doute pas qu'en déclarant laide telle association de couleurs, il fait presque un signe de croix. Nos artistes n'ont jamais cessé d'œuvrer, en France, et je n'excepte ni les impressionnistes, ni les pires indépendants, selon une harmonie et un contrepoint qui, parfaitement, ressortissent à un goût de la couleur, comme du dessin à peu près immuable, et dont la base a été le symbolisme des tons francs dans les vêtements du Christ, de la Vierge et des Apôtres des tableaux des vieux maîtres italiens. Tout le système qui a créé notre goût vient de là. On n'a jamais ratiociné que sur des questions de détail, d'harmonie consonante ou d'harmonie dissonante. Mais à l'unanimité, et à de légères variantes près, de tout temps on a déclaré certaines harmonies laides, on a réprouvé certains accords, et au symbolisme général des couleurs nulle atteinte n'avait encore été portée : le deuil et le malheur et le péché avaient toujours été noirs ; l'innocence, la clarté et le bonheur blancs ; la passion rouge, et l'on s'était toujours méfié du jaune, comme d'une couleur mise en purgatoire, sinon en enfer. Bœcklin a le premier porté des coups droits à cette religion des accords et à cette superstition des couleurs. Le seul fait de ce genre qu'on puisse citer en France viendrait peut-être du cher et triste poète qui, par un hasard fortuit, et FRITZ ERLER. Étude.

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qui semble aujourd'hui prouvé, a déclaré noir, A, blancheur suprême. Mais ce seul sonnet de Raimbaud n'a jamais été qu'une curiosité, et n'a pas porté au goût public, bien plus redoutable encore que l'opinion publique, ces défis qui longtemps firent hurler, en Allemagne comme en France, devant le Vila somnium breve ou les Jeux de la Vague. Cependant l'œuvre de Bœcklin ne faisait encore, dans son ensemble, que revenir au sens antique de la couleur et à quelques harmonies tranchées des vieux maîtres, si bien tombées en désuétude, qu'on les crut neuves jusqu'à l'horreur. D'autre part, nos artistes prenaient au Japon tout ce qui confirmait leur manière de voir et laissaient tout simplement de côté ce qui, beaucoup plus fréquent, s'en écarte. Personne ne songeait à réhabiliter le noir comme couleur de splendeur, et à retirer le jaune sacré, triomphal en Extrême-Orient, le jaune impérial, païen et maudit, de la géhenne où le christianisme l'avait réduit à n'être plus qu'esclave et sous la forme or, à parer ses saints et à leur servir de repoussoir. Car il était ensemble maudit et sacré et faisait partie de la cathédrale à la façon du diable, à la dernière place du dernier banc. C'est Segantini qui rendit à l'or son rôle dans la nature même simplement réaliste; c'est Klimt qui le profane ou le laïcise; et le jaune, c'est Erler qui le rétablit dans sa puissance première et en fait, avec le noir, comme la base d'une gamme nouvelle. Il faut, pour bien comprendre cette véritable révolution, ce renversement de fond en comble de toutes les notions généralement admises jusqu'ici sur les tons froids et chauds, les couleurs gaies et tristes, belles et laides, avoir vu les fresques de Wiesbaden. Personne qui, tout d'abord, ne donne raison à l'Empereur Allemand, et ne se cabre devant ces ciels noirs, ces personnages printaniers d'un jaune de jeunes pousses, cet Hiver sans FRITZ ERLER. L'Air. Décoration du Restaurant de l'Exposition (1908) de Munich.

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L'ART DÉCORATIF neige, paré de toutes les joies du carnaval. Mais beaucoup en reviennent. Et comme disait une femme illustre d'aujourd'hui à son premier mari, abandonné pour un plus voyant : « La question n'est pas de pardonner, mais de comprendre ! » Seulement, entre les deux termes, se place cette sorte de jouissance que procure la révélation d'une saveur nouvelle. On s'y fera... comme au café et au tabac ! De cette prédilection pour la somptuosité des noirs et des jaunes, pour la froideur des gris et des verts, il advient naturellement que si M. Erler se décide à user des rouges et des bleus, la violence naturelle avec laquelle il les exaspère, par des moyens à lui, redouble la surprise. Après la décoration terne et exquise des grands maîtres français d'il y a un tiers de siècle, qui tendaient à vêtir le mur d'une délicate tapisserie, les contrastes forcés de Erler, qui eux aussi vêtent la muraille, tant ils dépassent audacieusement la nature vue par les fenêtres, prennent le contrepied non de la théorie de Puvis, mais de sa façon de la mettre en pratique. C'est la somptuosité des pourpres royales prenant la place de la délicatesse tenue des nuances. C'est, dirai-je, pour me faire comprendre le ton et demi, suppléé au demi-ton, l'outrance au delà, opposée à qui préconisait l'outrance en deçà. A l'Exposition tout court, comme on dit à Munich, des édifices d'une logique si géométrique, qui depuis l'an passé se sont installés d'une façon définitive sur les hauteurs en arrière de la Bavaria, il est un petit pavillon rond, à coupole, au bout d'une aile du grand restaurant, qui a été décorée par M. Erler de telle façon : entre les fenêtres, les Quatre Eléments, en fresques légères; puis tout autour de la coupole, remplis d'une atmosphère jaune, sur la corniche, FRITZ ERLER. Le Feu. Restaurant de l'Exposition de Munich.

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L'ART DÉCORATIF des putti, qui balancent de lourdes guirlandes de ces intenses grosses gentianes bleues, d'un bleu presque noir, dont tout le plateau de graviers alpestres s'émaille en mai. Car il ne faut pas oublier non plus que ces excès de la couleur, la nature allemande, dure et crue, violemment verte et noire et violemment fleurie sous « l'âcre bise du Nord » à laquelle une duchesse de Dino, qui y était née, se sentait pourtant désacclimatée après son premier retour de France, les impose, et que le devoir des artistes allemands est de s'y soumettre et de les interpréter, comme le devoir, sous des cieux plus éléments Printemps I. Dessus de porte. et dans des sites moins brutaux, a été de doser si délicatement cet art français, qui a été toute amabilité et mesure. Et il l'est encore jusqu'en ses plus extrêmes manifestations : mettez un tableau de Maurice Denis à côté d'un de Fritz Erler, la proportion reste la même qu'entre Puvis et Ludwig von Hoffmann, Moreau et Stuck, Delacroix et Bœcklin, pour former des couples un peu arbitraires, il est vrai, mais du moins typiques d'un goût de la couleur congénère. Si la lourde chaîne de gentianes bavaroises sous la coupole jaune ambré, de l'annexe du restaurant en question, nous a surpris comme la plus superbe extravagance dans le bleu, de cet art de M. Fritz Erler, aujourd'hui tant extravagant et qui, demain, sera comme d'autres classique, jamais le rouge, un rouge rare et à proprement parler diabolique, du carmin qui serait du feu, du sang qui serait de la braise, n'est monté au degré d'exaltation où nous l'a montré certain portrait de femme du Glaspalast, dont la pose avant même que la toilette incandescente, de la flamme vue à travers des grenats, était déjà une trouvaille de la dernière audace. Ces portraits du reste sont l'unique partie de l'œuvre, par laquelle se marque la transition entre cet art déjà de demain et celui qui, hier encore, nous versait ses dernières consolations. Inutile de dire que, d'une

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L'ART DÉCORATIF 51 ressemblance criante, ils donnent l'image la plus explicite d'une société, dont la physionomie a aussi considérablement évolué que lui-même, l'art du portrait depuis Lenbach. Je n'ai pas l'honneur de connaître autrement le Dr Neisser que pour avoir échangé trois mots en français avec lui, à une première de Mahler, et me garderai bien de risquer un portrait moral de cette célébrité médicale, qui est allée s'instruire aux Indes, d'un peu plus que de ce qui s'apprend dans les cliniques et les amphithéâtres, d'après les trois portraits de lui, que je connais de Erler : mais je puis du moins affirmer mon sentiment que, depuis les provéditeurs vénitiens de Tintoret, ces types de presque souveraineté en leur domaine restreint, peu d'êtres peints avaient fait figure aussi hautement décorative. L'homme de science dans tel de ces portraits, en vérité, prend rang de doge, de cardinal, de pape, de bonze ou même de grand lama moderne, comme ailleurs un vulgaire bohème, à force d'aplomb, se conquerra l'autorité, ce quelque chose de décisif et de péremptoire du prêtre en d'autres époques ; comme enfin tel petit garçon riche se parera de façons toutes neuves et en quelque sorte mondiales de faire le petit seigneur. Et de tous ces portraits se dégage la proclamation des mêmes dogmes nouveaux : l'or est roi; la force l'emporte sur le droit; le monde est au plus fort; plus de frein à la volonté de puissance et de jouissance. Et si nous ne nous inclinons pas encore, nous ne nous inclinerons jamais, devant ces effigies diverses d'un seul fait, l'imperialisme germanique, du moins rendrons-nous cette justice à l'artiste qui a créé l'art d'un tel fait. Dieu ! Que même les Bismarck, les Moltke, les Doellinger, de Lenbach, nous paraissent figures débonnaires, auprès même d'un enfant de Fritz Erler! C'est que, quels que fussent ces diplomates, ces soldats et ces savants, ils appartenaient encore à