Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'AMOUR DE L'ART
RENÉ HUYGHE DIRECTEUR
IX
LE THÉÂTRE ET LE MONDE
par JACQUES COPEAU
ÉVOLUTION DU MEUBLE MODERNE
NOVEMBRE 1935
PRIX : 12 FRANCS
RÉDACTION : 63, AV. DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8°). — ADMINISTRATION, PUBLICITÉ : ÉDITIONS A. SEDROWSKI, 33, RUE CLAUDE-TERRASSE, PARIS (16°).
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WALDEMAR GEORGE
LA PEINTURE ITALIENNE ET LE DESTIN D'UN ART
Un livre illustré de dessins de Pisanello, Verocchio, Botticelli, Raphaël, Léonard de Vinci
Prix : 3 fr. 50
AUX ÉDITIONS NATIONALES, 10, RUE MAYET, PARIS
ÉDITIONS A. SEDROWSKI
33, RUE CLAUDE-TERRASSE - PARIS (16e)
Vient de paraître :
LA DAMNATION DE SAINT GUYNEFORT
PAR EUGÈNE LE ROY
OUVRAGE INÉDIT ILLUSTRÉ DE 33 BOIS ORIGINAUX DE MAURICE ALBE
ÉDITION ORIGINALE
Un volume format in-4° couronne (18,5×23,5), composé en vieux romain corps 16, présenté sous couverture remplie, en deux couleurs, et imprimé sur les presses du maître-imprimeur R. Coulouma, à Argenteuil, H. Barthélémy, directeur.
Le tirage est limité à : 50 exemplaires sur Japon Impérial, numérotés en chiffres romains de I à L, contenant chacun une suite des bois ...
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AVEZ-VOUS SONGÉ
Qu'un abonnement à la Revue
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10 FOIS PAR AN LEURS AMIS PENSERONT A EUX ET LES REMERCIERONT.
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"L'AMOUR DE L'ART" se tiendra à la disposition de ses abonnés pour aviser leurs bénéficiaires suivant les directives qu'ils indiqueront.
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montant $\partial$ abonnement-cadeau ci-dessus.
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SIGNATURE: ______________________
A ______________ le ______________
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A adresser:
L'AMOUR DE L'ART, Editions A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, Paris
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Une initiative de "L'Amour de l'Art"
Afin de permettre à ses abonnés de suivre d'une façon plus directe L'ACTUALITE ARTISTIQUE, et afin de rendre plus efficace l'action qu'elle a entreprise, notre revue organise à partir du 1er Décembre
UNE SUITE DE CONFÉRENCES
qui auront lieu
DANS LES PRINCIPALES EXPOSITIONS D'ART ANCIEN ET MODERNE
et qui en seront le commentaire vivant.
Tour à tour....
Au Musée de l'Orangerie (Exposition d'Art flamand, Exposition Cézanne, Exposition Corot, Grandes Collections suisses d'Art ancien et moderne),
Au Petit Palais (Exposition des Artistes du Temps, Exposition Gros),
Au Musée des Arts Décoratifs,
A la Bibliothèque Nationale,
Dans des visites de collections particulières, etc...
MM. René Huyghe et Germain Bazin s'appliqueront à mettre en valeur les aperçus nouveaux que permettent ces groupements passagers et à dégager leur apport dans la vie artistique contemporaine. Les plus importantes de ces conférences seront reproduites dans L'Amour de l'Art.
Les abonnés de L'Amour de l'Art pourront s'inscrire à une série de dix conférences, pour le prix de 50 francs. Le prix de l'inscription sera de 100 francs pour les auditeurs non abonnés à la revue. Nos abonnés bénéficient donc d'une réduction de 50%.
Les demandes d'inscriptions devront être adressées aux Editions Sedrowski, 33, rue Claude-Terrasse, Paris (16°).
Le nombre d'auditeurs de cette série de conférences étant, par suite des possibilités restreintes qu'offrent les salles d'exposition, limité à 60, on aura intérêt à s'inscrire le plus tôt possible.
L'Amour de l'Art étudie au surplus un programme de conférences avec projections sur les “grands problèmes de l'heure”, les “grandes sources de poésie de l'art” et les “maîtres du passé et du présent” qui font le plus profondément écho à nos préoccupations actuelles.
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L'AMOUR DE L'ART,
à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de La Fresnaye, a souscrit un certain nombre d’exemplaires de l’ouvrage de E. Nebelthau, “ROGER DE LA FRESNAYE”, suivi de 45 reproductions en héliogravure et de 11 lettres inédites de l’artiste à ses amis (Editions Paul de Montaignac), première étude complète consacrée à un grand peintre d’hier, disparu trop tôt.
L'AMOUR DE L'ART,
persuadé que cet ouvrage neuf et documenté intéresserait ses abonnés, les ferait bénéficier exceptionnellement du prix de souscription de 20 frs, au lieu de 25 frs, prix de librairie. Ces conditions spéciales ne sont valables que pour les abonnés de l’Amour de l’Art.
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HISTOIRE
DE
L'ART CONTEMPORAIN
LA PEINTURE
Publiée sous la direction de René Huyghe, directeur de l’AMOUR DE L’ART, conservateur-adjoint au Musée du Louvre, avec la collaboration des plus éminents critiques d’art contemporains. Documentation réunie par Germain Bazin. Préface de Jean Mistler, ancien Sous-Secrétaire d’État aux Beaux-Arts. Introduction de Henri Focillon, professeur à la Sorbonne.
Un volume gr. in-4° (32x25), sur papier couché de grand luxe, 536 pages, ill. de 650 grav. broché 200 fr.
Relié demi-chagrin ...
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L'AMOVR DE L'ART
DIRECTEUR RENÉ HUYGHE
DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN
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REVUE MENSUELLE
NOVEMBRE 1935, N° 9
SEIZIÈME ANNÉE
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SOMMAIRE
TABLE D'ORIENTATION :
Le Théâtre et le Monde......................... Jacques Copreau.
PRIMITIFS FRANÇAIS :
Une Œuvre nouvelle du Maître de 1456.............. Klaus Perls.
AVANT L'EXPOSITION DE 1937 :
Meubles en quête d'un Style........................ Bernard Champigneulle.
DOCUMENTS :
I. Matieu Dubus..................................... Jacques Combe.
II. Sculptures d'aveugles........................... Dr Zaloscer.
EXAMENS DE CONSCIENCE :
VI. Corbellini......................................
UN FAIT, DES FAITS...
La troisième cheminée de « Normandie »............ Léonard Beck.
Echos et Informations............................... La Rédaction et J.-M. Campagne.
UNE EXPOSITION DES EXPOSITIONS...
L'Exposition Vermeer, à Rotterdam.................. Germain Bazin.
Vacances à Paris, en Province, à l'Etranger.......... G. B. et M. F.
UN LIVRE, DES LIVRES...
Les dessins de Vinci du château de Windsor........ René Huyshe.
Chronique bibliographique........................... R. H. et G. B.
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FRANCE 95 FR.; BELGIQUE 107 FR.
ÉTRANGER 150 ET 175 FRANCS
RÉDACTION : 63, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES PARIS (8°), Téléphone: ÉLYSÉES 66-67
Administration-Publicité: Éditions A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, Paris (16°). Tél. Jasmin 02-78
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Comité d'Honneur :
Madame la Princesse GAËTANI DE BASSIANO.
Madame COLETTE.
M. BERNARD BERENSON.
M. ABEL BONNARD, de l'Académie française.
M. GABRIEL COGNACQ, membre du Conseil des Musées nationaux.
M. DAUTRY, directeur général des Chemins de fer de l'Etat.
M. D. DAVID-WEILL, membre de l'Institut, président du Conseil des Musées nationaux.
M. HENRI FOCILLON, professeur à la Sorbonne.
M. le Comte HUBERT DE GANAY.
M. JEAN GIRAUDOUX.
M. ALBERT S. HENRAUX, président de la Société des Amis du Louvre.
M. ETIENNE NICOLAS, amateur d'Art.
M. GEORGES RENAND, amateur d'Art.
M. PAUL VALÉRY, de l'Académie française.
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Comité de Direction :
MM. René HUYGHE,
GERMAIN BAZIN et WALDEMAR GEORGE.
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Secrétaire de la Rédaction :
MICHEL FLORISOONE.
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Comité d'Architecture :
MM. AUGUSTE PERRET,
LOUIS SUE, ANDRÉ VERA
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL :
JEAN-CHARLES MOREUX
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TABLE D'ORIENTATION
LE THÉÂTRE ET LE MONDE
par JACQUES COPEAU
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Au moment où Jacques Copeau, dont la personnalité puissante domine le théâtre contemporain, annonce, après une retraite de plusieurs années, sa rentrée prochaine avec une troupe formée par lui, nous avons le plaisir de présenter à nos lecteurs ses vues nouvelles, qu'il a exposées dans une récente conférence prononcée en Suisse, à Coppet devant des membres de la Société des Nations.
La Rédaction.
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En parlant du théâtre dans ses rapports avec le monde, je me propose une vue rétrospective et une anticipation. Je voudrais rappeler quel rôle a pu jouer ce grand art dans la vie morale des peuples, me demander pourquoi il ne le tient plus, et comment il pourrait le ressaisir.
Il y a eu un temps où le peuple entier se préparait, se recueillait, se purifiait dans l’attente d’une célébration théâtrale à laquelle un dieu présidait chaque année. Toutes les cérémonies propres à rehausser dans l’homme le sentiment de sa dignité civique servaient de préface ou d’accompagnement au conteste des poètes tragiques. La jeunesse prenait alors à témoin de son serment viril les plus vieilles divinités autochtones. Les formes de la représentation étaient si puissantes qu’elles atteignaient le spectateur au fond de son être. Les citoyens assemblés formaient si bien un corps et une âme, et cette âme les premiers de la ville la tenaient si bien en considération, que plus d’un ouvrage fut par eux écarté comme blessant, ou comme trop exaltant, ou comme trop déprimant pour le spectateur athénien.
Il y a eu un temps où des foules plus nombreuses encore, peut-être plus ignorantes, mais non moins animées de foi, non moins pénétrées par la solennité de la circonstance, s’acheminaient par de mauvaises routes, malgré l’intempérie d’un climat moins favorisé, pour assister, debout, pendant des heures, quelquefois pendant plusieurs jours, à la représentation que leur offrait toute une ville en émoi, par le ministère de ses clercs et de ses laïques, de ses gens d’armes et de robe, de ses artistes, de ses artisans, de ses marchands, jeunes et vieux.
Pourquoi ces spectacles exerçaient-ils de loin pareil attrait sur toute une région? Parce qu’ils produisaient des images, parce qu’ils exprimaient des pensées, de forme et de fonds populaires, dont tout un peuple pouvait faire sa nourriture et son enseignement.
Que lui montrait-on, à ce peuple?
On lui montrait la vie, les souffrances et la mort d’un Dieu fait homme afin de sauver les hommes. Et, trop faible pour s’élever aux conceptions des théologiens, il ouvrait son cœur au spectacle dont il attendait une édification.
On lui montrait des ignorants qui raillent, des infidèles qui désertent, des méchants qui persécutent. Et, se sentant pécheur, il s’agenouillait en se frappant la poitrine.
On lui montrait de pauvres gens dociles à la prédication de l’amour. Et, pauvre comme eux, communiant avec eux, il s’élevait par amour au-dessus de lui-même.
Les Miracles de Notre-Dame enseignaient l’Espérance et la Charité. On y lit en termes clairs la précaire destinée humaine. Le bien et le mal n’y sont pas seulement nommés et définis. Ils y sont montrés, personnifiés. L’affrontement de la nature à la grâce, le débat de l’âme pécheresse et rachetée, s’expriment dramatiquement par la compétition des anges avec les démons. Nous avons sous les yeux l’incarnation des forces qui s’exercent, à tout
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instant du jour, pour influencer, dans ses moindres démarches, la volonté de l'homme; pour lui tendre des pièges,
l'avertir, le troubler ou le secourir ; pour solliciter par le haut et par le bas sa pauvre liberté. Les démons tirent
et les anges soulèvent. La Vierge Immaculée, Mère de Dieu depuis l'éternité, mère des hommes depuis le Calvaire,
met dans ce jeu trop souvent inégal le poids de son amour. Par une perpétuelle intercession, par une inlassable
conjugation contre la Justice de Dieu, en faveur de Sa Miséricorde, elle prépare le pardon d'un grand crime moyen-
nant une petite prière. Parce qu'une prière, si petite soit-elle, est à son regard un indice que l'homme essaye de s'en
remettre à Dieu pour faire mieux sa volonté, c'est-à-dire pour évoquer les puissances qui purifient, conservent,
dirigent et construisent, à la confusion de celles qui souillent, égarent, aveuglent et détruisent.
Ces deux exemples, pris fort loin de nous, dans l'antiquité et dans le moyen âge, éclairent deux formes de
représentation dramatique qui ont leur point d'origine dans la vie morale des peuples, et leur retentissement sur
elle. L'une et l'autre impliquent une conception ferme de l'humain, de ses origines, de sa condition, de ses rapports
avec l'au-delà.
Beaucoup plus près de nous cette conception objective forme encore le ressort de la tragédie, comme celui
de la comédie, soit qu'elle intéresse l'homme naturel et ses passions, l'homme religieux et ses obligations, l'homme
social et ses conventions.
Eschyle et Sophocle étaient tragiques par leur notion d'une fatalité remontant jusqu'aux dieux, et par
celle d'une démesure inhérente au caractère de l'homme.
Corneille et Racine sont tragiques par leur idée de l'honneur, du mérite, de la grâce ; par toutes les résis-
tances auxquelles se heurtent les passions du héros dans les lois dont il n'est pas l'auteur, qui sont les lois de son
sang, de sa famille, de sa patrie, de sa religion. Ces héros sont des individus. Mais des individus reliés. Et par là
contrariés. Et par là dramatiques. Les drames, où ils agissent et sont agis tour à tour, comportent un enseignement
par leur péripétie et, par leur dénouement, ce qu'Aristote appelle une purgation des passions.
Molière ne cherche pas son homme. Il le trouve tout composé, dans une société d'origine chevaleresque et
d'usage chrétien. Son observation s'exerce sur une échelle de valeurs hiérarchisées. Sa philosophie se réfère à une
morale éprouvée. Ses jugements comiques portent sur des conventions admises, des rapports constants, des meurs
caractérisées, des styles cohérents. Il s'adresse à un public dont les goûts, les règles d'existence, la culture humaine,
les préventions philosophiques et sociales sont assez consistantes pour lui faire trouver déplaisant ou ridicule tout
ce qui s'écarte d'une certaine moyenne, d'une certaine harmonie de pensée, de caractère et de conduite, tout ce qui
déborde, par des travers, des excès, des erreurs, un certain dessin de l'honnête homme.
C'est pourquoi le grand comique de Molière est si clair, et si infaillible le mécanisme qui le fait jouer.
Quand les cadres que je viens d'indiquer sommairement sont brisés par une philosophie négative, quand les
penchants de l'homme tendent à l'emporter sur toute discipline intérieure, quand les liens du mariage et l'auto-
rité paternelle sont relâchés au point de désassembler la famille, quand l'amour est réduit à l'appétit charnel et
l'honneur considéré comme un objet de dérision, quand les rangs sociaux sont confondus et les croyances disqualifiées,
quand la personnalité même est mise en doute jusqu'à ne plus former qu'un faisceau délié de tendances confuses;
quand l'homme, au lieu de se dégager et de se construire, ne reçoit plus de lui-même que la mission de se connaître
ou plutôt de se chercher, et d'ajouter par son intelligence au chaos de la nature ; quand il ne trouve plus en lui et
hors de lui de résistances et qu'il prend enfin pour mot d'ordre le « tout est permis », alors il n'y a plus de comédie
ni de tragédie.
Il n'y a plus que des explorations sans but, des découvertes sans nécessité, des analyses, des descriptions
des impressions et des images.
La tragédie se dénote avant que de s'être formée. La comédie se réduit à des exposés, à des tableaux, à
des conversations. Le drame n'est plus qu'un pur écoullement, un flux sans reflux, un discours sans conclusion, sous
prétexte que la vie ne conclue pas. Le théâtre se déforme en s'enfant des procédés du roman. La scène s'assimile
à l'écran, sur lequel les images projetées touchent le spectateur en raison de leur nouveauté, de leur étrangeté, de
leur agrément ; en raison des sensations qu'elles éveillent, de l'ordonnance et du rythme selon lequel elles s'écoulent.
Là, nous cherchons une musique qui nous divertisse et nous dépasse, qui nous berce et nous charme, sans nous
déranger, sans faire beaucoup d'appel à l'intelligence, au jugement, à la réflexion, encore moins aux réactions de
l'âme, par lesquelles le spectateur se distingue du spectacle, par lesquelles l'homme poursuit d'heure en heure son
achèvement humain, ce travail de la créature qui la fait entrer en collaboration avec son créateur.
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L'homme de Molière, quelque excès de liberté dont il ait pu témoigner au regard de son temps, était encore, lui aussi, un homme relié.
L'homme moderne est seul. Il est à soi-même l'unique question posée. Une éternelle question, dont la réponse n'est pas en lui. Il s'est voulu sans foi ni loi. Il cherche aujourd'hui sa loi et, comme il le dit, une foi nouvelle. Un point stable et intelligible auquel il puisse se rattacher, afin de ne plus flotter à la dérive, se disperser et se perdre.
De cette réfection humaine dépendra, sans doute, la réfection d'un art dramatique humain, déterminant les limites de l'homme et la portée de ses actes; d'un théâtre sincère, inspiré du dedans, et non plus seulement amusé de vaines visées esthétiques, desséché par d'inépuisables recherches techniques.
Toute nation qui se veut grande doit honorer son théâtre.
On touche un lieu commun — mais c'est une vérité éternelle — en disant que nul art autant que celui du théâtre, puisque son existence même dépend du grand nombre, ne relève de l'état social et de la mystique du temps.
Partout où prévaut une volonté morale et politique, nous la voyons soucieuse du problème théâtral autant et plus que de tout autre. Elle veut faire du théâtre une branche de l'éduca- tion publique, l'instrument d'une pensée nationale ou de celle d'un parti.
des artistes de valeur ont mul- tiplié leurs efforts pour relever le théâtre de sa décadence, pour lui ouvrir des perspectives. Ils ont presque toujours abouti à l'impassé. Leur génie ne semble pouvoir respirer, vivre, fructifier que là où une impulsion générale serait donnée, là où régnerait un esprit nouveau, où se leverait un public rajeuni, formulant sa demande, exprimant son besoin, répondant à un appel, et par là donnant au spectacle sa raison d'être, son importance et sa des- tination.
On nous demande souvent : quel sera le drame de l'avenir? Comme si cette forme future dépendait de nous, de nos travaux, de notre intelligence et de nos conceptions. Il n'y a pas de drame de l'avenir. Le drame est essen- tiellement un fait du présent, un phénomène contemporain, une proposition dont le succès dépend de l'accueil et de la réponse qui lui sont faits. Il est accepté ou rejeté séance tenante. Son droit à l'existence se confond presque avec sa capacité de succès. Les plus grands génies du théâtre, immortelles dont la lecture et la cœurs qui ont laissé des œuvres représentation nous touchent encore : Eschyle, Aristophane, Shakespeare, Lope, Calderon, Corneille, Racine, Molière, travaillaient pour l'immediat. Plusieurs d'entre eux ont été, dans une grande mesure, des improvisateurs. Leur génie, si exceptionnel qu'il fût, répondait au goût d'un public, que ce goût fût celui d'une élite ou celui du grand nombre.
Si en 1910, en 1914, et même en 1920, l'on avait demandé au maître du théâtre russe, à Constantin Stanislavsky: quel sera le drame de l'avenir? je crois qu'il se serait dispensé de répondre, ou qu'en répondant il aurait couru grand risque d'erreur. C'est qu'à la veille de la guerre la société d'ancien régime touchait à son déclin et le théâtre russe entrait dans une impasse. Au lendemain de la guerre, la société soviétique était en plein chaos révolutionnaire. Mais interrogez aujourd'hui le même Stanislavsky, comme j'ai eu l'honneur de le faire il y a peu de temps, cet homme d'ancien régime et de haute culture vous répondra que la Russie est devenue le terrain privilégié de l'activité dramatique, que les théâtres y sont appelés désormais, outre les représentations régulières du soir, à donner plusieurs matinées par semaine pour répondre à la demande, et que de nombreuses salles de dimensions inusitées y sont en voie de construction. Cette accession d'un nouveau public aux plaisirs de la scène ne pose pas seulement des problèmes d'architecture théâtrale. Elle pose avec eux, et dans leur dépendance, des problèmes de conception et de technique dramatiques. En octobre dernier, au Congrès Volta, tenu à Rome dans l'enceinte de l'Académie d'Italie, Alexandre Taïroff ayant à présenter un rapport sur la situation théâtrale de son pays exposait tout d'abord ce qu'elle doit à la Grande Révolution d'octobre: «C'est elle — disait-il — qui a introduit dans nos salles un public nouveau, celui qui a fait la révolution d'octobre, et qui cherche dans le théâtre la solution des problèmes qui le tourmentent; un public passionné et actif qui construit la nouvelle société humaine; un public qui communique aussi au théâtre son énergie créatrice de la vie.» Ainsi s'exprimait le représentant officiel de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
Je ne suis pas marxiste. Et je ne fais pas ici de politique. Mais j'ai voulu choisir, dans les temps modernes, un exemple où se lise la dépendance concrète du théâtre dans ses rapports avec le monde. J'ai voulu souligner que, s'il est de son pouvoir d'orienter le social, il est de sa nature d'être orienté d'abord par le social.
JACQUES COPEAU, PAR BERTHOLD MAHN.