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A. FRÉCHET INTÉRIEURS MODERNES Mobilier & Décoration --- LIBRAIRIE INDUSTRIELLE ET D'AMEUBLEMENT Ch. MOREAU, Éditeur 8 & 10, RUE DE PRAGUE - PARIS-XIIe

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$\text{Pap. reconnu - offert par B. Franck Fréchet}$ $\text{à Decoubaix: Jules - clère de cours du soir}$ $1921 \text{ à } 1928$ --- ANDRÉ FRÉCHET Directeur de l'ÉCOLE BOULLE, à Paris INTÉRIEURS MODERNES MOBILIER & DÉCORATION 44 ENSEMBLES Exécutés et présentés par des Artistes Décorateurs Français Modernes LIBRAIRIE INDUSTRIELLE ET D'AMEUBLEMENT Ch. MOREAU, Editeur 8 & 10, RUE DE PRAGUE — PARIS-XII $^{\text{e}}$

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PARUS A LA MÊME LIBRAIRIE Petits Meubles de Fantaisie. Chambres Louis XVI et Directoire. Compositions nouvelles de Meubles de tous Styles. Intérieurs en Couleurs. Meubles de goût moderne. Meubles massifs Louis XVI et modernes. De Nombreux Ouvrages sur les Arts du Bois.

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TABLE DES PLANCHES Pl. I --- Ensemble moderne comprenant : une chambre d’enfant en bois laqué gris clair, et décoré de peintures ; un cabinet de travail en palissandre et noyer ; une salle à manger en hêtre patiné et zingana.Par MAURICE DUFRÈNE.Edition de La Maîtrise. --- Pl. II --- Une salle à manger en palissandre. Grand buffet à deux corps, table et chaises, sculpture de Laurent Malclès.Par PAUL FOLLOT. --- Pl. III --- Une antichambre. Vitrine, sièges et boiseries en bois laqué blanc. filets et décor de fleurs bleu-vert. Glace ovale à monture de bronze argenté.Par PAUL FOLLOT. --- Pl. IV --- Petit salon de musique. Commode en olivier, poignées de bronze argenté. Pendule marbre et bronze ciselé. Glace à panneaux. Lampe, sièges, piano en bois laqué vermillon de Chine et or.Par PAUL FOLLOT. --- Pl. V --- a) Salle à manger en noyer.Par RENÉ JOUBERT.Panneaux décoratifs peints.Par G. MOUVEAU.b) Chambre à coucher en acajou et citronnier avec marqueterie, bibliothèque basse, et glace avec décor en laque de Coromandel.Par PIERRE LAHALLE et G. LEVARD. --- Pl. VI --- a) Chambre à coucher en loupe de frêne et décor de marqueterie.Par EPEAUX et Fils, fabricants.b) Salle à manger en noyer sculpté et ronce de noyer.Par LOUIS CHAMBRY, fabricant. --- Pl. VII --- Salle à manger provinciale en vikado, décor sculpté de Hairon. Grand buffet vaisselier à deux corps. Table, chaises et encoignures.Par HENRI RAPIN.Ensemble exécuté par EVRARD Frères, fabricants. --- Pl. VIII --- a) Chambre à coucher citronnier et acajou verni.Par FOURNIER Frères, fabricants.b) Chambre à coucher en acajou sculpté et citronnier.Par NOWAK, fabricant. --- Pl. IX --- Salle à manger en acajou et zebrano, meubles d’ébénisterie, table, siège et argentier. Dans une petite loggia, sièges et petite table en merisier, harmonie gris clair et vert jaune.Par LÉON BOUCHET.Edité par SOUBRIER, fabricant. --- Pl. X --- Salon. Sièges en bois sculpté, laqué noir et or, divan, bois ébénisterie, lampes bois sculpté et doré.Par PAUL FOLLOT. --- Pl. XI --- Salle à manger en acajou avec appliques de bronze argenté et de bronze doré, table, sièges, buffet et desserte.Par EMILE LELEU. --- Pl. XII --- a) Chambre à coucher en acajou sculpté.Par LOUIS MAJORELLE.b) Salle à manger en palissandre et citronnier, grand buffet à deux corps, table et sièges.Par SCHMIT et Ce. --- Pl. XIII --- Salle à manger-bibliothèque. Meubles en érable gris et bois noir : buffet, table, sièges, et dans une loggia, bibliothèque-étager, table et sièges.Par ANDRÉ GROULT. --- Pl. XIV --- a) Salle à manger en érable gris, étoffe de ten-ture et tapis, harmonie : blanc, noir et orange.Par FRANCIS JOURDAIN.b) Cabinet de travail en palissandre et noyer, sièges garnis de cuir fauve, bibliothèque, table et bureau, tenture de velours gris foncé.Par Mme CHAUCHET-GUILLERÉ.Edité par l’atelier Primavera. --- Pl. XV --- Salle à manger en chêne patiné noir. Grand buffet, desserte, table et sièges.Par JACQUES CAMUS.Exécuté par SCHUGT et BAUDOIN. ---

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Pl. XVI a) Salle à manger en frêne patiné. Deux buffets, table et sièges. Par AUGUSTE FABRE. b) Chambre à coucher en érable mouche- té et hêtre patiné. Lit, armoire à glace, coiffeuse et sièges, harmonie : vert, blanc et noir. Par JACQUES KLEIN. Édité par DELEPOULLE. Pl. XVII Salon studio. Table et divan, bibliothèque en acajou et marqueterie, sièges et coiffeuse en bois sculpté, laqué noir et or. Par PAUL FOLLOT. Pl. XVIII Studio. Bureau en ébène macassar et ama- rante, petite table et sièges, divan, boi- serie bibliothèque, bibliothèque, bois laqué gris, filets amarante. Par GOUFFÉ, Jeune. Pl. XIX a) Petite salle à manger hêtre patiné et zingana. b) Salle à manger en acajou et bois noir. Grand buffet, table et sièges. Par MAURICE DUFRÈNE. Édité par La Maîtrise. Pl. XX Chambre à coucher. Meubles en bois laqué, divan, sièges, tables, coiffeuse ; harmonie : gris argent, noir, blanc ivoire et vert véronèse. Laque de H. Mauduit. Par MERCIER, Frères. Pl. XXI a) Bureau bibliothèque en palissandre sculpté et zingana, tenture de velours tabac et damas violet. Par FERNAND NATHAN. b) Chambre à coucher en acajou et mar- queterie d'étain, damas violet, lit, armoire à glace ovale, coiffeuse et sièges. Par JULES COUDYSER. Édité par GUÉRIN Frères. Pl. XXII Chambre à coucher en palissandre et loupe de noyer, décor sculpté par Laurent Mal- clés. Filet brodé de Mlle du Puygandeau. Par ANDRÉ FRÉCHET. Édité par VÉROT, fabricant. Pl. XXIII a) Salle à manger en palissandre sculpté. b) Chambre de dame. Meubles d'ébenis- terie, palissandre et amboine, décor de marqueterie. Par PAUL FOLLOT. Pl. XXIV Chambre à coucher en hêtre patiné et noyer, avec décor de marqueterie. Par Mme CHAUCHET-GUILLERÉ. Édité par l'atelier Primavera. Pl. XXV a) Cabinet de travail loupe d'amboine et décor de bronze doré. Par EMILE LELEU. b) Salle à manger rustique en chêne na- turel ciré, harmonie gris-clair, bleu et vert. Par JOSÉ DE ANDRADA. Édité par La Maîtrise. Pl. XXVI a) Ensemble de meubles : table, écran de foyer et meuble d'appui en acajou et loupe de noyer. Par PIERRE MONTAGNAC. b) Chambre à coucher en acajou sculpté et chêne patiné. Par ERIC BAGGE. Édité par La Maîtrise. Pl. XXVII Boudoir. Meubles en érable gris, décor de marqueterie et de bronze : divan, coif- feuse, tables et sièges. Par PÉROL, Frères. Pl. XXVIII a) Meuble précieux en ébène macassar, bois d'amarante et marqueterie d'ivoire. b) Grande commode en ébène macassar et marqueterie d'ivoire. Glace psyché, socle en amboine et ivoire. Par JACQUES-EMILE RHULMANN. Pl. XXIX Travaux de fin d'apprentissage, composés et exécutés par des élèves de l'Ecole Boulle, Paris. a) Une commode en acajou palissandre et loupe de thuya. Par E. KHOLLMANN. b) Une commode en ébène macassar, inté- rieur en sycomore rouge de Chine. Par A. FOURNIER. Glaces en bronze argenté. Par H. MARTIN. Pl. XXX Chambre de jeune fille. Meubles en loupe de frêne et marqueterie. Armoire, tables, divan et travailleuse. Par HENRI RAPIN. Pl. XXXI Cabinet de travail en acajou, décor de marqueterie et décor sculpté, par M. Hai- ron. — Panneaux peints. Par HENRI RAPIN. Pl. XXXII Chambre à coucher. Meubles en palissandre, décor sculpté, harmonie : gris foncé et argent. Par MAURICE DUFRÈNE.

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NOTICE Un art qui a la vie ne restaure pas les œuvres du passé, il les continue. A. RODIN. L'Art décoratif français moderne est un art vivant et en pleine évolution ; son influence grandit chaque jour. Une génération d'artistes jeunes, ayant la foi et l'énergie, a entrepris, pour l'honneur et le renom artistique de notre pays, de renouveler l'inspiration et les formes de notre Art décoratif. L'effort poursuivi depuis plus de vingt années, continué et développé dans la période la plus difficile, devient aujourd'hui assez puissant pour que l'on songe à donner aux œuvres qui en sont nées, le cadre grandiose d'une Exposition Internationale. Pour mesurer ce qui a été réalisé, pour y puiser des leçons pour l'avenir, il n'est pas indispensable de retourner aux œuvres de début et, d'ailleurs, cette révision qui a été faite à maintes reprises, serait aujourd'hui moins utile qu'un examen rapide de l'état actuel de l'Art décoratif français moderne. --- L'Art du Mobilier et de la Décoration intérieure est fait de la collaboration consentie, des nombreux artistes et artisans dont l'architecte décorateur dirige les travaux. C'est par lui que sont nés les « ensembles » qui constituent le principal attrait de nos expositions, et qui sont une évidente manifestation du renouveau de la Décoration moderne. Sans doute les « ensembles » qu'il nous est donné de voir dans les Salons, ne peuvent être que l'ébauche d'une installation définitive. Les stands permettent tout au plus de créer une ambiance, laquelle paraît, quoi qu'on fasse, insuffisante et factice. Malgré ce grave défaut, les « ensembles mobiliers » ont été l'origine des plus réels progrès. C'est une rude et décevante école que celle de la préparation et de la présentation d'un « ensemble ». Quand l'œuvre longuement réfléchie et étudiée est achevée, lorsque le dernier galon est cloué, c'est le moment où l'artiste prend conscience du succès ou mesure ses erreurs. Rien n'a plus contribué au perfectionnement des artistes décorateurs que l'émulation créée par le voisinage des ensembles ; la comparaison permanente et immédiate décèle les points faibles, les groupements défectueux, les fautes de proportions de valeur ou de couleur. C'est par ce travail répété de comparaison, suivi d'une mise au point, que d'année en année les meubliers doivent d'avoir mieux compris que l'on ne peut créer une véritable harmonie sans équilibre et sans mesure. Un homme de métier et d'expérience, aidé de documents, peut reconstituer avec adresse une pièce dans le goût d'un style classique. Il connaît les meilleurs modèles, ceux qui ont résisté à l'épreuve critique du temps, les motifs du décor ne sont point à trouver, leur place est déterminée, les tons, les valeurs, les couleurs, tous ces problèmes qui constituent autant de causes d'échec, ont été

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étudiés et solutionnés parfois depuis plusieurs siècles; il ne reste plus qu'à choisir un accord dont on connaît par avance les effets. Concevoir, préparer, exécuter un ensemble décoratif moderne, est infiniment plus complexe et plus difficile. Il faut pour réussir, un talent personnel, un goût délicat et sûr. Il ne s'agit point de paraphraser un discours classique dont on apprécie l'éloquence, il faut aller devant soi, sans guide, avec toutes les embûches semées sur la route. Comment se flatter d'avoir un goût délicat, de posséder cette qualité rare et si difficile à définir. Le goût varie dans les différents milieux, il est constamment modifié par le mouvement perpétuel des idées qui, à Paris, jamais ne s'arrêtent, dépassent sans cesse le but, et semblent ne jamais devoir se fixer. Sans doute il est plus d'un artiste et meublier qui ne subit pas à l'excès les effets de ces variations, si déconcertantes, de l'intelligence et du goût parisiens, et il est possible de créer, de dessiner, d'excellentes choses sans avoir dans le monde artiste et intellectuel toutes ses entrées. Cependant, la plupart des décorateurs dont les noms nous sont connus, comme ceux qui préparent en silence leurs travaux, n'ignorent rien des mouvements de la pensée et des variations du goût. Ils s'essayent à en suivre les méandres, ils étudient sans relâche les œuvres françaises et de l'étranger. Ils jugent les uns et les autres avec impartialité et sévérité. Chaque jour davantage, sans nier la valeur des œuvres du dehors, ils ont le désir impatient de s'en affranchir et de créer un art imprégné de l'esprit et du goût français. $\odot \quad \odot \quad \odot$ Un volume comme celui-ci peut aider à ce rétablissement; en face des très nombreux documents allemands qui, à la faveur du change, ont fait connaître à tous les meilleurs modèles de l'Art décoratif germanique, il n'est possible, à la librairie française, d'opposer que quelques albums reproduisant des œuvres d'Art décoratif français. Il est désirable que nos ébénistes, menuisiers, sculpteurs, tapissiers, décorateurs, consentent à étudier de près de pareils exemples, ils prendront à ce travail de précieuses leçons. Si quelques décorateurs ont pu réaliser des meubles, équilibrés et harmonieux, il leur a fallu de longues recherches pour atteindre la maîtrise. Leurs travaux, chaque année, marquaient un progrès et le public, jusque-là réfractaire, témoigne plus de sympathie à des œuvres créées pour lui. Les artistes, en poursuivant avec ténacité leur effort, ont obtenu un double résultat. Ils ont donné un but à l'activité des artisans qui souhaitaient exécuter des travaux, faisant appel à leur expérience, leur ingéniosité et leur souple talent. Ils ont, par ailleurs, préparé progressivement le public à s'intéresser à un art décoratif plus en accord avec nos pensées, nos besoins et notre vie moderne. $\odot \quad \odot \quad \odot$ D'une manière presque générale, les meubles créés par les artistes décorateurs sont construits en ébénisterie. La sculpture moins employée n'est plus l'élément dominant de la décoration. Certains critiques voient là un signe des temps et ils annoncent même que la sculpture disparaîtra comme décor des meubles modernes. Cette affirmation ne semble pas devoir être prise trop à la lettre. Pour des raisons multiples, nous assistons à des essais de rénovation de l'activité régionale et provinciale. On s'est efforcé de créer un mouvement de sympathie pour les mobiliers bretons, normands, alsaciens ou provençaux. L'étude de ces mobiliers, construits par des artisans régionaux avec des bois de pays, peut très bien amener un retour au meuble massif, dont le charme est dû à une mouluration robuste, encadrant une sculpture expressive et de bon aloi. L'Ecole de sculpture française est encore la meilleure du monde; ce serait une grave faute si nous abandonnions de gaieté de cœur, l'une des ressources de l'art décoratif dans lesquelles la personnalité de l'artisan français peut le mieux s'exprimer. Les décorateurs modernes l'ont parfaitement compris et ils sont encore nombreux ceux qui

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ont employé avec goût et mesure le décor sculpté. Il me suffira de citer Gallerey et aussi Rapin dont nous donnons une salle à manger provinciale. Paul Follot, dont on connaît l'habileté à faire jouer les beaux placages, n'a jamais abandonné le décor sculpté, la mouluration de ses meubles de salle à manger ajoute du caractère et de la richesse à des meubles d'une belle allure. Bouchet, Jallot, Joubert, Gallerey, Lahalle, Montagnac, Rapin, savent parfaitement le rôle qu'il convient de donner aujourd'hui au décor sculpté et ce ne serait point leur faire reproche que de dire que leurs meubles rappellent par endroits l'ordonnance de certaines belles créances gothiques. Les bois de menuiserie et de sculpture qu'ils ont le plus employés pour leurs travaux modernes sont, comme pour les ouvrages anciens : le hêtre, le chêne, le noyer et l'acajou. Le citronnier massif dont on a beaucoup usé il y a une dizaine d'années est presque abandonné. En 1900, on avait beaucoup employé le « vikado » qui nous venait du Brésil, l'abus qui en fut fait amena bien des mécomptes. M.M. Evrard ne craignaient point pareille mésaventure pour les meubles qu'ils ont exécutés en collaboration avec Henri Rapin. Leurs bois secs et homogènes ont permis de réaliser, avec ce bois autrefois considéré comme instable, des meubles d'une belle exécution. La sculpture joue son rôle aimable, les moulures poussées dans un bois au grain fin et capable d'un beau poli, font que l'ensemble est doux à l'œil et infiniment sympathique. Les meubles d'ébénisterie, délaissés il y a quelques années, sont en grande faveur aujourd'hui. La beauté des bois de placage dont on les couvre, le vernis qui donne de l'éclat à l'ensemble, font que les meubles exécutés en ébénisterie, paraissent plus précieux que ceux dont la richesse provient uniquement du décor sculpté. Les artistes décorateurs ne pouvaient pas ignorer les ressources de l'ébénisterie, ils ont appris leur métier et savent maintenant l'art de faire jouer les couleurs graves ou profondes des bois des Iles. Parmi les artistes, Rhulmann a, l'un des premiers, été séduit par la beauté des placages d'ébène et d'ébène macassar ; il a appliqué son talent à assembler avec un goût dilettante, ces bois précieux dans la composition de meubles d'une sévère distinction. On a depuis lors, beaucoup reproché aux décorateurs modernes d'avoir usé de ces bois noirs et, par cela même, d'avoir donné à leurs meubles une gravité funèbre qui ne s'accorde pas, dit-on, avec notre tempérament. En réalité, dans le même temps que les artistes faisaient un emploi fréquent de bois sombres, les collectionneurs remettaient en vogue les admirables laques noirs et or de Chine et du Japon. Il ne servirait de rien de souligner ce manque de logique qui fait que l'on aime des meubles noirs s'ils sont de Chine, mais qu'il faudrait repousser les meubles noirs modernes. Ce qui avait séduit les artistes, c'étaient les qualités même de l'ébène macassar, ce bois aux veines ocre sombre, alternées de rayures d'un noir profond. Après un difficile travail, l'ébène macassar apparaît comme un merveilleux placage dont les effets puissants expliquent la vogue dont il est encore l'objet. L'ivoire s'allie admirablement avec l'ébène macassar et les deux meubles de Rhulmann en sont une fort belle démonstration. Malgré les qualités reconnues de ce placage, ce serait faire injure aux artistes décorateurs, en laissant entendre qu'ils ont eu le plus souvent, et de préférence, recours à ce bois. Pour dire vrai, ils les ont essayé tous. Ils ont employé avec succès la loupe d'amboine et aussi la loupe de noyer plus commune, laquelle, ennoblée par un cadre de palissandre, donne une très riche harmonie. Francis Jourdain a montré à plusieurs reprises, le très heureux parti qu'un décorateur au talent primesautier et original, sait tirer d'un bois clair comme l'érable teint en gris. Ce placage très à la mode, dont le jeu des dessins fait penser à de la moire de soie, le serait davantage, si l'on ne craignait, avec raison, la fragilité et l'instabilité de la teinture. Maurice Dufrène, pour des meubles d'une belle élégance, a assemblé, avec un rare bonheur,

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les placages les plus divers : l'érable gris et l'amarante, le palissandre, le bois de violette et le bois de corail, le classique acajou, l'ébène et le bois de rose, etc... Ces accords n'étaient point ignorés, mais les décorateurs modernes ont su se dégager des effets connus. Par la combinaison des bois, par l'accord réalisé entre les dessins des placages et la forme des meubles, ils ont obtenu des rythmes nouveaux et des harmonies originales. Ainsi, l'Art décoratif moderne, utilisant les matériaux anciens, a cependant marqué son empreinte dans le travail même. Plus encore, il poursuit sans qu'on s'en rende compte, une évolution plus générale dont les causes nous échappent au premier abord. Les formes des meubles ont été simplifiées et le charme que nous ressentons confusément réside dans des proportions nouvelles et dans l'ordonnance grave et logique des lignes essentielles. Notre vie, de plus en plus active, explique ces transformations. Louis Sue, architecte et décorateur, dont les œuvres modernes ont eu tant d'influence et ont puissamment participé à cette évolution, prétend que nous subissons l'influence d'idées qui dominent pour une grande part toutes les recherches modernes. Nous avons, dit-il, le plus vif besoin « d'harmonie et de simplicité », nous désirons « le confort » et nous subissons le désir de « vitesse » qui s'impose à nous trop souvent. C'est ainsi que nous souhaitons de pouvoir, comme autrefois, mettre notre demeure en « harmonie » avec notre vie quotidienne, nous aimerions des bibelots, des étoffes, des meubles, des habits, conçus dans le même esprit, suivant les mêmes thèmes et en application des mêmes principes. Sous Louis XV, une élégante ne trouvait-elle pas jusque dans le décor intérieur de son carrosse, les ornements et les thèmes du décor du salon qu'elle venait de quitter ? Nous avons le désir de ne pas être gênés par l'appareil compliqué et dangereux des délicats mécanismes modernes. Nous souhaitons que nos meubles, quelle qu'en soit la construction, nous donnent une impression d'unité et de « simplicité ». Ce souhait est conforme à celui exprimé par l'acquéreur d'une voiture automobile, qui demande une carrosserie dont rien ne décèle l'œuvre de l'ingénieur, les roues seules témoignant de la puissance et de la vitesse. Nous sommes encore préoccupés de « confort » car notre vie active demande en quelque sorte un remède contre la fatigue, et c'est à ce besoin que correspondent peut-être les meubles bas, les sièges à élastiques et tous ces mécanismes qui participent au confortable de la vie. Nous subissons enfin le désir de « vitesse » et, sans que nous puissions le mesurer, les conceptions des artistes s'harmonisent avec celles des ingénieurs. La coque d'un navire est une forme presque idéale, dont se rapproche celle de l'auto et aussi celle de l'avion. Nos meubles, à leur image, ont des angles arrondis, des formes limitées par des courbes souples peu tendues, de grandes surfaces unies, et la sculpture même est douce au toucher. Si, à première vue, on peut faire quelques réserves sur les causes profondes ainsi résumées, qui ont influencé l'art et le décor moderne, il n'est pas possible de nier, cependant, les liens qui rattachent entre elles les œuvres de notre Art décoratif moderne. Comme pour les œuvres anciennes, les formes se ressemblent malgré la personnalité différente de leurs auteurs ; elles sont pour ainsi dire le reflet des sentiments, de l'esprit et du temps ; elles retiennent en quelque sorte « l'atmosphère impalpable qui a baigné et imprégné la conscience des artistes ». Ce recueil, qui rassemble les œuvres récentes d'une génération d'artistes décorateurs, pour qui sait étudier et réfléchir, peut donner une haute et juste compréhension de l'idéal moderne. Les décorateurs, les professionnels, qui ont pu penser que l'art moderne consiste uniquement dans le choix d'une essence de bois, dans l'assemblage de couleurs éclatantes, ou dans l'emploi d'un thème décoratif à la mode, prennent encore une fois l'effet pour la cause. Il ne leur sera pas possible de suivre ceux qui tracent le chemin, ils ne seront point compris dans le groupe de ceux que l'esprit de recherche emporte et qui aideront à reconquérir pour notre pays, la supériorité séculaire temporairement éclipsée. ANDRÉ FRÉCHET.

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PL. I INTÉRIEURS MODERNES ENSEMBLE MODERNE, par MAURICE DUFRENE — Édité par LA MAITRISE CABINET DE TRAVAIL — SALLE À MANGER — CHAMBRE D'ENFANT Photo: Tore & Pohle • Hille Paul et Viger