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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE : Les Arts Décoratifs au Théâtre (fasc. X, fin) --- Eug. Belville. --- Le Jardin de la Société Nationale des Beaux-Arts (fasc. II, fin). --- Pierre Roche. --- Un Théâtre Ambulant (I fasc.) --- H. Tanneur. --- Une Renaissance Architecturale et son Artisan : M. Charles Plumet (fasc. I. et II.) --- Guill. Janneau. --- 40 pages 30 illustrations 5e ANNÉE MAI 1913 V.Pouvé 1916

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Une Renaissance Architecturale et son artisan CHARLES PLUMET --- Satisfaire aux besoins, aux habitudes sociales de son temps, écrire en matériaux durables l'histoire morale de son époque, c'est le principe de l'art du bâtisseur. Une œuvre n'est pas viable si elle méconnaît les exigences de sa destination : toute esthétique est issue de là. Comme les Grecs, nos grands constructeurs du Moyen-Age le comprirent avec une admirable lucidité. De même qu'ils respectaient la matière, traitaient la pierre, le bronze ou le bois selon leurs qualités propres, ils avaient souci de fournir à l'homme une demeure commode, où sa vie intime se dévelop- pât à l'aise : une demeure faite sur mesure, selon le mot judicieux de Charles Plumet. L'art, aux grandes périodes, réside partout. « Au Moyen-Age, écrit Viollet-le-Duc, il avait sa place dans le château et sur la plus humble maison du petit bourgeois. Et ce n'est pas à dire que l'œuvre fût splendide dans la cathédrale, barbare dans l'église de village ou sur la maison du citadin. Non : le langage était plus ou moins pur, mais la pensée ne faisait jamais défaut, et elle était comprise de tous. Une des gloires de nos écoles laïques du treizième siècle, a été de vulgariser l'art. Ainsi que chez les Grecs, l'art fut alors un besoin de la vie — et l'art n'existe qu'à cette condition. » En effet, le Moyen-Age n'y distinguait pas deux castes : la noble, celle des grands monuments publics et de la peinture d'histoire » — la vile, comprenant les maisons d'habitation et les arts appliqués. Il appartint à l'Académie d'établir une hiérarchie, comme de proscrire, avec les termes bas, la langue généreuse de Montaigne. Toutes les créations du Moyen-Age sont logiques et lisibles. Ce double caractère, saisissant dans les monuments religieux, apparaît avec une égale netteté dans l'architecture civile : les données des problèmes les plus complexes ressortent des solutions et justifient les réalisations. Le vieux « maître d'œuvre » avait-il à construire un palais seigneurial ou le logis d'un bourgeois, il lui fallait composer avec les conditions du sol, pourvoir aux plus minces besoins, approprier l'édifice à son hôte. De là l'absence d'un canon rigide. Comment des lignes extérieures fixes pourraient elles envelopper des constructions essentiellement diverses, --- Une Renaissance architecturale et son artisan, Charles Plumet. Fasc. 1.-1913.

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MAISON DE RAPPORT CH. PLUMET.

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que commandent les matériaux, les ressources du sol, et les traditions locales ? Pour saisir le principe des bâtiments du Moyen-Age il faut pénétrer sous l'épiderme et dégager l'esprit de la lettre. Ce principe consiste à ne rien dissimuler. L'architecte médiéval avoue tous les moyens de constructions, exprime au dehors les éléments architectoniques et leur emprunte les effets décoratifs. Point, ou fort peu d'ornements. Le métier lui-même, comme Charles Plumet l'a dit avec bonheur, suscite la fantaisie. Qu'ajoute la parure à l'harmonie d'un corps parfaitement adapté à sa fonction ? L'œuvre médiéval, en effet, est anatomique. Il est beau parce que toute sa structure interne, ses muscles et ses organes transparaissent logiquement dans ses formes. Le plan appelle-t-il de grandes salles spacieuses ou des chambres d'habitation ? Une succession de larges baies ou de fenêtres longues les indiquent dans la façade. Des voûtes intérieures impliquent des contreforts ; des planchers réclament des bandeaux. L'escalier desservira la maison par le dehors. S'il est intérieur, les baies qui l'éclairent ressautent avec les paliers et naissent à leur niveau. De grandes lucarnes introduiront dans les combles l'air et la lumière. Faut-il enfin une cheminée sur un mur de face, un encorbellement la dénoncera à l'extérieur. C'est un art loyal et sans détour, qui résout les problèmes et ne les élude pas. C'est lui que l'art moderne doit consulter. Il ne s'agit certes pas de revêtir une quelconque muraille de la dépouille gothique. Imiter n'est pas continuer. Mais il faut, dans le même sens, et avec les matériaux nouveaux que fournit la science, élever aux hommes une demeure rationnelle. Il faut que l'architecte s'efforce de contenter nos besoins réels. Quelqu'un s'adressait pour l'érection d'un hôtel particulier au fidèle disciple de nos grands bâtisseurs, M. Charles Plumet. Celui-ci l'arrêta là. « Quelles sont vos mœurs, interrogea-t-il ? comment vivez-vous chez vous ? » Il s'enquit ainsi des coutumes de la famille qu'il allait loger, voulant subordonner la maison à l'habitant, et non point l'homme à celle-là. Et sur un plan à l'élaboration duquel présida ce souci, il édifia un charmant logis, aussi commode que pittoresque. C'est l'hôtel Kefer, à Neuilly-sur-Seine. M. Plumet jouissait là d'une liberté complète. Aucun voisinage immédiat ne lui imposait de restrictions, l'hôtel devant s'élever au milieu d'un grand jardin, et toutes les façades être visibles. D'autre part, l'hôte futur, dûment catéchisé, ne prétendait pas entraver le goût de l'architecte. Aussi tout l'organisme interne que laissent lire les façades exprime logiquement sa fonction. Il s'agissait d'abriter une famille sédentaire, éprise de la vie douillette du foyer. M. Plumet prévit donc un grand hall qui fût un salon intime. Celui-ci commande tout le plan. Par un petit escalier intérieur, il communique avec une chambre d'étude destinée aux