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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: L'Art Rustique Français. --- C. de Danilowicz. --- Les Arts des Métaux précieux. --- A. de Pouvoirville. --- Les Arts Décoratifs au Théâtre. --- E. Belville. --- 40 pages 50 illustrations 4e ANNEE AOUT 1912

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L'Art Rustique Français L'Art Provençal (1) CAMARGNAIS AVEC SA FIANCÉS D'APRÈS UNE PEINTURE SUR SOIE D'IVAN PRIANICHNIKOFF --- Il y a dans le vaste monde une Cendrillon modeste et charmante, inconnue de tous, écrasée par la splendeur de ses sœurs ainées, qui ont pris tout pour elles: gloire, renom, mais qui ont dû cependant lui laisser quand même sa beauté simple et prenante. Tandis que dans les beaux palais, dans les villes tumultueuses et riches, dans les cathédrales flamboyantes, les sœurs orgueilleuses se prélassent avec insolence, Cendrillon fuyant l'éclat des civilisations, tapie dans des humbles chaumieres, qui levent leurs toits barbus de chaume aux flancs des coteaux, tisse au coin du feu, aux heures douces de veillées, la trame merveilleuse de son rêve rustique et frustre. --- (1) Les reproductions photographiques contenues dans le présent travail proviennent toutes des collections remarquables du Musée d'Arles, le plus beau de nos musées régionaux. Ce Musée fut créé en 1896 par Frédéric Mistral et son comité composé de MM. Meste Eisseto, P. Marieton, les docteurs Bayol et Marignan, H. Dauphin et le sculpteur Férigoule. D'abord installé au Palais de justice, le Musée Arlaten fut enfin transféré dans le bel Hôtel de Laval et sa création est due au don magnifique que fit Frédéric Mistral en y employant le montant de prix Nobel. Je tiens ici à remercier bien sincèrement d'abord le génial maître Frédéric Mistral de son cordial accueil, puis et surtout M. H. Dauphin qui ne menagea ni sa peine ni son temps pour me permettre de faire mes études et prendre les photographies nécessaires au Musée. Enfin M. Detaille photographe à Marseille et à son collaborateur M. Charles Gisel qui travailla à ces reproductions avec un zèle très artistique et infatigable. --- L'Art Rustique Français — Fasc. I.

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Cette Cendrillon oubliée, délaissée, abandonnée à elle seule, méprisee longtemps, incomprise encore, c'est l'art charmant du peuple — c'est l'art rustique. Héritier direct des plus vieilles traditions des races, l'art populaire conserve seul l'empreinte archaïque des premiers sentiments esthétiques des nations, et, seul au milieu de l'essor divers et prodigieux de toutes les manifestations de l'activité humaine, il demeure réfractaire à toute évolution. Ses yeux tournés vers le passé, vivant son rêve d'antan, il demeure aujourd'hui tel qu'il fut aux temps charmants où les fées parlaient aux gens simples, les lutins malicieux dansaient aux clairs de lune en souvenir joyeux de quelque maléfice réussi, où les dieux bons et mauvais se mêlant à la vie des hommes promenaient parmi eux leur clémence ou leur courroux. Je ne referai pas ici l'histoire de l'entrée de l'art populaire dans le domaine des études scientifiques(1) ; un moment est venu où dans maints pays on a reconnu l'importance de cet art primordial, sa beauté et sa signification culturelle. Étudié d'abord comme une branche de l'ethnographie, l'art populaire fut vite reconnu d'utilité pratique même pour le grand art contemporain, car on (1) Voir à ce sujet mon article La Renaissance de l'Art populaire, Les Nouvelles, 1910.

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s'aperçut, heureusement, que les trésors de l'art rustique recelait le salut et la rénovation pour l'art décoratif contemporain, le jour où désirant sortir du cercle de folie où l'a enfermé le modernisme, il voudra recréer un style véritable appuyé sur ce qu'il y a de plus national — sur l'art du peuple. Je ne relaterai pas ici l'historique de ces quelques essais admirables, faits en Russie, en Bohême, en Roumanie pour la renaissance des arts rustiques (1). Dernièrement ce courant bienfaisant prit racine en France et c'est surtout en Auvergne que nous trouvons déployée une certaine activité dans ce domaine : sous la poussée donnée par la Société des petites Industries rurales, CABANE DES GARDIENS DANS LA CAMARGUE D’APRÈS UNE PEINTURE SUR SOIE D’IVAN PRIANICHNIKOFF présidée par la duchesse d’Uzes, notons les bons efforts de Mme Bressac et ceux si louables de M. Lescure qui donne un renouveau réel à la dentellerie d’Auvergne. Quant à l’étude générale de l’art populaire en France nous trouvons uniquement des travaux excellents sur le folk-lore traditionnel : contes, légendes, récits, proverbes, chansons. Le côté artistique a été presque complètement négligé et rares sont les recherches qui le concernent. Encore ce ne sont toujours que quelques études fragmentaires sans vue d’ensemble. (1) Voir à ce sujet mon article précédemment cité ainsi que les articles sur l’école de Talachkino dans l’Art Décoratif, l’Art et les Artistes, 1910.