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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: - La Caricature Alsacienne . . . Emile Hinzelin - Le sixième Salon des Artistes Décorateurs . . . L. Vauxcelles. - Appel adressé par la Société des Artistes Décorateurs . . . Le Comité. Hors-texte en couleurs. P. Braunagel 40 pages 40 illustrations 3e ANNEE AVRIL 1911 YFouvé 1916

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La Caricature Alsacienne A caricature alsacienne s'impose en ce moment, pour des raisons diverses, à l'attention de tous les artistes. Elle forme, sans nul doute, une curieuse manifestation d'art. Son inspiration, son style, ses procédés d'exécution, sont dignes d'être étudiés à fond. Mais peut-être ne lui aurait-on pas accordé toute l'attention qu'elle mérite, si les persecutions allemandes n'y avaient efficacement pourvu. En se prononçant en matière d'art et en persécutant des artistes, les fonctionnaires allemands ne font que se modeler sur leur empereur. Guillaume II prétend exercer, de droit divin, toutes les tyrannies, au nombre desquelles il range la tyrannie esthétique : pédantisme armé et cuirassé. Il se donne lui-même à l'occasion, comme un artiste souverain, un critique suprême, voire un expert sans appel. On sait pourtant que ses dessins et ses symphonies étaient une platitude rare. Quant à sa critique d'art, elle n'est qu'impulsion, engouement ou rancune. Se brouille-t-il avec l'Angleterre ? Immédiatement les peintres anglais cessent d'avoir le moindre mérite ; Constable a perdu son printemps ; Turner, son originalité ; Reynols, sa distinction ; Gainsborough, son idéale gravité. Défense de les exposer ! Apprend-il que Mozart, le divin Mozart, a introduit dans sa Flûte enchantée quelques symboles empruntées à la franc-maçonnerie ? Il se met à bouleverser furieusement cet opéra devenu suspect. Lui présente-t-on un buste attribué à Léonard de Vinci ? Du premier coup, avec son flair d'empereur, il prononce : « Ce buste est de Léonard. En vérité, je vous le dis ». Or, le buste en question était d'un brave sculpteur, mort récemment. Le fils de ce sculpteur déclara : « J'ai vu mon père y travailler. Suivant son habitude, il bourrait l'intérieur de quelques chiffons. Tenez ! je me rappelle : vous trouverez là-dedans les lambeaux d'un de ses vieux gilets de chasse. » Lorsque, du prétendu Léonard, on a extrait ces chiffons authentiques, un immense éclat de rire a secoué le monde intelligent. Un lambeau du vieux gilet de chasse a longtemps semblé suspendu à l'une des moustaches en croc de Guillaume II. Depuis cette mésaventure, le maître sot a changé de barbier. La bravoure étincelante et l'esprit tout français des caricaturistes alsaciens devaient l'irriter plus que tout. Il les fait poursuivre. Résultat pour eux : quelques mois de prison et la sympathie de l'univers. --- Avril 1911. — La Caricature Alsacienne. — Fasc. 1

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Nous insisterons sur ceux des caricaturistes alsaciens qui combattent au premier rang et que nous désignent, avec éclat, les persécutions allemandes. Inutile de rappeler qu'en Alsace-Lorraine comme dans tout le reste de la France, les caricaturistes sont légion. Là, presque tous les artistes dignes de ce nom ont manié le crayon satirique, ne fût-ce qu'un jour, ne fût-ce que le temps d'executer leur grotesques persécuteurs. Citons, en passant, le dessinateur Schnug, qui a l'insigne et périlleux honneur de faire songer parfois à Callot, parfois à Holbein, parfois à Raffet. Citons également cet artiste vraiment exquis : Braunagel. Celui-là est, jusqu'aux moelles, imprégné d'esprit français. Parfois même, le rayon dont s'illumine son papier semble venir droit de Montmartre. Tel de ses dessins a une éloquence muette qui vous transporte. En voici un qui représente deux enfants allemands, déguisés en alsaciens. Le petit garçon est coiffé du bonnet fourré; la petite fille, du grand nœud de moire. Ils se dandinent, gonflés d'orgueil. On sent que, plus tard, à leur premier voyage en France, ils se déclareront très haut : « Nès en Alsace ». Tout à coup, ils rencontrent de véritables petits Alsaciens, de véritables petites Alsaciennes, accompagnées de leurs parents, et qui les regardent. Oh ! ce regard plein d'étonnement narquois, ce regard qui signifie clairement, avec l'accent de la-bas : « En voila une mascarade! », ce regard est tout un poème délicieusement comique. Beaucoup de ces caricaturistes sont encore très jeunes. Les journaux pangermanistes eux-mêmes constatent un recul de la germanisation, particulièrement depuis quatre ou cinq ans « recul d'autant plus caractéristique qu'il se produit surtout dans les milieux les plus pondérés ». Ecoutez Hansi (M. Waltz, de Colmar) vous dire, après vous avoir montré ses dessins les plus caustiques : — Nous appartenons à la première génération qui ait fait toutes ses études à l'école allemande. Bonnes études, en vérité ! Il est impossible de représenter d'une façon plus adéquate un pédonant pangermaniste au cou décharné, aux yeux arrogants et inqui-siteurs abrités derrière d'imperieuses lunettes. — Oui, continue le caricaturiste, après avoir été élevés à l'école allemande, nous avons servi dans des régiments prussiens, puis étudié aux universités d'Outre-Rhin. Et c'est justement notre génération qui manie mieux la fronde française. N'est-ce pas, Zislin ? HANSI ET HANSEL (ABBE WETTERLE)

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En 1905, Zislin le caricaturiste de Mulhouse, avait été condamné à cent marks d'amende, pour avoir publié un dessin représentant l'aigle de Prusse enfonçant sa griffe dans la poitrine d'une Alsacienne, renversée sur le sol. En 1908, Zislin fut condamné, de nouveau, par la Chambre correctionnelle, à cent marks d'amende et à huit mois de prison. On l'a arrêté séance tenante. « La frontière est si proche ! », disait le Procureur. Le fait est que Zislin n'avait que quelques pas à faire pour rejoindre ses amis de France. Les aurait-il faits ? La prison allemande mûrit un talent, en même temps qu'elle consacre une renommée. Si ce Procureur est bon géographe, il est mauvais psychologue. — De quoi était accusé Zislin ? D'avoir publié un périodique, A travers l'Alsace (Durs'Elsass), sans avoir versé la caution de dix mille marks (12.500 francs) ; d'avoir porté atteinte aux bonnes mœurs, au lendemain du procès Harden-Moltke-Eulenbourg ; d'avoir offensé des officiers..... On n'a guère insisté sur le premier chef d'accusation. Zislin répondait : « J'ai déjà publié des périodiques à Mulhouse. Jamais on ne m'a réclamé de caution. On m'en a réclamé une pour Durs'Elsass : je me suis tout de suite conformé à la loi ». Le dessin considéré comme attentore aux bonnes mœurs représente deux consommateurs dans une brasserie de Paris. L'un demande à l'autre, du type germanique le plus caractérisé : Sprechen sie deutsch? (Parlez-vous allemand ?) — C'est tout ? — Oui c'est tout ! s'écriait le Président du tribunal. Mais n'est-ce pas assez ? Que vous faut-il donc de plus ? Publié au lendemain de l'affaire Harden, ce dessin contient une allusion par trop transparente. Pendant que le Président s'enflammait ainsi, les amis de l'accusé se regardaient entre eux avec candeur et murmuraient : « Ciel ! Est-ce que désormais, à Paris, on ne pourra plus dire : Parlez-vous allemand ? sans que le tribunal de Mulhouse ne brandisse ses foudres ? Et par surcroît, M. Lépine, dévoué préfet de police, a créé une brigade d'agents polyglottes qui provoquent la question incriminée. » H. ZISLIN