Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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MOBILIER ET DÉCORATION 29e ANNÉE N° 3 AVRIL 1949 Prix : 225 fr.

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REVUE MOBILIER ET DÉCORATION 76, AVENUE DE SUFFREN - PARIS - 15e Tél. : SÉGUR 24-05 DIRECTEUR - PROPRIÉTAIRE : EDMOND HONORÉ --- SOMMAIRE NUMÉRO 3 MENSUELLE 29e ANNÉE AVRIL 1949 --- Couverture : lustre de Veronese. Propos sur la chambre, Jadis — Hier, par André Fréchet. Pierre-Paul Montagnac, par René Chavance. Martin Lauterburg “Le peintre aux géraniums”, par Jean Bouret. Un Cas intéressant de décentralisation artistique. Victor Courtray en pays basque, par Denis Dizier. L’Art populaire Polonais au Musée d’Art Moderne. Verriers de France et d’Italie. Les appareils d’éclairage de Veronese, par René Chavance. Actualité Artistique. --- PRIX DE L’ABONNEMENT France ...

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MOBILIER ET DÉCORATION CHAMBRE A COUCHER DE LOUIS XIV CHATEAU DE VERSAILLES. PROPOS SUR LA CHAMBRE JADIS — HIER En Afrique Centrale, dans le pays nègre des Mossi, un dicton assure que : « Le lit, c’est la mort qui porte le vivant ! » Cette pensée amère, hante l’esprit lorsqu’on imagine le spectacle que présentait la chambre mortuaire, aménagée le 16 mai 1610, dans la Galerie du rez-de-chaussée de l’ancien Louvre avec, comme fond, la tribune que supportent les puissantes et altières cariatides de Jean Goujon. Pendant huit jours, sur un « lit de parade » fut présenté « un mort », un masque coloré de plâtre et de cire qui cachait, sous des étoffes somptueuses, le cadavre du roi Henri IV assassiné. Dans les palais, dans les châteaux isolés, après les galeries d’honneur, on pénétrait dans « la chambre de parade », une pièce haute de plafond d’une noble architecture. Dans cette chambre solennelle on présentait, après leur mort, et avant leur inhumation, les personnages de qualité. Au temps de Louis XIV, à Versailles, « la chambre dite du lit » fut située au centre du Palais, au 1er étage de l’ancien Pavillon de chasses de Louis XIII. Les premiers rayons du soleil éclairaient la façade et la lumière du matin pénétrait jusqu’au lit du roi, un vaste et grand lit à colonnes, empanaché d’aigrettes blanches et enclos tout autour de rideaux. La chambre actuelle a conservé une balustrade de bois sculpté et doré qui séparait alors le lit du reste de la pièce. Louis XIV mourut le 1er septembre 1715 dans cette chambre placée au centre du château de Versailles. Le corps du roi, transporté dans le Salon d’Hercule sur un imposant « lit de parade », fut exposé publiquement pendant huit jours. Saint Simon, dans ses mémoires, nous apprend que Louis XIV, six jours avant de mourir, avait ordonné de faire conduire « dès qu’il serait mort — le Roi futur, à Vincennes dont l’air « est bon, jusqu’à ce que toutes les cérémonies fussent finies à Versailles et le château bien nettoyé « après — avant de le ramener à Versailles où il destinait son séjour. » Le jeune Roi, le Régent, la Cour, habitèrent durant sept années les Tuileries à Paris. A l’occasion du projet de mariage de Louis XV avec la très jeune Infante d’Espagne : Marie-Anne-Victoire, il fut décidé que la Cour reviendrait à Versailles et, en effet, le 15 juin 1722, le Roi, le Régent s’y rendirent en grande pompe et le Roi et l’Infante prirent possession des appartements du feu Roi et de la feue Reine.

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MOBILIER ET DÉCORATION Louis XV retrouva la grande « chambre du lit » majestueuse, incommode et glacée qu'il n'abandonnera complètement qu'en 1738 pour une pièce plus petite, mieux abritée, plus confortable. Cette chambre, décorée de boiseries claires sculptées et dorées, était ornée, jusque dans l'alcove, de tapisseries des Gobelins représentant l'histoire de Don Quichotte et, au-dessus des quatre portes, dans de riches cadres, étaient placés de précieux tableaux du Titien, de Rubens, de Van Dyck. Si, dans les palais, la chambre royale était particulièrement luxueuse, dans les châteaux, dans les hôtels, l'architecture, le décor, le mobilier des chambres étaient moins pompeux, plus originaux, plus influencés par la mode et le goût. Comment ne pas rappeler que l'architecture nouvelle de l'Hôtel de Rambouillet, construit rue Saint-Thomas dans le quartier Saint-Honoré au début du XVIIe siècle, et le décor de la célèbre « chambre bleue » de la marquise, eurent une grande influence sur l'évolution de l'architecture et de la décoration. Jusque-là les dames et demoiselles se réunissaient pour la conversation dans de grandes chambres tendues de tapisseries où se dressaient, énormes, les lits à housses, tout empanachés de bouquets de plumes. Les dames recevaient au lit et l'on colportait, à travers la ville, les mots et les potins de la « ruelle ». La marquise de Rambouillet imposa ses idées à l'architecte de son nouvel hôtel. Elle suggéra, la première, que l'escalier, jusque-là situé au milieu de l'habitation, soit reporté à une extrémité. Dès lors, grâce à cette disposition nouvelle, un groupement plus logique des pièces devenait possible et il fut bientôt de règle, dans les nobles demeures, d'avoir une suite de pièces et de chambres « en enfilade » avec des portes hautes et larges vis-à-vis les unes des autres. « La chambre de la marquise était éclairée par des fenêtres sans appui, descendant jusqu'au sol et qui s'ouvraient sur de beaux jardins. Cette chambre fut également la première à être peinte d'une autre couleur que le rouge tanné qui était de rigueur. Ce fut la « chambre bleue » avec sa tenture de brocatelle azur sur fond d'or, ses consoles, ses buffets émaillés chargés de porcelaines chinoises et de bronzes précieux. » Aux murs « des miroirs encadrés d'ébène, et... sur un lit de repos que surmonte un dais de gaze la déesse du lieu... la marquise de Rambouillet. » Après les critiques littéraires, si les historiens de notre art décoratif évoquent souvent « la chambre bleue » de la précieuse marquise c'est que, pour le décor d'une chambre, le choix des étoffes, l'harmonie des couleurs ont la plus grande importance. Par exemple : dans la chambre du Régent, une alcôve de glaces était entourée de tentures de velours grenat, brodées d'or fin, tandis que, dans la chambre de Madame, un superbe « lit à l'impériale » était garni de satin blanc. La chambre de Fouquet, le célèbre surintendant des Finances, était « meublée » comme on disait alors, de satin vert brodé de fleurs et rehaussé d'or. Le maréchal d'Humières, farouche homme de guerre, dans son Palais du Gouvernement à Lille, avait une chambre avec des rideaux de satin rouge, tandis que l'abbéd d'Effiat se reposait dans un lit de satin blanc brodé d'or et d'argent à fleurs. CHAMBRE DE HENRI IV (AU CHATEAU DE PAUL).

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MOBILIER ET DÉCORATION LIT A QUENOUILLE (MUSÉE DE CLUNY). GRAND LIT RÉGENCE (MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS). Il était de bon ton alors de meubler les chambres avec des étoffes de la Chine ou des Indes, et la Hollande même était à la mode et l'on voulait voir ce pays où se retiraient des nababs, où les navires débarquaient les trésors des îles mystérieuses. Mme de Pompadour, en son château de Saint-Hubert, avait une chambre « meublée de damas des Indes rayé de vert et de blanc garny de crête de soie assortissante ». Précisément le damas venait, dans ce temps, de la Hollande qui le tenait des Indes. Dans la chambre de la marquise de Pompadour, à Versailles, les tentures, le lit, les sièges étaient de satin blanc brodé de soie. Les rideaux de satin étaient même décorés et peints à la manière de la Chine, de fleurs et de magots en bordure. Au château de Choisy, pour Louis XV et la marquise, une chambre fut garnie de « gros de Tours » blanc, avec des découpures et des nœuds d'un dessin agréable. Le « gros de Tours » est une sorte de taffetas de soie à gros grains. Vers 1760, une autre étoffe de soie, richement brochée et venue des Indes, fut très en vogue : le gourgouran. Les inventaires signalent plusieurs lits de damas cramoisi... et, d'autre part, « un lit à la polonaise » avec les rideaux de gourgouran pareils. On voit par ces exemples combien la parure d'étoffes des chambres, le choix des couleurs étaient essentiels. Les tapissiers, très habiles, garnissaient le dais ou ciel de lit supporté par les quatre montants. Ils plaçaient autour du dais des lambrequins et des rideaux que l'on drapait le jour. Pour dissimuler les colonnes ou piliers, ils les enveloppaient de rideaux étroits relevés le jour avec goût et que l'on appelait « bonnes grâces ». Le « lit de housse » était la plus ancienne garniture du lit, celle dans laquelle les pentes tombent droit et peuvent clore complètement le lit, le soir, au coucher. Le « lit en quenouilles », « le lit à hauts piliers » sont pourvus de quatre robustes montants de bois massif, tournés en quenouilles, ou sculptés et ornés de figures. Le « lit à la duchesse » était un lit de milieu, une sorte de lit de repos. Il fut très à la mode vers 1750. Le ciel de ce lit était suspendu à un câble fixé au plafond. Le « lit à l'impériale » avait deux dossiers; le ciel assez étroit, fixé également au plafond, avait la forme d'un dôme et des rideaux plissés en une courbe gracieuse rejoignaient les quatre angles du lit. Au château du comte de Bussy, en Bourgogne, on montre la chambre de sa cousine : Mme de Sévigné. C'est une pièce toute blanche, peu élevée de plafond, avec de jolies boiseries claires. Le « lit d'ange » de bois sculpté peint et doré est surmonté d'un ciel drapé de souples rideaux sur une corniche chantournée. Sous Louis XV et Louis XVI, le lit s'adapte aux petits appartements. Les décorateurs s'inspirent du goût et des événements du jour et ils inventent le lit à la capucine, à la Choisy, « à la polonaise» dont le ciel tout empanaché d'aigrettes est supporté par quatre minces colonnes s'achevant par des courbes en S, en fer.