Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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MOBILIER ET DÉCORATION Numéro 2 AVRIL 1947 FONDÉE EN 1921 Prix : FRANCE NET 150

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REVUE MOBILIER et DÉCORATION MENSUELLE 76, Avenue de Suffren, PARIS-15e - Téléph. : SÉG. 24-05 --- SOMMAIRE Ancien ou Moderne ?..., “Le Faux et le Vrai”, par André Fréchet. Maxime Old, par Gaston Poulain. Les Sculptures d’Hubert Yencesse, par Paul Sentenac. Défense de l’Utile : René Gabriel, par Mme Moutard-Uldry. Les Artistes Contemporains chez Christofle, par René Chavance. Lucien Coutaud, par René Guilly. Actualité Artistique. Prix de l’Abonnement, 6 Nos Luxe : FRANCE, expédition sous-carton .. 912 fr. ÉTRANGER .. .. .. .. .. .. .. 1.100 fr. Compte-Chèques-Postaux : PARIS 678-19 DIRECTEUR - PROPRIÉTAIRE : EDMOND HONORÉ --- Nous déclinons toutes responsabilités au sujet des indications de provenance qui nous sont données sur les articles que nous insérons. Les modèles publiés dans cette Revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs. Les photos et manuscrits restent la propriété de la Revue et ne sont pas rendus. Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. En cas, où les prix de fabrication dépasseraient de 25 % ceux du 1er Janvier 1947, le prix du présent abonnement subirait une modification, sa durée s’en trouverait modifiée proportionnellement.

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MOBILIER ET DÉCORATION ANCIEN ou MODERNE?... LE FAUX ET LE VRAI C'était le soir, M. Thibault s'était approché de la fenêtre. Le ciel, les toits poudrés de neige étaient d'un bleu gris. La Seine entre les quais de pierre roulait des eaux lourdes sombres et sans reflets. Un maigre feu de petites bûches crépitait dans la cheminée. On annonça : « Madame Arnault. » — Je m'excuse, cher ami, de ce qu'un garçon ait apporté chez vous cette petite chaise Louis XVI. J'aimerais beaucoup avoir votre opinion. On m'a laissé entendre qu'elle était ancienne ! — Chère Madame, j'ai examiné rapidement votre chaise. Les bois en sont bons, les formes, les proportions, la mouluration sont classiques et je trouve charmant ce satin à rayures blanches et roses dont elle est recouverte. — Alors je n'ai pas fait une trop mauvaise acquisition ? — Certes non. Vous souhaitiez, je pense, une chaise de style Louis XVI, celle-ci est d'un bon modèle. — Excusez-moi de vous interroger encore. Pensez-vous que cette chaise soit ancienne ? » M. Thibault s'étant agenouillé sur le tapis, ayant retiré son binocle pour observer de plus près, demeura un instant silencieux... « Je ne suis pas très sûr que cette chaise soit ancienne ! Je constate bien une usure oblique du pied avant gauche — une usure normale des pieds arrière, mais, au long des pieds avant, je ne trouve aucune éraflure. Les cannelures sont irrégulières et ont été exécutées à la gouge mais, encore une fois, je ne puis relever, au long des pieds avant, des sillons ou des écrasements du bois lesquels nous prouveraient que des objets métal, plus ou moins aigus auraient heurté, entamé par endroits, les pieds de cette chaise. — Vous m'intriguez cher ami. Pour quelles raisons y aurait-il au long des pieds de ma chaise, de si particulières traces de choc ? — Vous n'ignorez pas qu'au xviie siècle, les gens de qualité portaient l'épée. Les nobles, les gentilshommes étaient pour la plupart officiers d'infanterie ou de cavalerie. Ils étaient hussards ou dragons, portaient l'habit à la française avec l'épée ou le sabre, et, même en visite, étaient souvent chaussés de hautes et lourdes bottes de cuir munies de leurs éperons. « Ces galants officiers ne pouvaient éviter, parfois, que sabre, épée, bottes ou éperons, ne heurtent ou éraflent les pieds des sièges ! » M. Thibault penché, observait minutieusement l'étoffe de satin à rayures blanches et roses. Ayant posé un doigt sur le côté gauche de la ceinture du siège : « Chère Madame, cette charmante étoffe me paraît ancienne — je vous prie de noter qu'elle est usée en cet endroit. Il se pourrait que cette usure, ces déchirures légères plutôt, aient été produites par la bélière d'un sabre. Remarquez encore, sur le dossier, à vingt centimètres environ au-dessus de la ceinture du siège... l'étoffe a été éraillée légèrement et nous pouvons également supposer que cette égratignure a été produite par le frottement des boutons de métal fixés sur les basques longues ou courtes des costumes militaires. « Sur cette étoffe encore, et dans le haut du dossier, je distingue un certain encrassement du tissu. Il serait intéressant de faire vérifier dans un laboratoire si cet encrassement ne provient pas de la poudre que l'on répandait autrefois sur les perruques. Cette poudre à base d'amidon, plus ou moins parfumée, ne pourrait être confondue, en effet, avec les poudres minérales de nos parfumeurs modernes.