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LES ÉTOFFES DE LA CHINE TISSUS & BRODERIES PRÉFACE ET NOTICE DE M. H. D'ARDENNE DE TIZAC Conservateur du Musée Cernuschi --- PARIS LIBRAIRIE DES ARTS DÉCORATIFS A. CALAVAS, Éditeur 68, Rue Lafayette
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ÉTOFFES DE LA CHINE TISSUS & BRODERIES PRÉFACE ET NOTICE DE M. H. D'ARDENNE DE TIZAC Conservateur du Musée Cernuschi --- PARIS LIBRAIRIE DES ARTS DÉCORATIFS A. CALAVAS, Éditeur 68, Rue Lafayette
PRÉFACE Le tissage de la soie et les arts qui s'y rattachent furent, de tout temps, poussés en Chine à un point de perfection extrême. La légende en attribue l'invention à Si Ling che, femme de l'empereur Houang Ti, qui vivait quelque 3.000 ans avant le Christ. De nos jours encore ils sont entourés d'un respect religieux, et tandis que l'Empereur, protecteur de l'agriculture, trace solennellement un sillon au printemps de chaque année, l'Impératrice vient déposer sur l'autel une offrande de feuilles de mûrier pour honorer selon les rites l'élevage des vers à soie et l'art textile. L'Occident, privé de cette industrie, admira longtemps avec envie les magnifiques soieries qui lui parvenaient du fabuleux pays jaune. Les Grecs anciens ne connaissaient la Chine que sous le nom de pays de la soie, et vers la fin du m^e siècle, le moine Dionysius Periegetes écrivait : « Les Seres (Chinois) fabriquent de précieux vêtements à ramages, qui ressemblent pour la couleur aux fleurs des champs, et rivalisent par la délicatesse avec les toiles d'araignée. » Les Chinois entretenaient d'ailleurs avec soin la renommée dont jouissait ce produit de leur pays. Tandis que l'empereur remettait des rouleaux de brocart, comme cadeau suprême, aux ambassadeurs des nations étrangères, les éleveurs de vers à soie, les fileurs, tisseurs et brodeurs, gardaient leurs secrets avec un soin jaloux. Si, de nos jours, pour rivaliser avec eux on n'est plus obligé d'user de ruse, comme cette princesse qui jadis apporta à Khotan des œufs de vers à soie cachés dans sa chevelure, ou comme ces deux moines nestoriens qui, vers 550, firent à Byzance l'inappréciable cadeau de quelques œufs dissimulés dans leurs cannes de bambou, nous devons néanmoins reconnaître aux Chinois une maîtrise supérieure dans l'art des soieries tissées ou brodées. La préparation de la matière, l'invention et l'exécution de l'ornement, sont, pour l'artisan d'Extrême-Orient, autant d'occasions d'exercer son habileté patiente et son goût délicat. On se tromperait en croyant que l'influence chinoise n'a jamais agi sur notre art textile. Notre dix-septième siècle, notamment, en fut plus pénétré qu'on ne pourrait le penser. Il y aurait une curieuse étude à faire sur les origines décoratives des soieries de cette époque. Disons seulement qu'en présence de morceaux brochés anciens, découverts à Pékin,
nous nous sommes trouvés embarrassés, hésitant à les faire figurer dans cet album comme étoffes chinoises, ou à les considérer comme soieries françaises d'imitation chinoise, envoyées sans doute en cadeaux par Louis XIV au Fils du Ciel. Nous avons songé à présenter aux amateurs et aux décorateurs un aperçu des étoffes chinoises, d'après des spécimens de valeur choisis de préférence pour leur intérêt documentaire et reproduits avec soin. Nul ne saurait se flatter d'être absolument complet en cette matière. Il se peut toutefois que les planches réunies ici donnent une assez large idée des procédés techniques et du sentiment décoratif des tisseurs et brodeurs de la Chine. L'obligeance des collectionneurs parisiens nous a permis de fouiller abondamment dans les richesses qu'ils possèdent ; nous leur en exprimons notre vive gratitude. Notre album ne prétend nullement faire connaître dans un ordre chronologique l'évolution de l'art textile chinois; nous avons recherché des documents typiques sans souci d'archéologie ni de système. Nul art, d'ailleurs, n'est plus traditionnel que celui qui nous occupe. Ni l'outillage, ni les motifs d'ornement n'ont sensiblement varié depuis les hautes époques. L'esprit méticuleux des Chinois avait, dès l'origine, déterminé l'ornementation des vêtements d'après le rang des personnages qui les portaient. Les douze symboles : soleil, lune, étoiles, montagnes, dragons, phénix, vase rituel, hache, etc..., établissaient, d'après leur distribution, cinq espèces de robes officielles. La soie tissée ou brodée s'employait d'ailleurs à toute sorte d'usages étrangers au costume : rideaux, couvertures de lit, écrans, dais de char, harnachement des chevaux, draps mortuaires, serviettes pour les objets du culte, bannières militaires. Chaque catégorie était décorée de motifs fixés par les rites. L'ornementation des étoffes se transmettait donc de génération en génération sous des formes invariables. On la copiait avec respect pour agrémenter les vases de bronze, et plus tard pour enrichir de motifs aux vives couleurs les émaux cloisonnés ou les porcelaines. On retrouve constamment sur les plus belles porcelaines Ming, K'ang hi ou K'ien long, des panneaux à ramages, des médaillons sur fond broché, entourés de bandes damassées. D'après un auteur chinois, les deux tiers des décors céramiques Ming sont empruntés à l'ornementation des étoffes. Cette seule constatation permet d'apprécier l'importance de l'art textile dans l'esthétique de la Chine. L'imagination des tisseurs et brodeurs s'exerce de nos jours encore dans le même cadre que sous les dynasties primitives. Tantôt l'artiste, remontant aux antiques croyances taoïstes, dessine sur la soie le dragon, symbole de l'eau, le tigre, emblème de la terre, le corbeau à trois pattes qui représente le soleil, le lièvre en train de piler le breuvage d'immortalité, qui représente la lune, ou la chauve-souris qui partage avec la grue et le champignon le privilège de signifier la longévité. Tantôt encore, il brode en fil d'or les huit trigrammes — Pa Koua — que Fou-hi, l'empereur à tête de bœuf, reçut surnaturellement du cheval-dragon. Au bouddhisme, il empruntera les deux lions poursuivant le joyau enflammé. Le dragon à cinq griffes s'élançera sur le fond de soie jaune si la robe qu'on brode est destinée à l'empereur, et le phénix, si l'on travaille pour l'impératrice. Mais souvent aussi le décorateur suit la fantaisie de son imagination. Parmi des nuages il fait voler gaiement des oiseaux ou des papillons ; les fleurs (lotus, chrysanthèmes ou pivoines) s'élançent en rinceaux, dont la courbe stylisée se soutient sur toute l'étendue de l'étoffe, ou dont les branchettes aux teintes vives se distribuent dans un désordre apparent ;
ailleurs, les « cent objets de la maison » viennent rappeler à l'épouse ou au lettré le soin du ménage ou le charme de l'étude. On admire encore, dans un médaillon, quelque paysage à pagode, saules retombants, pont rustique, rochers fleuris, ou bien tel mandarin qui réfléchit, les mains dans ses manches, ou des femmes rêvant sous la lune, ou des enfants joueurs. Chaque genre de décor convient à chaque espèce de tissu. On distingue, dans les étoffes chinoises, les velours, les soies brochées, les soies tissées (K'o sseu), et les soies brodées. Les velours sont d'une somptuosité rare. Ici, l'artiste saura faire courir légèrement un ornement en vert doré sur un fond d'incarnat, ou jeter sur un fond bleu de nuit une profusion de fleurs et d'insectes aux couleurs éclatantes et sonores, à moins qu'il ne préfère « ciseler » délicatement le morceau, ton sur ton. Les étoffes brochées se prêteront aux combinaisons d'ornements géométriques ou largement stylisés; le mélange des couleurs, leur opposition, leur présentation, permet d'obtenir des effets particulièrement variés, empreints d'un charme délicat, ou surprenants par leur vivacité inattendue. Le procédé du K'o sseu est plus particulier à la Chine. On l'a comparé à un travail de marqueterie. Il s'agit en effet d'une étoffe obtenue par la juxtaposition de fragments, variables en nombre et en dimension, travaillés d'abord séparément, puis retissés pour former un ensemble, et quelquefois retouchés au pinceau. Telle fleur, qui n'est elle-même qu'un détail de K'o sseu, peut être formée de dix, vingt, trente petites pièces, dont chacune représente un pétales. La patience et l'habileté des artisans chinois, leur goût de la difficulté vaincue, leur amour du raffinement, même inutile, s'exerce à l'infini dans ce travail. Le K'o sseu peut paraître un peu sec à nos yeux d'Occidentaux ; mais il est particulièrement apprécié par les fils de Han. Les soies brodées sont, parmi nous, les plus connues des étoffes chinoises. Les ateliers de Canton ont envoyé en Europe depuis un siècle, d'innombrables broderies, mais qui trop souvent sont loin de justifier l'orgueil des voyageurs qui les rapportent. On doit distinguer entre ces produits d'une industrie purement mercantile, exécutés hâtivement, sans goût, par des ouvriers qui les répètent à l'infini, et les œuvres fines destinées aux riches connaisseurs chinois. Celles-ci témoignent d'une faculté d'invention charmante et d'une habileté d'exécution qu'on ne saurait surpasser. Les pièces les plus soignées sont brodées en même motif des deux côtés de l'étoffe. Le brodeur dessine d'abord les ornements sur la surface, qu'il tend sur un cadre ; puis il exécute son travail à l'aiguille. La matière employée est du fil, de la bourre, ou de la tresse de soie. On la pose soit au point simple, plus ou moins long, soit au point de Pékin ; celui-ci, plus serré et qui paraît noué sur lui-même, permet plus de netteté dans le dessin, mais son aspect est moins soyeux, il donne aux nuances moins de fondu et de douceur ; on combine souvent les deux points dans la même pièce. Enfin, on rehausse parfois une broderie à l'aide de fil d'or, que l'on obtenait jadis en tordant de longues feuilles de métal précieux autour d'un fil de soie, et qu'un fil entièrement métallique remplace aujourd'hui. Parfois ce fil sert à cloisonner un dessin de soie; ailleurs il forme lui-même le dessin entier; il est le plus souvent appliqué et cousu sur la surface de l'étoffe. Le travail de broderie est entièrement exécuté à l'aiguille. Celui du tissage nécessite un métier; mais le tisseur chinois emploie encore l'instrument de jadis, dont il a simplement
Cet ouvrage présente un aperçu des étoffes chinoises, incluant velours, soies brochées, soies tissées (K'o sseu) et soies brodées. Il décrit les techniques de fabrication, les motifs décoratifs traditionnels et leur signification, ainsi que l'influence de l'art textile chinois sur d'autres formes d'art comme la céramique. L'auteur met en avant la maîtrise technique et le goût délicat des artisans chinois.