Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 67 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juillet 1907 LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE LÉONARD DE VINCI. — LA VIERGE AUX ROCHERS (Collection Chaix d'Est-Ange)

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HANS MEMLING (Attribué à). — L'ADORATION DES MAGES LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE ADOLPHE YVON. — M. CHAIN D'EST-ANGE (1800-1876) S i certains collectionneurs font de leur passion pour les objets d'art leur principale et même leur seule occupation, d'autres ne cherchent dans ce sentiment que l'ornement d'une vie laborieuse, plus ou moins prise par ailleurs; les premiers méritent notre reconnaissance pour avoir consacré leur existence entière à la poursuite et à la découverte du beau; les seconds sont dignes de notre admiration pour les qualités exceptionnelles dont ils doivent faire preuve afin d'atteindre le même but en un temps souvent parcimonieusement mesuré : de ces derniers était, au xixe siècle, M. Gustave Chaix d'Est-Ange, né en 1800, mort en 1876, qui fut l'un des premiers orateurs de son temps. Fils d'un procureur impérial à Reims, petit-fils d'un ingénieur hydrographe, d'une vieille famille de Provence qui a donné de nombreux officiers à la sénéchaussée de Sisteron et à la Chambre des Comptes de sa province, nulle trace, dans son ascendance, de goûts artistiques dont il ait pu devenir l'héritier; c'est tout au plus si l'on peut admettre qu'il ait reçu ses premières leçons d'art d'un grand-oncle de sa femme, Charles-Louis Bernier, inspecteur des Bâtiments de la Couronne, veuf de Mademoiselle Anne Guéret, dont la sœur Louise fut l'un des meilleurs élèves de Danloux. Ami inséparable, jusque dans la mort, de Percier et de Fontaine, car ils reposent tous trois dans le même tombeau, au Père-Lachaise, lié intimement avec Louis Morel d'Arleux, conservateur des Musées, avec Guillaume Lethière, peintre d'histoire, avec le baron Alquier que nous retrouverons, M. Bernier a pu donner d'excellents

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LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE conseils théoriques à son petit-neveu, mais il mourut au Louvre dès 1830 ; c'est donc seul que notre collectionneur a rassemblé les tableaux dont nous allons esquisser ici une rapide énumération. Rousse, qui fut son secrétaire, son élève et son ami, a dit (1) de Chaix d'Est-Ange, qu'il « tenait de la nature les deux (1) Dans sa préface des Discours et Plaidoyers du maître, édités chez Didot en 1862, en 2 vol. in-8°; — voir aussi Etude sur Chaix d'Est-Ange, par Jules Boullaire, Reims, 1881, et Eloge de Chaix d'Est-Ange, par Raoul Rousset, Paris, 1879; aucun de ces biographes n'a parlé de l'amateur d'art. FRANZ POURBUS (LE JEUNE). — PHILIPPE DE MALDEGHEM ET SES FILS. — MARTINE DE BONEEM ET SES FILLES (Collection Chaix d'Est-Ange)

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LES ARTS qualités essentielles de l'improvisateur : un esprit résolu et beaucoup de goût »; ne sont-ce pas aussi celles qui sont indispensables à un acheteur d'antiquités ? Dans ses collections, comme dans ses discours, on reconnaîtra qu'il « avait bien trop de goût pour ne pas voir que l'excès du goût est un écueil », aussi ne se spécialisa-t-il pas et rassembla-t-il tout ce qui sut lui plaire : tableaux, sans distinction d'écoles ni d'époques, fines porcelaines, bijoux et bonbonnières, tapisseries, meubles même. Ces objets d'art, après avoir été la passion de Chaix d'Est-Ange, devinrent sa consolation dans les dernières années de sa vie. Il les mit jalousement à l'abri des dangers à craindre, lors des événements de 1870-1871, en acceptant pour eux une hospitalité offerte par la reine Sophie de Hollande, dont il avait été le conseil. Quand, après avoir été député de la Marne, bâtonnier, procureur général, sénateur et secrétaire du Sénat, conseiller municipal de Paris et vice-président du Conseil d'État, après avoir vu son fils représentant de la Gironde à la Chambre et son gendre ministre de l'Empire, il se trouva, par la chute du régime qu'il servait, privé, avec les siens, de toute fonction officielle, trop âgé pour reprendre sa place au barreau, il sut se créer une retraite pleine de dignité dans son hôtel de la rue Saint-Georges, où des amis fidèles, orateurs, écrivains, artistes, venaient écouter le maître et admirer d'autres amis, ses tableaux. Après la mort de Chaix d'Est-Ange, sa collection passa à son fils Gustave, qui a été député de Libourne ; il y ajouta quelques œuvres délicates. Depuis, elle est devenue la propriété de sa belle-fille, Mademoiselle Sipière, qui tint à la préserver d'une dispersion possible, et y adjoignit un certain nombre de bonnes toiles provenant de la succession de sa mère, Madame Sipière, née Archdeacon. S'il est intéressant d'entrevoir comment Chaix d'Est-Ange devint collectionneur, il est curieux d'apprendre dans quelles conditions — ou plutôt à quelles conditions — il forma sa collection ; aussi ne craindrons-nous pas, chaque fois que les dossiers des acquisitions le permettront, d'indiquer non seulement la provenance des tableaux et leur date d'achat, mais encore leur prix, de manière à esquisser, dans cette petite monographie, la genèse d'une galerie au siècle dernier. Tous les tableaux de l'École italienne de la collection Chaix d'Est-Ange, à l'exception d'un seul, proviennent du cabinet du baron Alquier. Successivement député aux États Généraux, à la Convention et au Conseil des Anciens, Charles-Jean-Marie Alquier, ministre à Madrid en 1800, occupa depuis, en Italie, de 1801 à 1809, différents postes diplomatiques qui lui permirent de satisfaire ses goûts pour les arts et en particulier pour la peinture ; il résida d'abord à Florence, d'où il négocia avec les Deux-Siciles la cession de l'île d'Elbe à la France ; il alla ensuite représenter son pays à Naples en 1802, puis, en 1807, à Rome, où il remplaça le cardinal Fesch jusqu'en 1809. Exilé sous la Restauration, il se retira à Vilvorde, près Bruxelles, où il retrouva son ami, le peintre David ; rappelé par ordonnance du 14 janvier 1818, il vint finir ses jours à Paris le 4 février 1826 ; ses tableaux furent alors remis à M. Symonet, avoué, chez lequel M. Chaix d'Est-Ange s'en rendit acquéreur en décembre 1836. MICHEL-ANGE BUONARROTI. — SON PORTRAIT PAR LUI-MÊME (Collection Chaix d'Est-Ange)

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LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE ÉCOLE HOLLANDAISE. — L'ADORATION DES MAGES (Collection Chaix d'Est-Ange)

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LES ARTS La plus belle assurément de ces œuvres d'art est le Portrait de Michel-Ange Buonarroti par lui-même : c'est une esquisse dans laquelle sont achevés seulement le visage et la main gauche, reposant sur le bras droit. Il existe à la Galerie des Offices, à Florence, un autre portrait de Michel-Ange par lui-même, plus poussé, mais moins puissant: le visage y manque de l'énergie qui séduit dans celui de la collection Chaix d'Est-Ange, parce que les détails y ont été recherchés avec une minutie excessive; dans une œuvre aussi avancée, l'on ne s'explique pas comment le bras droit n'est pas plus indiqué. D'ailleurs les meilleures copies connues du portrait de Michel-Ange, notamment celle qui est conservée à la Villa del Gallo, appartenant au comte Paolo Galletti, et qui est peut-être une réplique, et celle qui est due à Marcello Venusti et qu'on voit au musée du Capitole à Rome, rappellent bien plus les traits fixés dans l'ébauche de la collection Chaix d'Est-Ange que ceux qui apparaissent dans le tableau de la Galerie des Offices. En faveur de l'authenticité de cette esquisse, l'on peut invoquer deux témoignages précieux. D'abord celui de Jean-Baptiste-Joseph Wicar, peintre lillois, élève de David, qui se fixa à Rome, où il connut le baron Alquier et où il mourut en 1834 : on sait qu'il fut membre de la commission chargée par le Directoire de choisir, en Italie, les chefs-d'œuvre destinés à nos musées, et qu'il se fit encore connaître par un grand ouvrage : la Galerie de Florence. Voici dans quels termes Wicar s'exprima de mémoire sur ce sujet, en 1823 : « Michel-Ange, sur ce panneau, s'est peint lui-même à l'aide d'un miroir ; la tête est terminée dans toutes ses parties avec une si grande force et un si grand sentiment de pinceau qu'il n'est aucune tête parmi celles si vivantes et si belles qui peuplent la Transfiguration du Sanzio qui la surpasse... Le reste n'est indiqué que par un contour tracé au pinceau, mais la main à droite (c'est-à-dire la main gauche) est presque terminée... On découvre, sous un glacis général vert, les parties commencées d'une Sainte Famille... Ce portrait est le plus beau connu jusqu'à présent (1). » L'autre témoignage est celui de M. Ingres, qui se vantait d'avoir mangé du Michel-Ange en exécutant des copies dans la Chapelle Sixtine, en 1814 : « Notre charmante causerie de l'autre jour, écrivait ce maître à M. Varcollier, le 10 janvier 1852, a ravivé chez moi le souvenir du beau portrait de Michel-Ange que M. Chaix d'Est-Ange a le bonheur de posséder; portrait chef-d'œuvre, en effet, parti de la main de ce colosse de génie! portrait vivant de ses mœurs, histoire tout entière de l'art! en un mot, toute la vie de Michel-Ange, un de ces hommes si puissants après Dieu et qu'il ne nous envoie que de siècles en siècles ! » Ce portrait a été gravé, une première fois en 1812, par J.-L. Potrelle, avec une dédicace à S. E. M. le baron d'Alquier, et, depuis, par Alphonse François, en 1846, d'après le tableau original appartenant à M. Chaix d'Est-Ange. Provenant également du baron Alquier, il faut mentionner un portrait de Tiziano Vecelli par lui-même, qui semble une réplique du magnifique tableau de la Galerie du Prado à Madrid : ce sont, croyons-nous, en dehors d'une copie existant au musée de Narbonne, les deux seuls portraits connus du Titien de profil; celui-ci, qui porte ces armes : d'or à cinq pointes montantes de sinople, a été gravé à Paris par Alphonse François, et, en 1843, à Munich, par Schöninger et Freymann, d'après la méthode de V. Kobell. La collection possède, dans (1) Alcune memorie di Michel-Angiolo Buonarroti, Rome, 1823, in-8° de 20 pages. MURILLO. — SAINT JEAN-BAPTISTE (Collection Chaix d'Est-Ange)

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LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE A. VAN DYCK. — LE CHRIST EN CROIX (Collection Chaix d'Est-Ange)

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LES ARTS les dimensions d'un tableau de chevalet, une Vierge aux Rochers, de Léonard de Vinci, acquise de M. Crosnier, qui la tenait d'un M. Bierfthurer, et ayant primitivement appartenu à M. Oppigez. Nous ne pouvons revenir sur la controverse engagée, il y a longtemps, à propos de cette célèbre composition dont Londres a tenté de disputer à Paris l'honneur de posséder l'original ; nous pensons simplement que la reproduction de ce diminutif est un argument de plus en faveur du grand panneau que possède le Louvre, où, comme ici, l'ange agenouillé derrière l'Enfant Jésus qu'il maintient de la main gauche, tourne les yeux vers le spectateur et, en lui montrant, de l'index de la main droite, saint Jean-Baptiste en prière, semble l'engager à suivre cet exemple (1). Ce geste significatif de l'ange n'existe pas dans l'œuvre de la National Gallery, ce qui enlève à la scène tout son caractère spiritualiste : celle-ci peut invoquer, il est vrai, une copie assez lourde de Niccolo dell' Abate, au Museo nazionale de Naples, où le groupe se retrouve, dans un paysage montagneux, tel qu'il est à Londres. On remarquera sans doute que, dans le tableau de la collection Chaix d'Est-Ange, il y a un parfait échange entre les regards du précurseur qui prie et de l'Enfant-Dieu qui bénit : à ce point de vue, l'original du Louvre lui-même n'est pas plus expressif (2). (1) Déjà le même argument nous avait été fourni par la bonne réplique que M. Chéramy a achetée à la vente du Plessis-Belliere et dont on trouvera une reproduction dans les Arts, no 64, fascicule d'avril 1907. (2) Le Musée de Nantes possède deux copies de la Vierge aux Rochers (no 224 et 225); on sait que Cacault, l'un des prédécesseurs d'Alquier à Rome, légua sa collection à ce dépôt. Notons encore la réduction du musée Napoleon III (0=59×0=46), et, en Angleterre, des répétitions dans les collections Holford et Suffolk. — Le Musée de Nimes possède une tête de saint Jean-Baptiste. HANS HOLBEIN LE JEUNE (attribué à). — LA FAMILLE D'HOLBEIN (Collection Chaix d'Est-Ange) Une Tête de saint Jean-Baptiste, après la décollation, nous ramène aux œuvres provenant du baron Alquier; c'est une belle étude de Léonard, sur cuivre, qu'il est intéressant de rapprocher du dessin original du Musée du Louvre,copié par Auguste de Becdelièvre et gravé par Dien. De l'Ecole italienne encore, et de la même origine, une Sainte Cécile, de Paul Véronèse, dont nous avons vu une réplique dans la galerie Colonna à Rome, et un vigoureux Portrait d'homme, de Salvator Rosa. M. Chaix d'Est-Ange y a ajouté depuis lors, pour les avoir acquis de M. Crosnier, une bonne Tête de Vierge sous un voile d'un bleu éclatant, de Carlo Dolci, et une Sainte Famille, attribuée à Louis Carrache. Parmi les toiles ayant appartenu au baron Alquier figure encore un charmant petit Saint Jean-Baptiste, de Bartolome-Esteban Murillo, moins idéalise que les anges de son Assomption et les enfants de sa Sainte Famille du Louvre, moins réaliste que ses Mendiants de la galerie La Caze et de la Pinacothèque de Munich. Du même maître, M. Chaix d'Est-Ange s'est fait adjuger, au prix de 2,625 fr., à une vente du 24 novembre 1851, un Saint François d'Assise en extase auprès d'un Ange et recevant les stigmates, « œuvre remarquable par la finesse de son coloris et le sentiment religieux qui l'anime », au dire de l'expert, M. Febvre. Pour terminer cette énumération des écoles méridionales, il nous suffira de mentionner une tête de Philippe IV par Diego de Silva Velazquez, provenant de la succession Périer. La collection dont nous parlons possède quatre bons portraits de l'Ecole allemande; deux d'entre eux, provenant

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THOMAS DE KEYSER. — ELISABETH VAN DER AA (Collection Chaix d'Est-Ange)

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de Madame Sipière, appartiennent à M. Gustave Chaix d'Est-Ange, petit-fils du collectionneur. Le Portrait de femme âgée, vue à mi-corps, dont nous donnons la reproduction page 8, est certainement de Hans Holbein; la physionomie d'apparence britannique, la perfection avec laquelle sont traitées les fourrures, enfin la position des mains, placées comme celles d'Anne de Clèves dans le tableau du Louvre, tout décèle le maître. Un Portrait d'homme, de moindres dimensions, peut être considéré comme une œuvre du même peintre, exécutée en Suisse à une date un peu antérieure à 1525. Dans une bonne vente du 27 décembre 1858, M. Chaix d'Est-Ange a acheté un très intéressant panneau que les experts, MM. Henri Cousin, attribuèrent alors à Lucas Cranach, en le donnant comme une copie du tableau du musée de Bâle représentant la Famille d'Holbein; le groupe se compose d'Elisabeth Schmitt, la femme de l'artiste, tenant du bras gauche leur enfant et posant la main droite sur son fils ainé, issu d'un premier lit. Attribuée seulement à Holbein par Erasme, dans son Index operum Holbenii, l'œuvre de Bâle lui a été définitivement donnée par M. Paul Mantz, qui en a fait figurer la reproduction, gravée par Courtly, comme frontispice de son livre. Le musée de Lille possède sous le titre de « Charitas » (1) une réplique de ce tableau, donnée en 1859 par M. Albert Brasseur. Le petit panneau de la collection Chaix d'Est-Ange pourrait être soit une réduction, soit une copie de ces œuvres: la physionomie de la femme, moins réaliste, est d'aspect plus jeune et les têtes sont plus souriantes. Reste enfin un bon Portrait d'imprimeur, ayant entre les mains une planche sur laquelle figure un Y, avec des serpents enlacés comme autour d'un caducée; cette marque et une inscription indiquant l'âge du personnage, etatis 34, permettront peut-être de l'identifier; il provient du cabinet du baron Alquier, qui fut aussi ministre en Bavière. L'œuvre la plus ancienne de l'Ecole flamande qui soit conservée dans la collection Chaix d'Est-Ange est un petit triptyque, acheté 1,200 francs à M. de La Motte-Fouquet en 1858, dont l'origine brugeoise est incontestable. Il avait été attribué d'abord à Jean van Eyck, mais une étude plus attentive doit le faire restituer à Hans Memling, dont il rappelle singulièrement l'Adoration des Mages, faisant partie du musée de l'hôpital Saint-Jean. Le panneau central a pour sujet la Vénération de l'Enfant, entre les bras de la Vierge, par le mage d'Europe, qui lui saisit les pieds pour les porter à ses lèvres, et a placé près de lui, sur un banc de pierre, auprès de sa toque couronnée, une sébille d'orfèvrerie remplie de pièces d'or; la scène se passe dans une masure ruinée: l'on aperçoit au fond, par la porte, une étable avec le bœuf et l'ané, et deux personnages accoudés à une baie; le volet de droite donne les traits du mage d'Asie, coiffé de son chaperon et porteur d'un brûle-parfums; celui de gauche est consacré au mage d'Ethiopie, apportant une cassolette de myrrhe; ils sont vus à mi-corps, comme Marie et Mensor, et se détachent sur de fins paysages montagneux. S'il y a une grande analogie entre ce groupe de Jésus avec sa mère et celui de l'œuvre de l'hôpital Saint-Jean, il y a identité complète dans les traits des mages d'Europe des triptyques: évidemment le même modèle a posé pour les deux images, et, comme l'authenticité de l'œuvre de Bruges ne peut être contestée, l'attribution de celle de la collection Chaix d'Est-Ange à Memling semble très vraisemblable. Après avoir signalé un très bon petit Portrait de femme, de l'école flamande et du commencement du xvi^e siècle, appartenant à M. Gustave Chaix d'Est-Ange, les volets d'un autre triptyque nous transportent à plus d'un siècle de distance, mais leur conception archaïque et leur provenance brugeoise permettent de les rapprocher de l'Adoration des Mages. Nous avons pu identifier les donateurs agenouillés sur ces pages, et, par suite, les dater: le panneau de gauche représente Philippe de Maldeghem, chevalier, maître d'hôtel et gentilhomme de la chambre du duc Ernest de Bavière, prince-électeur de Cologne, mort le 21 janvier 1611, facilement reconnaissable à sa clef de chambellan et à son blason, de gueules à la croix d'argent, cantonnée de douze merlettes du même, en orle; derrière lui sont rassemblés ses cinq fils: Adolphe, premier bourgmestre de Bruges; Josse, gouverneur de Landrecies; Robert, commandant de la garnison de Bruges; Philippe, major de Bruges; enfin, Charles, lieutenant d'une compagnie d'infanterie wallonne; en face, sur le volet de gauche, figure la femme du chevalier Philippe, Martine de Boneem, dont le manteau est orné du chevron de sable de ses armes, sur champ d'or; elle trépassa le 7 janvier 1607; ses quatre filles sont auprès d'elle: Marie, Anne, Sébastienne, épouse de Josse Casenbroot, seigneur d'Oostwinckel, qui se distingue par les dentelles ornant sa coiffure, en sa qualité de femme mariée, et enfin, Jacqueline. Ces panneaux doivent être antérieurs à 1603, époque où fut placée l'épitaphe de cette famille en l'église des Dominicains, aujourd'hui détruite, ce qui explique comment ils ont pu faire partie de la succession de Madame Sipière et entrer dans la collection Chaix d'Est-Ange. Il faut les rapprocher d'un volet récemment acquis par le musée communal de Bruges et reproduisant les traits d'un Gallo-Lopes avec ses fils, et les attribuer à Franz Pourbus le jeune; il y a encore dans la galerie un petit Portrait du chancelier de L'Hopital qui appartient à l'école des Pourbus. Deux grands paysages, de styles très voisins, doivent être ensuite mentionnés: l'un est attribué à Jan Breughel de Velours et est animé de trois personnages dus à Henri van Balen; il fut acquis de M. de Rycke, en 1876; l'autre, qui a figuré dans une vente dirigée par Roux (du Cantal), le 22 avril 1834, nous montre un groupe de Pierre-Paul Rubens, Diane, au retour de la chasse, se baignant avec trois Nymphes, dans un bois d'Alexandre Keirrincks, et provient de M. Alexandre Contzen. L'ordre chronologique nous amène à parler maintenant d'un Christ en croix, d'Antoine Van Dyck, dont M. Chaix d'Est-Ange se rendit acquéreur en 1852, des mains de M. Febvre, au prix de 1,500 francs. Dans son « Ecole flamande », M. Charles Blanc qualifie cette œuvre d'admirable, et M. Jules Guifrey en a fait figurer la gravure, par Courtly, dans une biographie du maître, éditée par Quantin en 1882. Pour goûter toute la valeur de ce Christ, il faut le comparer à celui du musée d'Anvers qui est plus puissant peut-être, mais assurément moins parfait: le visage procède visiblement de Rubens, la lumière est uniformément distribuée sur tout le corps, la draperie semble opaque, les pieds sont à peine établis. Dans l'œuvre de la collection, le maître a rendu, avec un soin infini, le dernier soupir de la victime: déjà la vie s'est retirée des extrémités exsangues, mais le cœur bat encore, et les yeux jettent au ciel un suprême regard, en même temps que la bouche exhale un dernier cri; la tête, complètement rejetée en arrière, est d'une surprenante et tragique beauté. Si le Christ d'Anvers est du meilleur élève de Rubens, celui-ci est l'un des chefs-d'œuvre de Van Dyck. (1) On connaît la Charité (ou l'Amour) de Lukas Cranach, du musée d'Anvers (n° 43), avec laquelle l'absence de costume ne permet pas le moindre rapprochement.

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LA COLLECTION CHAIX D'EST-ANGE GERARD TERBURG. — FIANÇAILLES (Collection Chaix d'Est-Ange)