Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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LES ARTS N° 12 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Décembre 1902 F. BOUCHER. — LE LEVER DU SOLEIL (Collection Wallace)

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F. BOUCHER. — BERGER SURPRENANT UNE BERGÈRE ENDORMIE Les Boucher de la Collection Wallace L'INSTALLATION de la Collection Wallace a été, hors de France, la glorification de l'art français. Notre XVIIIe siècle y triomphe sous toutes ses formes et dans toutes ses grâces variées. Au milieu d'un mobilier qui serait digne, — et c'est tout dire, — de remeubler le Château de Versailles, abondent les chefs-d'œuvre de la peinture du même temps ; et le maître le plus fécond, le plus fameux, le plus représentatif du siècle aimable, y compte une bonne vingtaine d'œuvres exquises. Même au Louvre, François Boucher, premier peintre du roi Louis XV, n'est pas présenté aussi brillamment que dans cette nouvelle galerie d'Angleterre. Par un hasard intéressant et qu'il faut mettre en lumière, les plus belles toiles de la collection, dans la série des Boucher, ont été déjà les plus belles au milieu d'une collection non moins notable, — celle de Madame de Pompadour. Elles ont appartenu à la grande protectrice du peintre, à celle qui, sans avoir fait sa fortune à la Cour, — puisqu'il y peignait pour la reine Marie Leczinska dès 1734, — a contribué du moins à l'y soutenir avec éclat. Boucher a été le peintre favori de la marquise. Il a orné ses magnifiques maisons, Crécy, Bellevue, Saint-Ouen, l'hôtel d'Évreux, les Ermitages, de ses toiles joyeuses et décoratives ; il a fait le portrait de sa fille et peint les ébats de ses chiens ; lorsqu'elle a eu son moment de dévotion, il a décoré de lavis gracieux et point trop austères le livre de l'Office de la Sainte-Vierge, qui lui servait de livre d'Heures; quand elle a voulu jouer à l'artiste, il lui a donné les leçons premières dont son inexpérience avait besoin ; il lui a fourni les dessins qu'elle reportait, d'une pointe hésitante, sur le cuivre, et il a retouché vigoureusement quelques-unes des eaux-fortes qui nous sont venues sous le nom de la favorite. Surtout, à maintes reprises, il a peint son image, et de tous les maîtres qui nous ont conservé le secret de cette grâce conquérante, c'est lui qui a le plus souvent travaillé et peut-être le plus heureusement pour notre curiosité. Les portraits de Madame de Pompadour, par Boucher, en originaux ou en répliques d'atelier, sont fort nombreux, et quelques-uns sont l'honneur de collections fameuses. L'artiste l'a peinte sous tous les costumes et dans toutes les attitudes; sans parler des réminiscences volontaires qu'on devine au milieu de ses mythologies, il s'est plu à faire le portrait de la marquise dans la solitude des parcs, sur le banc où s'attarde sa rêverie, ou dans l'abandon du sofa studieux, accompagnée toujours du livre relié à ses armes et du

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LES BOUCHER DE LA COLLECTION WALLACE F. BOUCHER. — LE COUCHER DU SOLEIL (Collection Wallace)

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LES ARTS carton de dessins posé auprès d'elle. Drouais peindra plus tard la femme politique, qui traite les affaires de l'État à son métier de tapisserie; Boucher a immortalisé la jolie femme, celle qui a vécu pour les arts et pour l'amour. Un des plus beaux portraits qu'il ait faits d'elle est précisément celui de la Collection Wallace. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'admettre la supposition du catalogue, qui voit dans le groupe de marbre placé dans le fond de la composition, le fameux marbre de Pigalle, l'Amour et l'Amitié, groupe commandé pour Bellevue, et dont le caractère est tout différent. Il pourrait être question cependant de la paisible et délicate déesse qui présida, à partir de 1752, à la destinée de la favorite royale. Mais il y a tant de jeunesse et de grâce dans le modèle que l'esprit rêve volontiers à une date de fantaisie. L'imagination reporte le brillant portrait à cette année 1745, pendant laquelle se décida le sort de la jolie Madame Le Normant d'Étioles; le jardin où la dame promènerait en grande toilette de cour, son rêve ambitieux, serait ce parc d'Étioles, où l'abbé de Bernis composait pour elle ses plus jolis madrigaux, où Voltaire, pendant que guerroyait le Roi dans les Flandres, adressait à la maîtresse de demain ses adulations intéressées. Le groupe inventé par l'artiste, où une figure de femme accueille avec quelque réserve un petit Amour fort impétueux, semble symboliser, d'une façon assez ingénieuse, l'ardeur du vainqueur de Fontenoy, excitée et contenue à la fois par la jeune bourgeoise parisienne; celle-ci, avisée comme un diplomate, mettait ses conditions, comme on le sait, au couronnement de cette flamme, et ne voulait entrer à Versailles que maîtresse déclarée et marquise. Aucun doute ne subsiste sur l'authenticité du portrait, où l'on remarque la présence du petit carlin favori, que Madame de Pompadour a voulu dans toutes ses images. Il n'est pas sans intérêt cependant d'appuyer la tradition d'un bon document, qui n'est autre que le catalogue de la collection du frère de la Marquise, M. de Marigny, mort marquis de Ménars. Le seizième et dernier des tableaux de Boucher présentés en 1782, à la vente de l'ancien directeur des Bâtiments du Roi, est ainsi décrit: «Le portrait d'une dame en pied, vêtue d'une robe de taffetas, garnie de gaze. Elle est dans un bosquet, le bras droit appuyé sur un piédestal qui porte une figure de femme assise et arrêtant l'Amour qui veut l'embrasser. Toile de 3 pieds sur 2 de large.» La «dame» en question n'est autre que la sœur du marquis, discrètement désignée au public, et la toile est bien le Boucher de Londres. Il fut payé par le due de Chaulnes, à la vente de 1782, la somme dérisoire de 154 livres! A cette date, la réaction était complète contre l'école de Boucher, et les œuvres du maître descendaient aux prix misérables où elles devaient se maintenir pendant un demi-siècle. C'est sur un autre catalogue que nous retrouverons les deux grands Boucher de la Collection Wallace: le Lever et le Coucher du Soleil, qui comptent parmi les plus complètes compositions du peintre et aussi les plus célèbres. Les voici décrits dans le Catalogue des tableaux et estampes de feu F. BOUCHER. — MADAME DE POMPADOUR (Collection Wallace)

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LES BOUCHER DE LA COLLECTION WALLACE --- Madame la Marquise de Pompadour, dressé pour sa vente en 1766, par le peintre-expert Pierre Rémy : « Deux tableaux représentant le Lever et le Coucher du Soleil; le premier sous l'emblème d'Apollon qui sort de la couche de Téthys, et dans le second le même dieu vient se reposer dans le sein de cette divinité des eaux... Ils sont peints sur toile et portent chacun 9 pieds 10 pouces de hauteur sur 8 pieds de large. » Ce sont si bien les plus importants morceaux de la collection de la marquise, que le rédacteur du catalogue a jugé à propos d'y joindre des remarques particulières : « La composition ingénieuse, les grâces de tout ce qui peut contribuer à rendre des morceaux de la première distinction, se trouvent réunis dans ces deux tableaux. J'ai entendu dire plusieurs fois par l'auteur qu'ils étaient du nombre de ceux dont il était le plus satisfait. Le jugement d'un artiste aussi modeste, et aussi peu prévenu de ses talents que l'est M. Boucher, doit être cru. En outre, les personnes éclairées et impartiales les ont jugés de même. » Tant de bonne « publicité », comme nous dirions aujourd'hui, donna des résultats : les toiles furent adjugées 9,800 livres et passèrent chez M. de Saincy. Les deux grandes compositions de Boucher avaient, d'ailleurs, une renommée déjà ancienne. Commandées pour être exécutées en tapisserie, à la Manufacture des Gobelins, par Cozette et Audran, elles avaient paru avec un succès considérable au Salon de 1753. Un des grands critiques de l'époque, l'abbé Leblanc, qui était au nombre des amis de Madame de Pompadour et de son frère, décrivait avec admiration cette somptueuse allégorie. Une des Néréides de la suite de Téthys le séduisait particulièrement: « On ne sait, écrivait-il, où M. Boucher trouve les modèles de ce genre de beauté. La touche du pinceau toujours variée fait sentir la force des Tritons et la délicatesse des chairs des Néréides, la transparence de la mer et le vide de l'air... Partout, quelle galanterie et quelle volupté! » Tel était d'ailleurs le sentiment universel. Le public se plaisait encore à voir, dans toute cette mythologie de convention exposée par Boucher, des allusions réjouissantes aux triomphes galants de la marquise ; c'était elle la déesse des eaux, retenant ou sachant rappeler dans ses bras l'Apollon royal. Peut-être eût-on été mieux inspiré en cherchant, parmi les Néréides, en des groupes où il nous est facile de la reconnaître, la piquante beauté de Mademoiselle Murphy. Elle était le modèle favori du peintre et régnait, à cette date même, sur --- F. BOUCHER. — LE JUGEMENT DE PARIS (Collection Wallace)

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LES ARTS les fantaisies de Louis XV. Elle donnait, par le goût persistant qu'elle inspirait, de sérieux ombrages à la marquise délaissée; car il y avait fort longtemps qu'Apollon ne descendait plus chez Téthys. On ne saurait trop songer à la marquise, lorsqu'on étudie l'œuvre de Boucher. Les deux noms demeurent inséparables; elle a inspiré une grande partie des ouvrages de son maître préféré; elle a elle-même subi profondément son influence; toute son esthétique de femme de goût, elle la tient de l'homme qui a joué auprès d'elle, tant qu'elle a vécu, le rôle de conseiller, rempli auprès de son frère par l'excellent Cochin. Ce n'est pas sans raison que Boucher a été le peintre de Madame de Pompadour. Leur caractère, les tendances de leur esprit, leur origine même, tout les rapprochait l'un de l'autre. Mêmes goûts chez l'artiste et chez la marquise, même recherche de la somptuosité décorative, qui n'exclut pas le détail joli, mêmes appels à ce qui flatte les yeux, excite les sens, plaît à l'intelligence sans lui imposer trop d'efforts, même aisance à éliminer tout ce qui ne sert pas le plaisir. Ils ont l'un et l'autre une prodigieuse facilité à comprendre vite, à tirer parti des circonstances, à rechercher les milieux utiles et à les corrompre à leur profit. L'artiste et la grande dame improvisée sont également brillants, pimpants, admirés; chacun dans sa sphère est investi d'une royauté consentie de tous ou de presque tous; mais quelque chose en eux demeure, qui n'est pas la distinction suprême, ni la véritable hauteur de l'esprit. La fille de finance, toute bourgeoise au fond, élevée dans un milieu de traitants et de banquiers du Roi, où la conquête de la fortune est le grand mobile, ayant appris la vie à l'école de l'ambition et du plaisir, restera avide avant tout de luxe et d'hommages; elle garde, tout auprès du trône et dans le plus haut rang, avec des qualités certaines et de la droiture, les idées morales d'une élève de Voltaire et des goûts de femme entretenue. Le peintre, à son tour, doué d'une fécondité extraordinaire égale à celle des plus grands maîtres, ambitieux de réussir, cherchant le succès dans une flatterie intelligente du public, s'est adapté merveilleusement aux besoins de son temps. Il a inventé la mythologie égrillarde et la bergerade polissonne, à l'usage de tout un monde nouveau qui monte par l'argent et pour qui les jouissances de l'art comptent au nombre des plaisirs que l'argent procure. Boucher a été le peintre des hôtels de fermiers généraux et des « petites maisons » galantes. Le jour où le roi de France a laissé descendre sa moralité au niveau de celle des financiers à son service, il n'a pas eu à choisir d'autre peintre que le leur. Il l'a gorgé de pensions, chamarré d'ordres, accablé de commandes. Que Boucher soit nommé, en 1765, à la mort de Carle Vanloo, premier peintre de Sa Majesté Très Chrétienne, il en est certes parfaitement digne par ses mérites d'artiste, bien que sa verve commence à se fatiguer et que sa main s'alourdisse; mais le choix qu'on fait de lui indique, mieux que tout autre événement, le chemin parcouru par le goût public. La charge, qu'a illustrée Charles Le Brun sous le Grand Roi, est tombée en des mains singulièrement différentes. A qui le peintre du Roi et des Grâces doit-il cet honneur inattendu? Bien que la marquise soit morte depuis deux ans, son influence règne encore à la Direction des Bâtiments du Roi qu'occupe M. de Marigny; c'est elle qui a valu à son vieil ami Boucher cette faveur dernière de la fortune. PIERRE DE NOLHAC. F. BOUCHER. — LA MARCHANDE DE MODES (Collection Wallace)

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LES FEMMES DE HENRY VIII AUTEUR INCONNU. — CATHERINE D'ARAGON. (Première femme de Henry VIII.) (National Portrait Gallery, London)

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Les Femmes de Henry VIII Un très beau livre vient d'être écrit et publié sur Henry VIII ; il n'en reste rien à louer pour le texte ni pour la qualité supérieure de la présentation et des figures ; c'est de tous points l'un des plus inédits et des plus rares de la belle série continuée par la maison Goupil depuis quinze ans, avec un succès consacré. L'auteur en est M. A. F. Pollard, membre de l'Académie de Londres, qui a su allier la vérité historique au loyalisme des siens. Une seule chose étonne, et tout à fait, il faut le dire, c'est la médiocrité, l'inélégance de la plupart de ces figures de reines, hors peut-être celles peintes par Holbein, Jeanne Seymour et Anne de Clèves. Laides, revêches, dondons ou maigres, venues de bas lieu, on croirait, sont les autres. On objectera en vain que le roi Henry, les princes ou les grands lords, que tout le monde anglais avait, en ces temps, des idées fort inattendues sur la beauté, comme chez nous le roi François. Ce que voudront, à cent ans de là, les raffinés, les précieux Anglais de la cour des Stuarts, n'aurait eu alors qu'un succès d'estime. On accorde cela : on accorde même que toutes ces personnes de la cour de Henry VIII furent, dans la généralité, les bien portantes « female » des crayons d'Holbein à Windsor, belles de santé, d'ossature solide et d'exubérances charnues ; alors on ne comprendrait plus la belle Anne Boleyn que voici, ni Catherine Howard, ni surtout cette manière de nonne qu'est Catherine Parr. A la pauvreté de la peinture s'ajoute un je ne sais quoi de maladroit, d'indécis, qui impressionne en vilain. Nos crayons de Chantilly, jadis à Castle Howard, nous montrent des œuvres bien supérieures dans le genre. Quelques-uns des trois cents qu'on y trouve, beaucoup sur les sept ou huit cents que renferme notre Cabinet des Estampes, écrivent une très différente chronique de la cour des Valois. Et cependant nous n'avons pas eu l'exception admirable d'un Holbein ; nous vivons sur la régularité coutumière d'artistes du second rang, les Clouet, les Perréal ou les Bourdichon, petits seigneurs si on les compare au maître de Bâle. Au fond, Hans Holbein fut-il si goûté en Angleterre, lui qui mettra près de dix ans à trouver le chemin de la Cour, qui aura au-dessus de lui les fameux serjeants paynters, tous les barbouilleurs de la Cité, qui devra attendre l'année 1538 pour faire triompher sa phrase? Encore n'aura-t-il qu'un succès d'estime, lorsque, revenu de Duren avec le portrait d'Anne de Clèves, il aura voulu faire trop bien, et qu'on ne trouvera pas l'original en concordance avec la copie. Ce qu'il faut à Henry VIII, comme plus tard à sa fille Elisabeth, ce sont les images naïves, congruentes à leur esthétique personnelle. Voyez ici près Catherine d'Aragon, la première femme du Roi, celle qu'il a prise dans sa belle jeunesse, et qui, à défaut d'autres qualités, a au moins la beauté du diable: c'est ainsi qu'il l'a voulu. Il est parfaitement incapable de démêler si le même portrait donné par Hans Holbein ne vaudrait pas mieux. En réalité, de qui peut être cette effigie ? De John Brown, de Wright, de Horebout, de Guilhim Stretes ou de Fliccius ? qui le pourrait dire et qui le voudrait ? Pour l'honneur de l'artiste, le silence est souhaitable. Dans ce portrait nous avons la Reine sur ses trente ans, au temps où Anne Boleyn, revenue de France, a été attachée à sa personne, et lui fait la lecture pendant les séances de tapisserie. Catherine n'est point encore la « Reine incestueuse » que tout à coup le Roi découvrira après dix-huit ans de ménage; or, Henry qui a épousé en sa personne la femme de son frère Arthur, ne veut pas être incestueux, il a, pour cela, bien trop de scrupules. C'est d'ailleurs l'avis d'Anne Boleyn, qui le lui a fait remarquer dans un bal masqué chez le légat Wolsey. Anne Boleyn AUTEUR INCONNU. — ANNE BOLEYN. (Deuxième femme de Henry VIII.) (National Portrait Gallery, London)

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LES FEMMES DE HENRY VIII HANS HOLBEIN. — JANE SEYMOUR. (Troisième femme de Henry VIII.) (Galerie du Belvedere, Vienne)

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LES ARTS entre en scène; elle est la madame de Chateaubriand de l'autre Claude de France qu'est la reine Catherine d'Aragon. Elle vient de France où, toute enfant, elle est passée avec Marie Tudor, sœur de Henry VIII, mariée au vieux Louis XII. Anne avait alors neuf ans; on l'avait confiée à un du Moulin, seigneur de Briis, pour lui enseigner le français et lui donner l'usage de la cour. A Briis, elle avait été compagne d'une des filles de la « Petite Bande », Charlotte du Moulin, dite Bry, que Marot chante en ses Étrennes, et qui deviendra plus tard la belle Madame de Lauzun. Anne apporte en Angleterre quelque grâce, du charme, une impertinence, et des habits d'une coupe plus aimable. Elle a adopté le chaperon des Françaises, celui de la grand-sénéchale, Diane de Poitiers, et de toutes les filles de la « Petite Bande ». Elle intéresse Henry VIII par le ragout un peu aguichant de ses saillies, et le joli jeu de ses effarouchements. Elle tient de Marguerite de Valois certaine histoire de la fille « qui veut bien être femme, mais point la maitresse; » elle monte la cervelle de ce gros homme, expert en théologie, et que les femmes troublent comme un collégien. Il lui écrit des lettres, l'une est au Vatican, où elle est venue grossir un dossier; il se dit « atteint du dard d'amours! » Peut-être est-ce le temps où le barbouilleur royal a pris Anne Boleyn, avec le B. de son collier qu'elle n'eut probablement plus porté étant reine. Pourtant il y avait d'elle une autre effigie, elle en Anglaise, avec le chaperon en faîtière, jolie, mutine, que possédait le comte d'Arundel, en 1645 lorsque Wenceslas Hollar le grava. Mais, je l'ai dit, Holbein n'est encore personne à la cour d'Angleterre; nul doute que le Roi n'ait préféré l'œuvre officielle, celle que voici (page 8), où les yeux manquent d'équilibre, et les traits, de vérité. Bien plus tard, sous le règne d'Élisabeth qui était sa fille, le graveur Elstrake voudra montrer la reine, mère de la Reine, « Queen's mother », et ce sera l'effigie d'Holbein qu'il reproduira. Il aura même une façon charmante d'expliquer le billot final dans la légende: « She departed this lyffe in the year of our Lord God 1535 (sic). » (Elle a quitté cette vie l'année de Notre Seigneur Dieu 1535.) Les artistes ont quelquefois dans le langage de ces habiletés qu'ils leur manquent dans le métier. Elstrake a fait une Anne Boleyn peu séduisante, ce qui était une autre courtisanerie envers Élisabeth. Anne avait très brutalement cédé la place à Jeanne Seymour. Celle-là est d'origine normande, car Seymour c'est Saint Maur, et la descendante des compagnons du Conquérant a gardé le type des femmes du pays de Caux. Elle est sévère, pincée, austère. Sa bouche est sans lèvres et ses yeux sans douceur. Dans le ravissant portrait d'Holbein, elle expose ses instincts de fermière cousse, qui, le dimanche, étale sur elle ses plus flambantes parures: brocarts flamands, velours, orfèvreries merveilleuses. Jeanne sera la mère du seul fils de Henry VIII; elle a la vertu puritaine, de l'habileté, surtout celle de vivre très peu. Chose peu croyable! Hans Holbein, à l'avènement de Jeanne, n'est encore à Londres qu'un artiste étranger; le Roi continue à l'ignorer. S'il désine de Jeanne l'admirable crayon, aujourd'hui conservé à Windsor, son nom à lui ne figurepoint à l'État royal. Ce crayon, sur lequel il brodera par la suite le splendide portrait de Vienne reproduit ici, sur lequel il fera l'autre portrait dans ce moment au musée dela Haye, un troisième autrefois possédé par le comte d'Arundel, d'autres encore, cette œuvre capitale, humaine, trop vraie, il l'a exécutée en hâte durant une cérémonie. La preuve en est combien il est peu fixé sur certains détails de physionomie, comme, des yeux petits et bridés du portrait de Vienne, il fera les grands yeux étonnés de celui de la Haye. Et c'est la parure aussi qui a été changée. Dans le HANS HOLBEIN. — ANNE DE CLÈVES. (Quatrième femme de Henry VIII.) (Musée du Louvre, Paris)

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LES FEMMES DE HENRY VIII AUTEUR INCONNU. — CATHERINE HOWARD. (Cinquième femme de Henry VIII.) (National Portrait Gallery, London)