Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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FRAGMENT D'UNE PEINTURE MURALE. — Art roman-catalan du xii° siècle.
Trouvée à Orcan (Lerida).
PEINTURES ROMANES ET GOTHiques
Barcelone en 1929 offrit un spectacle éblouissant, inoubliable. L'Exposition Internationale était une des plus importantes et des plus magnifiques qui eussent été depuis longtemps organisées dans la Péninsule. La Ville était étincelante de lumières le soir, merveilleusement fleurie le jour. Des fêtes continuelles accompagnaient toutes les manifestations de l'art, théâtral, musical, arts de la forme et de la décoration. Lorsqu'on se rappelait les étapes à travers les merveilles du génie humain parcourues tour à tour chaque après-midi, mêlé dans la foule joyeuse flânant le long des pittoresques Ramblas, on éprouvait l'impression singulière de prolonger dans une ambiance d'électricité vivante les longues méditations en lesquelles on s'était plongé en présence de ce recueil immense des trésors du passé qui se succédaient dans un si bel ordre le long des galeries du Musée.
Et ce Musée lui-même, j'entends le Palais National, si souverainement érigé sur une harmonieuse colline, transformée selon les idées et les plans, disons-le sans en tirer un orgueilleux parti, d'un grand jardinier français, dominait une des villes enchanteuses du Monde ; ville spacieuse, active et claire, imposante certes, sans avoir eu recours aux constructions hyperboliques qui prétendent « écor-
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LA RENAISSANCE
DEUX APOTRES. — Art roman-catalan du xii° siècle.
Peinture à la fresque.
Trouvée à San Pedro del Burgal (Lerida).
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DEUX APOTRES. — Art roman-catalan du xii° siècle.
Peinture à la fresque.
Trouvée à San Pedro del Burgal (Lerida).
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PEINTURE MURALE A LA FRESQUE. — Art roman-catalan du xii° siècle.
Trouvée à San Pedro del Burgal (Lerida).
cher le ciel », et conservant assez la notion du bonheur de flâner pour ne pas se vouer aux frénésies de la hâte. Ville passionnée, certes, et passionnée pour de nobles causes, sans pour cela, on l'a vu, se trouver exemptée des drames qui maintenant sont la condition même de la vie, aussi bien publique que particulière.
A ce moment du moins, ceux qui se trouvèrent à Barcelone vécurent dans la plénitude d'un calme supérieur, enchanté par la possession d'un étalage exceptionnel d'œuvres d'art et la révélation de nombre d'entre elles qui sortent rarement des palais, bibliothèques, églises, musées même.
Révélation, car on ne peut pas, tout en ayant pas mal circulé à travers le Monde et l'Espagne, tout connaître, et d'ailleurs les musées ainsi improvisés donnent à chaque objet, par les rapprochements inattendus, une physionomie et une portée nouvelles.
Possession, car il est des œuvres de prédilection que nous remportons en nous-mêmes, après qu'elles sont rentrées dans les archives et les demeures.
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A ces émotions devait s'ajouter le plaisir d'une incomparable surprise. On nous avait ménagé l'occasion d'une visite à la Collection Luis Plandiura,
qui ne s'ouvrait qu'aux appréciateurs éprouvés, et dont la réputation, en conséquence, était aussi haute que l'accès en était mystérieux. Tout était original dans cette visite. Imaginez un quartier d'affaires fourmillant d'arrivages ou de départs de marchandises, une place occupée par des docks, et bordée de maisons hautes aux façades tout unies. Une porte étroite s'ouvre, et tout de suite une atmosphère de recueillement et de silence. Le luxe résultant d'une étonnante simplicité, mais de l'emploi des matières les plus précieuses et les plus rares, est la caractéristique d'un escalier dont l'exiguïté est calculée de façon que, d'une part, le visiteur se sente contenu, heureux prisonnier, et d'autre part qu'il n'y ait pas cette impression de vide que causent les amples développements architecturaux au bout desquels il y a souvent bien des déceptions. A chaque arrêt se niche quelque objet de bon aloi, sculpture, chapiteau vénérable, vase aux profonds émaux.
Puis les chambres se succèdent, où, en ordre serré, tapissent les murs des fragments imposants de peintures murales sauvées de l'injure des ans; s'érigent des vitrines, ou des statues. Tout cela revêtant un caractère intime, amical, établissant une communication plus pénétrante entre les visiteurs d'aujourd'hui et les reliques des vieux âges. L'homme ardent et avisé qui a réuni tout ce prodigieux ensemble qui va du xii° siècle à nos propres éphémérides,
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PEINTURE A LA FRESQUE. — Art roman-catalan du xii° siècle. Trouvée à San Pedro del Burgal (Lerida).
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Luis Plandiura, n'est pas de l'espèce des collectionneurs qui affectent une fausse modestie, et non plus de ceux qui vous fracassent de la supériorité qu'ils s'attribuent. Il est jeune, de haute mine. Il dit les choses franchement, et l'on voit en lui l'homme d'entreprise, qui n'a pas sourcillé, « renâclé », comme tant d'amateurs qui semblent avoir eu plus de plaisir à avoir rogné plus ou moins sur le prix d'achat qu'à devenir les possesseurs d'œuvres d'art dont il n'apparaît pas avec évidence qu'ils soient dignes. Lui, ce grand marchand, n'a jamais marchandé. Avec lui on se sent bientôt en sympathie,
et l'on va vite de la sympathie à la camaraderie, — et de la camaraderie à l'amitié.
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Cette collection n'avait pas encore accompli toute sa destinée. Nous avions pensé à cette époque la voir bientôt exposée au Pavillon de Marsan, où elle eût étonné les plus difficiles à satisfaire. Les événements devaient en décider autrement. L'art a ses fatalités, mais il en est de belles. Certes, en visitant la Collection Plandiura, nous avions l'impression du définitif. Mais ce définitif lui-même devait
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VIE DE SAINT MARTIN
Antependium peint sur bois. — Art roman-catalan du xiii° siècle.
Trouvé à Chia (Huesca-Aragon).
reparaître sous un autre visage et dans d'autres lieux.
Souvent l'amateur avait été en concurrence avec le Musée de l'Art catalan pour des pièces capitales de l'art roman et gothique. Cette concurrence n'existe plus. La noble émulation a fait place à un accord grâce auquel le Musée acquiert des richesses complémentaires, et le collectionneur une gloire bien méritée.
La collection augmente de près d'un tiers les séries que possédait déjà le Musée, et ainsi se forme un Musée unique de l'art catalan du xii° au xv° siècle. Les intermédiaires à qui l'art est redevable de cette heureuse transaction furent MM. le Président Francisco Macia, le sculpteur Josep Llimona, président de la Commission du Musée, et le Directeur Joaquim Folch I Torres. Les ouvrages ainsi réunis par la destinée, qui au contraire disperse plus souvent l'œuvre des hommes qu'elle ne la conserve et encore moins la maintient, seront installés dans le Grand Musée d'Art catalan, à ce Palais National de Monjuich dont j'évoquais le souvenir grandiose au début de cette étude. L'inauguration aura lieu à la fin de la présente année.
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Ce serait bien de la présomption de notre part de croire que l'on peut faire tenir dans le cadre, même élargi, de notre Revue une histoire et une appréciation complètes des séries si importantes de la Collection Plandiura, et nous avons pensé avant tout à faire parler les ouvrages.
L'Introduction de cette Symphonie historique et picturale est majestueuse.
Il y a relativement peu d'années que l'art roman de la peinture murale est connu et apprécié à sa grandeur. C'est à peine s'il y a un demi-siècle qu'on a commencé à l'entrevoir. Connu ? L'est-il encore suffisamment ? Il y a bien des lacunes que l'on ne comblera sans doute pas, des questions qui ne seront jamais complètement résolues, surtout si les érudits s'en mêlent. D'où venaient les influences au milieu desquelles cet art majestueux se développa et prit son caractère particulier ? Parfois l'on croit distin-
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LA MORT DE LA VIERGE.
Peinture romane sur bois du xiii° siècle.
(Photo F. Serra, Barcelone.)
guer quelque rejaillissement de l'art chrétien primitif, parfois aussi une filiation byzantine.
Mais dans toutes ces honorables discussions, on oublie toujours cette vérité moins de La Palisse qu'on ne pense à savoir qu'un art naît... où il est né. Sans doute on peut également dans le narthex de san Isidro de Leon (vers 1150) apercevoir des échos fraternels de l'art méridional en France vers les mêmes temps. A quoi bon, pour le moment, développer ici ces discussions générales ? Une chose avant tout est certaine, c'est que dans toutes ces petites églises qui se nichaient dans des creux des Pyrénées, un art vivait, simple, spontané, expressif.
On s'en convainc rien qu'en visitant le vénérable ensemble des petites basiliques de Tarasa, ou Terrassa, qui est une des plus émouvantes survivances imaginables. Nous en pûmes faire la visite avec le même Luis Plandiura, en une matinée splendide dont les vieilles pierres semblaient toutes ragaillardies. Il se trouvait comme chez lui, et il y était en effet, ayant contribué personnellement de ses deniers au sauvetage. De même, dût-il me blâmer de cette révélation, ne se proposait-il pas, de ce côté des monts, de réparer la négligence de notre propre administration quant à une précieuse et abandonnée chapelle ?
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C'est ainsi que le nouveau Musée va permettre d'étudier le plus amplement cet art catalan primitif, qui a tant de saveur, de sincérité et d'allure. Nous avons lu naguère que cet art n'était que « grossier et populaire », et nous reprenons ces termes comme le plus bel éloge en y trouvant (ce qui choquait le savant) l'affirmation de l'expression de la race et la négation de tout académisme.
Le Musée de Barcelone avec le complément de la Collection Plandiura offrira donc aux savants,
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LA VIERGE ALLAITANT, ENTOURÉE D'ANGES MUSICIENS.
Peinture gothique du xiv° siècle, par Jacques Serra (1361).
comme aux amoureux d'art qui ont le bonheur de ressentir les arts sans les expliquer, un autre répertoire de notions — ou une autre source de joies — qui ne fera pas double emploi, mais au contraire harmonie avec le magnifique Musée épiscopal de Vich.
Et, à ce propos, je ne puis m'empêcher de m'abandonner encore un moment au souvenir de cette année festive de 1929. Vich ! Dans le voisinage même de cet écrin antique et vénéré de l'art ancien, J.-M. Sert a pour ainsi dire lancé dans l'espace, à la Cathédrale, tout un monde nouveau de visions émanées du monde des sentiments éternels. L'esprit franchit les siècles, cherche à relier les roides et sévères figures que vous voyez ici reproduites et ces apparitions à la fois ordonnées et tumultueuses, triomphales et tragiques, du dogme chrétien. Malgré les dissemblances apparentes, quelles communications, que les mots sont impuissants, et d'ailleurs superflus, à expliquer, entre les siècles, les hommes, et les formes ! L'essentiel est d'en comprendre et d'en recevoir le bienfait. C'est cela qui fait justice de la vieille et absurde notion du « progrès » en matière d'art. Ce sont les plus grands artistes comme J.-M. Sert qui demeurent les plus respectueux de leurs humbles ancêtres, et les grands collectionneurs comme Plandiura qui voient avec le plus de justesse les rapports entre les efforts vers l'expression des sentiments par l'art des écoles séparées par des siècles.
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PEINTURE GOTHIQUE SUR BOIS.
Art catalan du xiv° siècle,
par Pedro Serra.
(Photo F. Serra, Barcelone.)
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TRYPTIQUE. — Art gothique navarro-aragonais du xve siècle.
TRYPTIQUE DE SAINT VINCENT. — Art catalan du xive siècle. — Trouvé à Estopinan (Huesca-Aragon).
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LA RENAISSANCE
VIERGE AU DONATEUR.
Peinture gothique. — Art catalan du xve siècle.
(Photo F. Serra, Barcelone.)