Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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33e ANNÉE - TOME XXXVI
Nouvelle Série
FONDATEUR
ARMAND DAYOT
L'ART
ET LES ARTISTES
ART ANCIEN, ART MODERNE
ART DÉCORATIF
DIRECTEUR
Magdeleine A. DAYOT
8, Bd Flandrin, Paris-XVIe
ADMINISTRATION :
39, rue du Général-Foy
Paris-VIIIe
Revue mensuelle d'Art de France et de l'Etranger
NUMÉRO 186
AVRIL 1938
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue Mensuelle d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
Compte Chèques postaux : 603.69
(PARAISSANT DIX FOIS PAR AN)
Registre du Commerce Seine 58.503
Fondateur
ARMAND DAYOT
Directeur
Magdeleine A-DAYOT
COMITÉ DE PATRONAGE
- Louis BARTHOU, de l'Académie Française, ancien président du Conseil des Ministres.
- Philippe BERTHELOT, Ambassadeur de France.
- Albert BESNARD, de l'Académie Française, peintre, membre de l'Académie des Beaux-Arts.
- Antoine BOURDELLE, sculpteur.
- Maréchal LYAUTEY, de l'Académie Française.
- Raymond POINCARE, de l'Académie Française, ancien président de la République
- Robert de la SIZERANNE, critique d'art.
M. Léon BERARD, de l'Académie Française, ancien garde des Sceaux.
M. Henri CANGARDEL, Directeur général de la Compagnie Générale Transatlantique.
M. Raoul DAUTRY, Directeur général honoraire des Chemins de fer de l'Etat.
M. Henri FOCILLON, critique d'art, professeur au Collège de France.
M. Edouard HERRIOT, ancien président du Conseil des Ministres.
M. Georges HUISMAN, Directeur général des Beaux-Arts.
M. Paul LANDOWSKI, de l'Institut, sculpteur, Directeur de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.
M. Jean-Julien LEMORDANT, peintre.
M. Paul LEON, de l'Institut, Directeur général honoraire des Beaux-Arts, professeur au Collège de France.
M. Louis LUMIERE, de l'Institut.
Gouverneur Général OLIVIER.
M. André TARDIEU, ancien président du Conseil des Ministres.
COMITÉ D'HONNEUR
M. D. DAVID-WEILL, de l'Institut, président du Conseil des Musées Nationaux, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, vice-président de la Société des Amis du Louvre.
M. Maurice FENAILLE, de l'Institut, vice-président du Conseil des Musées Nationaux.
Comte M. de CAMONDO, vice-président de l'Union Centrale des Arts Décoratifs, vice-président de la Société des Amis du Louvre, membre du Conseil des Musées Nationaux.
Mme Pierre GOUJON, née REINACH, amateur d'art.
Julien SCHWOB D'HERICOURT, amateur d'art.
M. H. EBRARD, amateur d'art.
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33e ANNÉE — TOME XXXVI — SOMMAIRE DU NUMÉRO 186 (AVRIL 1938)
LE MUSÉE MAGNIN À DIJON (4 illustrations) . . . . . . . . . . . . J. G. GOULINAT
TECHNIQUE DE LA COULEUR DES PEINTRES ANCIENS ET DES PEINTRES MODERNES (7 illustrations) . . . . . . . . . . . . CHARLES H. POUTHAS
TOULOUSE-LAUTREC (5 illustrations) . . . . . . . . . . . . JEAN CASSOU
ANDRÉ ROZ (4 illustrations) . . . . . . . . . . . . CHARLES OULMONT
L'AÉROGARE DU BOURGET (7 illustrations) . . . . . . . . . . . . S. GILLE DELAFON
En hors-texte : LA FEMME AU BOA NOIR par TOULOUSE-LAUTREC
L'ACTUALITÉ ET LA CURIOSITÉ. — Echos des Arts par J. M. (3 illustrations) — Georges Trévaux, par MATHIEU VARILLE (2 illustrations) — Chronique théâtrale et Cinématographique, par M. A. D. (1 illustration) — Les Expositions, par M. A. D. (6 illustrations) — Les Livres par M. A. D.
Prix de ce numéro : 14 francs. — Abonnement pour la France : Un an (dix numéros) 120 francs. (Demandes de changement d'adresse : 1 fr. 50 — Numéro spécimen : France 5 fr. — Etranger : 7 francs).
ABONNEMENTS POUR L'ETRANGER :
1° PAYS AYANT ADHERE A LA CONVENTION DE STOCKHOLM (Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Rép. Argentine, Autriche, Belgique, Brésil, Bulgarie, Canada, Colombie, Congo Belge, Cuba, Danzig, Egypte, Espagne, et Colonies, Esthonte, Ethiopie, Finlande, Grèce, Guyane Hollandaise, Hedjaz, Hedjed et dépendances, Hongrie, Irak, Lettonie, Libéria, Lithuanie, Luxembourg, Maroc espagnol, Mexique, Pays-Bas, Perse, Pologne, Portugal et colonies, Roumanie, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, U. R. S. S. (Russie), Uruguay, Vatican, Venezuela, Yougoslavie : Un an (diz numéros) : 150 francs. Le numéro ordinaire : 17 francs. Le numéro spécial : 20 francs. — 2° PAYS N'AYANT PAS ADHERE A LA CONVENTION DE STOCKHOLM : Un an (diz numéros) : 175 francs. Le numéro ordinaire : 20 francs. Le numéro spécial : 22 francs.
Administration :
39, Rue du Général-Foy, Paris - 8e
Téléphone : LABORDE 76.34
Direction :
8, Bd. Flandrin - Paris (16e)
Téléphone : Trocadéro 57-97
Publicité : Publications DOCUMENTA
8, rue de Choiseul - PARIS (2e)
Téléphone : Richelleu 89-76
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CH. LORILLEUX & CIE
16, Rue Suger
PARIS - VI
DANTON 54-22 (4 lignes)
ENCRES, COULEURS ET VERNIS
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ROULEAUX D'IMPRIMERIE
PATE VIGEO PATE NERVEX CAOUTCHOUC
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ROBERT BORY
LA VIE ET L'ŒUVRE
DE
RICHARD WAGNER
PAR L'IMAGE
UN VOLUME IN-4° RAISIN DE 256 PAGES, DONT 200 PAGES
POUR L'ILLUSTRATION AVEC 600 REPRODUCTIONS EN HÉLIOGRAVURE
Un merveilleux voyage à travers l’Europe artistique du XIXe siècle
JUSTIFICATION DU TIRAGE
10 exemplaires sur papier de Hollande van Gelder avec lettre autographe
de Richard Wagner . . . . . . . . . . fr. 1750
40 exemplaires sur papier de Hollande van Gelder . fr. 750
2000 exemplaires sur vélin blanc . . . . . . . fr. 220
SPÉCIMEN SUR DEMANDE
ÉDITIONS DES HORIZONS DE FRANCE
39, Rue du Général-Foy
PARIS
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CRÉDIT LYONNAIS
Société Anonyme fondée en 1863
Capital entièrement versé : 400 millions
Siège Social:
18, Rue de la République — LYON
Siège Central:
Boulevard des Italiens — PARIS
R. C. Lyon B 732
Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe
Ordres de bourse (France et étranger)
Avances sur titres — Dépôts de titres
Escompte et encaissement de coupons
Envois de fonds en France et à l'Étranger
Change de monnaie étrangère
Lettres de Crédit pour voyages — Souscriptions
Dépôts de bijoux, argenterie, etc.
Assurances — Garantie contre les risques
de non vérification des tirages
LOCATION de COFFRES - FORTS
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LES ARCHIVES PHOTOGRAPHIQUES D'ART ET D'HISTOIRE
1 bis, Rue de Valois, PARIS 1er
Les amateurs d'art, les historiens, les professeurs, les étudiants, les éditeurs, trouvent dans les collections de clichés appartenant à l'Administration des Beaux-Arts et réunies aux Archives Photographiques d'Art et d'Histoire, 1 bis, rue de Valois, scientifiquement et méthodiquement classées, les éléments les plus précieux pour leur documentation : monuments historiques, musées, bibliothèques et archives.
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F.LINEL
COULEURS FINES
AQUARELLE
DÉTREMPE
GOUACHE
HUILE
TABLEAUX
MAROUFLAGE
PLAFONDS
PANORAMAS
DÉCORS
TOILES DE QUALITÉ
A.BINANT
DE BELLES COULEURS SUR DE BELLES TOILES
MALLERICH et VITRY
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LES NUMÉROS SPÉCIAUX RÉGULIERS DE "L'ART ET LES ARTISTES"
ANCIENNE SÉRIE
- N° 27. — CHARDIN ET FRAGONARD, par ARMAND DAYOT ……… (Epuisé)
- N° 50. — ANGLAISES ET FRANÇAISES, Ecole du XVIIIème Siècle (Les « Cents Portraits de Femmes »), par ARMAND DAYOT et GABRIEL MOUREY . (Epuisé).
- N° 95. — ARTISTES ANIMALIERS, BARYE, PEINTRE, par ROGER REBOUSIN, L. BERNARDINI-SJOESTEDT, WILLIAM RITTER, FRANK RUTTER, J. CAUSSE, PH. ZILCKEN, CARLO BOZZI, A. DE MILO, WEN CESLAS, T. HUSARSKI, STEPHANE, JAREMITCH, CARL G. LAURIN, CHARLES GIHON, etc. …………………… 15 fr.
- N° 103. — LA PEINTURE EN ORIENT ET EN EXTREME-ORIENT, par le MARQUIS DE TRESSAN …………………… (Epuisé).
- N° 109. — RODIN. — L'HOMME ET L'OEUVRE, par OCTAVE MIRBEAU, PAUL GSELL, L. BERNARDINI-SJOESTEDT, JUDITH CLADEL, FRANCIS DE MIOMANDRE, LÉONCE BENEDITE et RODIN …………………… (Epuisé).
NOUVELLE SÉRIE
- N° 2. — LE MUSEE RODIN, par PAUL GSELL, 43 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 4. — RENOIR, par ALBERT ANDRÉ GEORGES LECOMTE, GUSTAVE GEFFROY, AMBROISE VOLLARD, 37 illust. 15 fr.
- N° 11. — CLAUDE MONET, par GUSTAVE GEFFROY, 30 illustrations — (Epuisé).
- N° 15. — L'ART ET LES ARTISTES SOUS NAPOLEON, par ROBERT DE LA SIZE-RANNE, LOUIS RÉAU et CHARLES SAULNIER, 75 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 21. — FORAIN, par GUSTAVE GEFFROY, 32 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 24. — ANDERS ZORN, par ARMAND DAYOT et HENRI FOGILLON, 30 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 30. — L'ART ET LES ARTISTES AU MAROC, par GUSTAVE ROUGER, (Lettre-préface du MARÉCHAL LYAUTHEY), 83 illustrations …………………… 20 fr.
- N° 35. — BOURDELLE, par MARCEL PAYS, 50 illustrations …………………… (Epuisé). (Une seconde étude, moins ample mais complète, par MARCEL PAYS, a paru dans le N° 114, 16 illustrations, 12 fr.)
- N° 41. — MAURICE DENIS, par ANDRÉ PÉRATÉ, 50 illustrations …………………… (Epuisé).
- N° 45. — ALBERT BESNARD, par CAMILLE MAUCCLAIR, 60 illust. …………………… 15 fr.
- N° 51. — PAUL JOUVE, par RAYMOND BOUYER, 50 illustrations …………………… (Epuisé).
- N° 55. — IGNACIO ZULOAGA, par CAMILLE MAUCCLAIR, 35 illust. …………………… (Epuisé).
- N° 61. — GAUGUIN, par GUSTAVE KAHN, 32 illustrations …………………… 30 fr.
- N° 66. — GUSTAVE MOREAU, par ANDRÉ SUARÈS et GEORGES ROUAULT, 34 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 71. — GOYA, par JEAN CASSOU, 37 illustrations …………………… 20 fr.
- N° 74. — TOULOUSE-LAUTREC, par MAURICE JOYANT, 42 illustrations …………………… 35 fr.
- N° 80. — COURBET, par GUSTAVE KAHN, 32 illustrations …………………… 35 fr.
- N° 84. — PISSARRO, par J.-C. HOLL, 35 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 90. — MARCEL-LENOIR, par ARMAND DAYOT, 37 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 94. — DELACROIX, par CAMILLE MAUCCLAIR, 38 illustrations …………………… 30 fr.
- N° 100. — DESVALLIERES, par ROBERT VALLERY-RADOT, 40 illust. …………………… 15 fr.
- N° 104. — L'ADIEU A LA VOILE, par AUGUSTE DUPOUY et J.-B. CHARCOT (pré-face de GEORGES LEYGUES, ministre de la Marine), 31 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 110. — MANET, par PAUL FIÈRENS, 43 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 117. — LES SCULPTURES D'ALFRED JANNIOT (à l'Exposition Coloniale de 1931), par ARMAND DAYOT, 36 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 120. — FOUJITA, par FRANCIS DE MIOMANDRE, 38 illustrations …………………… 30 fr.
- N° 124. — DESPIAU, par GUSTAVE KAHN, 41 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 130. — CARPEAUX, par LOUISE-CLEMENT CARPEAUX, 38 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 134. — VERMEER ET L'ECOLE DE DELFT, par ARSÈNE ALEXANDRE, 30 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 136. — LA FIGURE DU CHRIST DANS L'ART, par ARMAND DAYOT, 48 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 140. — LA DANSE dans les arts plastiques, par ELIE FAURE, PIERRE TUGAL, PIERRE COURTHION, MICHEL FLORISOONE, TRISTAN KLINGSOR, MAGDELEINE A-DAYOT, 40 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 144. — MAILLOL, par PAUL FIERENS et PAUL-SENTENAC, 30 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 150. — COROT, par CAMILLE MAUCCLAIR, 38 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 154. — DEGAS. — Nouveaux aperçus, par ARSÈNE ALEXANDRE, 47 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 158. — CINQ SIECLES D'ART, à l'Exposition de Bruxelles, par PAUL FIÈRENS, 30 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 160. — L'OEUVRE DE GUERRE DE JEAN-JULIEN LEMORDANT, par PIERRE LELIÈVRE, 31 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 164. — INGRES, par JEAN CASSOU, 34 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 170. — UN MUSEE DE LA GRAVURE, La collection Edmond de Rothschild, par ANDRÉ BLUM, 48 illust. …………………… 15 fr.
- N° 177. — L'ART ET LES ARTISTES À L'EXPOSITION DE 1937, 48 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 178. — L'ART ET LES ARTISTES À L'EXPOSITION DE 1937, 54 illustrations …………………… 50 fr.
- N° 179. — L'ART ET LES ARTISTES À L'EXPOSITION DE 1937, 54 illustrations …………………… 15 fr.
- N° 184. — LA FEMME MESURÉE DE L'ART FRANÇAIS, par WALDEMAR GEORGE, 47 illustrations …………………… 18 fr.
(Frais de port en sus)
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NICOLAS POUSSIN. - PAYSAGE AU SERPENT.
LE MUSÉE MAGNIN
A DIJON
D epuis trente ans j'ai suivi la constitution de ce musée, ayant su, dès cette date, le projet de M. Magnin d'installer plus tard dans sa ville natale à Dijon, la collection qui était loin d'ailleurs, à cette époque, d'avoir l'ampleur qu'elle a prise aujourd'hui.
Sans doute ne s'est-il point passé de semaine — et cela durant des années — sans qu'une nouvelle toile entrât dans l'hôtel de l'avenue Victor-Hugo, l'achat étant toujours dicté par la qualité du tableau et non par la nécessité d'acquérir un échantillon de tel ou tel peintre représentatif. Mais le Dieu des chercheurs semble avoir travaillé pour l'œuvre entreprise et avoir permis l'ordonnance rigoureuse d'une collection dont les éléments venaient d'eux-mêmes se ranger dans l'ensemble, comme des pions dans un échiquier.
Jamais M. Magnin ne s'est soucié de savoir si un peintre avait ou n'avait pas une cote sur le marché. Il prenait l'œuvre d'un artiste connu ou inconnu parce que, sur un point ou un autre, elle présentait un intérêt pictural ou documentaire et, à cause de cela son musée ne ressemble à aucun autre.
Nous y rencontrons en effet, à côté de pièces maîtresses que peuvent envier les plus grands musées du monde, une série d'œuvres de peintres secondaires, en général peu recherchés ou même dédaignés, mais qui prennent ici leur véritable
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L'ART ET LES ARTISTES
importance, soit parce qu'ils représentent un chaînon dans la chaîne ininterrompue qu'est l'histoire de la peinture, soit parce qu'en un temps déterminé tel artiste, dont on peut s'étonner de voir une œuvre exposée, a joué un rôle important.
Entre cent autres, deux exemples reviennent à ma mémoire : Nous trouvons au musée une curieuse composition de Louis Testelin : « Le Partage de la Terre Promise » ; une autre encore : « Tancrede et Herminie ». Est-ce à dire que Testelin soit considéré aujourd'hui comme un grand personnage ? Certainement non. Mais il fut, au XVIIe siècle, l'un des douze fondateurs de l'Académie de peinture.
Nous rencontrons aussi une gouache charmante de Jean Bardin : « Ruines d'aqueduc à Rome » et, plus loin, parmi les œuvres de l'Ecole italienne, un tableau assez théâtral de Pompeo Battoni : « César recevant la tête de Pompée ». L'intérêt inégal de ces deux œuvres est singulièrement augmenté lorsqu'on se souvient que Pampeo Battoni et Jean Bardin eurent pendant un temps Louis David pour élève.
Il est également fort intéressant de pouvoir étudier, dans une même galerie, des artistes dont la renommée est restée longtemps uniquement locale et qui ne commencent à être connus du public que depuis peu. N'est-ce pas le cas de Jean Boucher qui naquit à Bourges en 1563 et dont les compositions, pendant plusieurs siècles, n'ont été célèbres que dans sa ville natale ? L'intérêt que l'on porte aux paysages de J. B. Forest date d'hier et c'est aujourd'hui seulement que l'on découvre les rares mérites d'un Claude Vignon. Quant à Dufrénoy, dont on voit ici une toile magistrale, ses œuvres, avant les travaux remarquables de M. Louis Demonts, étaient toujours attribuées à d'autres peintres et surtout à Poussin.
En 1930, j'ai eu l'occasion d'organiser une Rétrospective du premier des Salons réguliers, celui de 1737. Parmi les cinquante-deux artistes qui le composaient, le plus grand nombre est devenu illustre. Toutefois, en dépit de la sélection que pouvait offrir cet ensemble, quelques-uns, parmi ces premiers exposants, sont maintenant ignorés, et, dès lors à peu près introuvables. Mais Monsieur Magnin, lui, ne les ignore pas et sa collection me fut du plus précieux appui pour retrouver les cinquante-deux peintres, sculpteurs et graveurs de cette époque.
Si beaucoup des artistes qui représentent d'intéressants cas particuliers et dont la liste serait trop longue à dresser, figurent au musée Magnin qui est le seul à pouvoir offrir une réunion de cet ordre, ce serait commettre une bien grande erreur que de ne le croire composé que de maîtres secondaires ou de peintres méconnus. Il faudrait, tout au contraire, si l'on voulait faire un « Salon carré » des œuvres de grands maîtres qui s'y trouvent, consacrer à cette sélection un important emplacement. Je ne puis, dans cette brève étude, ayant le désir de m'attarder un peu, chemin faisant, que signaler quelques-uns des tableaux les plus rares.
Dans les écoles étrangères et d'abord l'Ecole italienne, je retiendrai les dessins de Filippino Lippi, de Bernardino Luini, de Vittore Pisano, ainsi qu'une étude à la sépia rehaussée de gouache, pour le tableau de Montegna : « La Circoncision », conservé aux Offices à Florence. Il s'agit là d'une pièce capitale ; jamais le maître de Padoue n'a analysé des plis avec une acuité plus grande, n'a mieux approfondi le caractère des visages humains. Dans sa simplicité, ce
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LE MUSEE MAGNIN
dessin évoque la puissance d'un bronze antique.
Nous rencontrons plus loin une très curieuse composition dans laquelle Lucas Signorelli interprète en grisaille sur les belles pages décoratives de ce peintre de Brescia, mais il ne me souvient pas que dans aucune d'entre elles il ait atteint cette noblesse de style. Des peintres tels que Parmesan, Véronèse, Proccacini,
JEROME BOSCH. - LE CHRIST AUX OUTRAGES.
un fond ocré, la légende d'Adam et d'Eve chassés du Paradis. Notons encore une fougueuse esquisse du Tintoret : « St Roch soignant les Pestiférés » dont l'exécution est à la Scuola San Rocco à Venise ; une « Diane et Callisto » du Dominiquin, puis aussi le portrait d'un musicien du Romanino. Nous connaissions Strozzi, Solimène, Tiepolo, Longhi, Guardi sont représentés. Quant à Magnasco, il a ici trois toiles dont « L'ensevelissement d'un moine », mais surtout deux des plus étonnants paysages qu'il ait jamais exécutés. Une telle énumération, fort incomplète, est fastidieuse. Il serait vain, aussi, de tenter de décrire
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L'ART ET LES ARTISTES
telle ou telle toile, ce qui risquerait de la trahir ou d'en donner une idée fausse. Je n'ai d'autre but en ce moment que de signaler quelques pièces maîtresses pour essayer de situer et la physionomie particulière du Musée Magnin et ses œuvres d'exception.
Dans l'école des Anciens Pays-Bas, je noterai « St Jérôme et le Lion » de Gérard David, deux pages de premier plan : « Le Christ aux outrages » de Jérome Bosch et « Les Plaisirs de l'hiver » de P. Breughel le Vieux ; tandis que chez les Hollandais, aux côtés de Benjamin Cuyp, de Ferdinand Bol, de Weenix, se place un J. Ruysdaël « Le sentier dans les dunes » où l'on retrouve tout l'âpre dépouillement des abords de Scheveningen ; enfin le plus étonnant portrait de femme qu'ait jamais peint Van der Helst. Cette toile est signée et son pedigree établi sur des documents sûrs ; ce qui est fort heureux pour son auteur, car jamais sans doute on n'aurait pu penser, qu'il s'était, un jour, élevé picturalement aussi haut.
Signalons, chez les Flamands, un Rubens plein de fougue : « Hercule et le sanglier d'Erymanthe », puis à côté de Van Dyck, des Téniers, plusieurs Jordäns, parmi lesquels « Le Vieux Faune » l'emporte de toute son autorité. Enfin, je citerai deux très beaux paysages de Francisque Millet et de Huysmans.
Dans les Ecoles de l'Europe centrale, je remarque surtout un « Adam et Eve » d'une grande âpreté, œuvre de Hans Baldung. L'Ecole espagnole nous offre un Gréco, un Zurbaran, un tableau de Velasquez de la série des bodegones, un Valdès-Léal et une impressionnante figure de Goya. Enfin nous trouverons, chez les Anglais, quelques pièces de première importance comme « La Charrette » de Reynolds, « L'Abreuvoir » de Gainsborough, « Le Cottage » de Constable et un fort beau morceau de peinture : « La veuve devant le buste de son époux » par Romney.
***
La plus ancienne toile de l'Ecole française est une « Nativité » d'un anonyme qui se situe vers 1500 ; puis nous voyons un Meltand : « David et Goliath » et un Jean Cousin : « L'invention de Moïse ». Ensuite, les tableaux s'échelonnent le long des siècles et l'énumération pourrait se poursuivre jusqu'aux contemporains. A certains de ceux-ci, même, une petite place a été faite. Mais il est plus exact de dire que l'Ecole française n'est complètement représentée que jusqu'à Géricault, Delacroix, Daumier, Millet et Manet.
Dans cet imposant ensemble, les grands noms de la peinture du XVIIe et du XVIIIe siècle dominent, qu'ils soient Simon Vouet, Poussin, Claude Gellée, Mathieu le Nain, Watteau, Chardin, Boucher, Quentin de La Tour, Perronneau, Greuze, Fragonard, David, Prud'hon, Gros, etc...
Encore une fois, il me paraît tout à fait vain de tenter de donner ici autre chose que l'indication des caractéristiques essentielles de ce musée. Aussi bien, nombre de tableaux qui l'enrichissent ont ils été souvent remarqués dans les grandes expositions organisées par les Musées Nationaux ou la Ville de Paris. La « Jeune fille au collier de jais », par exemple, a été prêtée toutes les fois que Gros devait être représenté, parce que cette toile est une perle dans son œuvre.
Un autre tableau est plus célèbre encore : « Le Paysage au Serpent » de Poussin. Il n'est même pas exagéré de dire qu'il est parmi les plus célèbres de l'Ecole française. Dans ses « Dialogues des morts », Fénélon en fait une longue
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LE MUSEE MAGNIN
BRUEGHEL LE VIEUX. - LES PLAISIRS DE L'HIVER.
analyse, mettant en balance le génie de Vinci et celui de Poussin. Il s'agit en effet de l'une des compositions où Poussin s'élève au sommet de la science du paysage. Avec les « Funérailles de Phocion », « Orphée et Eurydice » et « Diogène jetant son écuelle », Nicolas Poussin résume dans le « Paysage au serpent » toutes les observations qu'il a faites sur nature et dont nous sentons le contact vivant en étudiant ses admirables études à la sépia. Les personnages ne jouent ici qu'un rôle épisodique. Poussin, peintre classique, n'aurait pas admis qu'un paysage n'eût point, par surcroît, une intention historique ou philosophique. Mais il est tout à fait intéressant de savoir que l'idée première de son tableau est tout entière dans un croquis fait d'après nature (Collection His de La Salle, au Musée de Dijon) et que la figure d'homme courant, que nous voyons au premier plan, était, dans la vision première, celle d'un pêcheur marchant d'un pas tranquille ; entre le croquis et la peinture on voit ce que l'interprétation a pu amener de transformation dans le sens de la grandeur majestueuse et de la simplification des lignes.
Pendant de longues années, M. Magnin a gardé auprès de lui, à Paris, les tableaux de la collection qui, chaque jour, s'enrichissait et qui compte actuellement, en dehors de quelques sculptures et des meubles choisis avec une goût très sûr, deux mille tableaux et dessins. Mais, nous l'avons dit plus haut, c'est à Dijon qu'il avait choisi de les voir, définitivement installés. N'avait-il pas consacré de longues années d'activité à la création de ce Musée qui était l'aboutissement de ses pensées les plus