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20e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 65 MARS 1926 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7e Revue d'Art de France et de l'Etranger
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
20e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 65 MARS 1926 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7e Revue d'Art de France et de l'Etranger
L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif Société anonyme au capital de 400.000 francs (paraissant dix fois par an) Registre du Commerce Seine 58-503 Abonnement { FRANCE... 90 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ ETRANGER. 120 fr. --- XXe ANNÉE — SOMMAIRE DU NUMÉRO 65 (Mars 1926) ALEXANDRE IACOVLEFF EN AFRIQUE (18 illustrations). PASCAL FORTHUNY OTHON FRIESZ (8 illustrations) JEAN-LOUIS VAUDOYER LÉON DRIVIER (8 illustrations) GUSTAVE KAHN GUSTAVE FAVET (5 illustrations) L.-CH. WATELIN L'ACTUALITÉ ET LA CURIOSITÉ : Sur l'art de Willette par CHARLES FEODAL. — Echos des Arts. Les Expositions. — Le Mouvement Artistique à l'Étranger. — Les Livres. En hors texte : FILS D'UN CHEF FILINGUÉ, dessin d'ALEX. IACOVLEFF Prix de ce numéro : 10 francs pour la France, 15 francs pour l'Etranger (Envoi d'un Numéro spécimen contre mandat de 5 francs) Il ne sera répondu qu'aux lettres contenant l'affranchissement de retour. Les demandes de changement d'adresse devront être accompagnées de la somme de 1 franc 50. Tous droits de reproduction, de traduction et d'interprétation réservés pour tous pays. Les articles publiés par l'Art et les Artistes deviennent la propriété de la Revue. --- Jean CHARPENTIER TABLEAUX DE MAITRES OBJETS D'ART ET DÉCORATIONS DU XVIIIe SIÈCLE EXPOSITIONS ET TABLEAUX MODERNES Paris, 76, Faubourg Saint-Honoré — (Hôtel particulier) Reg. du Commerce Seine 100-416 Copyright by L'Art et les Artistes, 1926 Le Secrétaire de Rédaction Gérant : PIERRE LADOUÉ.
L'ART ET LES ARTISTES
Directeur-Fondateur : Armand DAYOT --- L'ART ET LES ARTISTES NOUVELLE SÉRIE TOME XIII N° 65 (Mars 1926) à 69 (Juillet 1926) PARIS 23, QUAI VOLTAIRE, 23 1926
ALEXANDRE IACOVLEFF — FEMMES DU CHEF TOUBA (RACE MANGBETOU) ALEXANDRE IACOVLEFF EN AFRIQUE FILLETTE BORNOU (FORT-LAMY) Le 31 décembre dernier, je recevais, — et c’était pour moi une belle étrenne, — de mon bien cher ami Armand Dayot, une lettre d’où ces lignes sont détachées : « Alexandre Iacovleff, le peintre aujourd’hui célèbre, expose dans quelques semaines, à l’Hôtel Jean Charpentier, les magnifiques dessins et les si curieuses peintures qu’il rapporta, naguère, du centre africain, car vous savez qu’il fit partie de l’expédition Citroën : G.-M. Haardt-Audouin-Dubreuil — Bettenbourg — Brull. Cette exposition s’annonce comme un grand succès. Voulez-vous voir les trésors recueillis par l’artiste dans ces sombres et lumineuses contrées et, sur ce sujet passionnant, écrire pour l’Art et les Artistes, un article, qui prolongerait vos études concernant ce peintre, dans la même revue, au fascicule 6 de la nouvelle série, lorsqu’il nous montra sariche glane chinoise, et en janvier 1922, alors que vous définissiez ses tendances? » Extrêmement sensible à une telle offre, on ne peut plus curieux d’apprécier, sur une marge de plusieurs années, l’évolution d’un homme et d’une œuvre par qui j’avais été si fort intéressé, je répondis : « Nous nous rencontrerons le jour de votre choix, dans l’atelier de Iacovleff, et c’est nous promettre bien de l’agrément. » Dès cet instant, par anticipation intuitive, je m’efforçai de concevoir ce que pourrait être le plus exact commentaire des travaux dont j’étais appelé à parler avant peu. À la lecture des articles d’autrefois, je croyais bientôt découvrir les raisons, quasi prédestinées, par
ALEXANDRE IACOVLEFF — FEMMES DU CHEF TOUBA (RACE MANGBETOU) ALEXANDRE IACOVLEFF EN AFRIQUE FILLETTE BORNOU (FORT-LAMY) Le 31 décembre dernier, je recevais, — et c'était pour moi une belle étrenne, — de mon bien cher ami Armand Dayot, une lettre d'où ces lignes sont détachées : « Alexandre Iacovleff, le peintre aujourd'hui célèbre, expose dans quelques semaines, à l'Hôtel Jean Charpentier, les magnifiques dessins et les si curieuses peintures qu'il rapporta, naguère, du centre africain, car vous savez qu'il fit partie de l'expédition Citroën : G.-M. Haardt-Audouin-Dubreuil — Bettenbourg — Brull. Cette exposition s'annonce comme un grand succès. Voulez-vous voir les trésors recueillis par l'artiste dans ces sombres et lumineuses contrées et, sur ce sujet passionnant, écrire pour l'Art et les Artistes, un article, qui prolongerait vos études concernant ce peintre, dans la même revue, au fascicule 6 de la nouvelle série, lorsqu'il nous montra sariche glane chinoise, et en janvier 1922, alors que vous définissiez ses tendances? » Extrêmement sensible à une telle offre, on ne peut plus curieux d'apprécier, sur une marge de plusieurs années, l'évolution d'un homme et d'une œuvre par qui j'avais été si fort intéressé, je répondis : « Nous nous rencontrerons le jour de votre choix, dans l'atelier de Iacovleff, et c'est nous promettre bien de l'agrément. » Dès cet instant, par anticipation intuitive, je m'efforçai de concevoir ce que pourrait être le plus exact commentaire des travaux dont j'étais appelé à parler avant peu. À la lecture des articles d'autrefois, je croyais bientôt découvrir les raisons, quasi prédestinées, par
L'ART ET LES ARTISTES lesquelles le peintre des acteurs chinois et des femmes mandchoues avait été conduit à se joindre à un groupe de hardis explorateurs du continent noir. Il disait jadis : « Mon art est protestataire contre l’instinct, je le sais épris de discipline. Si la sensibilité y intervient, la volonté en est le but ». Il déclarait, au retour de la plus lointaine Asie : « Je n’ai pas voulu ramasser, là-bas, des anecdotes, mais fixer des vérités ignorées ou mal connues. » Il avait peint La loge d’un théâtre à Pékin, Les acteurs se maquillant, Les trois frères chinois, Le commerçant, et combien d’enfants, de vieilles et de jeunes femmes, jusqu’au Japon, sans oublier le chinois négroide ! Dès lors, et quoiqu’il s’en défendit, et bien qu’il répétait : « Je ne cherche qu’à réaliser une conception décorative du Grand Est », la chasse aux types, la fidélité même des portraits, l’entraînaient comme par la main, — au moins était-ce là ce que je pensais, — vers la mission du peintre ethnographe. Son goût du document vrai, devant le faciès humain, avait dû trouver une occasion nouvelle et immédiatement saisie, de s’appliquer, le jour où il s’était entendu prier d’être, mieux que le photographe et l’opérateur de cinéma, l’historien graphique de cet aventureux voyage entre Colomb-Béchard, Tananarive et Le Cap. Sans doute assoupli et formé par une « règle » sévère, se sentant en pleine possession des dons à l’aide desquels la volonté sert l’observation et régît les écarts de la sensibilité, se reconnaissait-il définitivement mûr pour ajouter au bagage des connaissances, (par la contribution de l’art, du témoignage peint ou dessiné), des apports ethniques, des matériaux aussi constructifs que construits, dont la place serait aussi bien au musée que dans l’amphithéâtre d’un maître de conférences sur l’histoire comparative des races. Cet aboutissement, en quelque sorte utilitaire, dans la carrière d’un artiste éminemment consciencieux, ne me semblait pas de nature à affliger les amis, les admirateurs d’Alexandre Jacovleff. Attaché maintenant à une fausse piste, je déduisais de ma première hypothèse de travail, que l’artiste en était
ALEXANDRE IACOVLEFF VILLAGE DANS LES ENVIRONS DE BANGUI venu à cette conception de son devoir par l'inévitable chemin où, depuis longtemps, depuis toujours, peut-être, l'orientait sa réaction naturelle contre la facilité des techniques séduisantes, contre le charme trop aisé des tours de main où une large part est faite à l'accident et à l'improvisation, contre l’« impressionnisme » dans son sens le plus étendu. On ne vit pas avec un tel scrupule de la forme vraie, de la vérité concentrée dans le dessin et le modelé les plus rigoureux, de la recherche de la plus forte expression par les moyens les plus sobres, sans s'exposer à quelque danger. Vraisemblablement, tout en restant encore très éloigné d'un rigide calvinisme contre lequel le protégeait, si visible en son œuvre et pourtant si refrenée par lui, sa sensibilité de Slave, Iacovleff, par excès de probité, avait du glisser vers un art tout entier d'analyse, et, par un plan incliné sympathique à son esprit pour qui la méditation est un aliment quotidien, en était arrivé à considérer que la peinture ne retire rien à ses mérites propres, et au contraire, si, non satisfaite de figurer trois pommes ou une quelconque cuisse de baigneuse, elle fournit par surcroît une indication qui instruit et qui sert. Ainsi, avec des ingénieurs, des géologues, des botanistes et des entomologistes, était-il parti, au Grand Sud, pour « servir », le crayon entre les doigts, l'ethnographie, pour continuer par Ouallen, Ansongo, le Tchad, l'Oubangui-Chari, les lacs Victoria et Nyassa, Mozambique et Madagascar, l'entreprise, presque inconsciente à l'époque, de Sou-Tcheou, de Chang-Hai, de Pei-King, du Dalan-Nohr et des rivages japonais d'Izouno-Oshima. Toute cette algèbre, calculée, à distance, sur les données d'un problème incomplètement posé, se démontra fausse lorsqu'un matin, devant Armand Dayot et moi, Iacovleff démasqua ses peintures et ouvrit ses cartons de dessins. Nous vimes aussitôt que le péril des théories, fussent-elles des plus respectables, mais lorsquelles sont trop impitoyablement, trop exclusivement soutenues, n'avait

Cette publication de la revue "L'Art et les Artistes" est le numéro 65 de sa 20e année, datant de mars 1926. Elle présente des articles sur des artistes tels qu'Alexandre Iacovleff, Othon Friesz, Léon Drivier et Gustave Favet, avec un focus particulier sur les dessins et peintures rapportés par Iacovleff d'Afrique. La revue couvre également l'actualité artistique, les expositions, le mouvement artistique à l'étranger et les livres.