Extrait

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L'ART ET LES ARTISTES 8e ANNÉE N° 94 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT JANVIER 1913 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ETRANGER 25 FR. RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : ADOLPHE THALASSO --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 94 - LA PEINTURE RUSSE (23 illustrations) .. STEPHANE JAREMITCH - EDGAR CHAHINE (18 illustrations) .. GUSTAVE KAHN - UN PORTRAIT INCONNU DE CHARLES D'AMBOISE (1 illustration) .. BLOCUS - UN PLAN DE LA ROME ANTIQUE (1 illustration) .. EDMOND POTTIER, de l'Institut - L'ART DÉCORATIF : PIERRE ROCHE, Sculpteur (6 illustrations) .. LEANDRE VAILLAT - LE MOIS ARTISTIQUE (2 illustrations) .. ADOLPHE THALASSO Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, par WILLIAM RITTER ; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER ; Espagne, par J. CAUSSE ; Italie, par CARLO BOZZI ; Orient, par A. DE MILO ; Echos des Arts ; Bibliographie. Hors-texte en couleurs : Portrait d'Enfant, peinture, par LE NAIN. Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de 0 fr. 50 en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par L'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Mattres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- THE TABLEAUX ANCIENS Maison fondée en 1848 Galeries KLEINBERGER - PARIS, 9, Rue de l'Échelle - NEW-YORK, 709, Fifth Avenue (Entre 55 et 56e rue) Spécialités : ÉCOLES HOLLANDAISE, FLAMANDE ET PRIMITIFS DES XIVe et XVe SIÈCLES

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AU PRINTEMPS RUE DU HAVRE BY HAUSSMANN. PARIS Décoration, Ameublement, Capif d'Orient, Antiquité, Curiosité. CRÉDIT LYONNAIS SOCIÉTÉ ANONYME FONDÉE EN 1863 Capital entièrement versé : 250 millions Siège Social : LYON, Palais du Commerce Succursale : PARIS, Boulevard des Italiens Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe :: Ordres de bourse (France et Etranger) :: Avances sur titres :: Dépôts de titres :: Escompte et encaissement de coupons :: Envois de fonds en France et à l'Etranger :: Change de monnaies étrangères :: Lettres de Crédit pour voyages :: Souscriptions :: Dépôts de bijoux, argenterie, etc. :: Assurances :: Garantie contre les risques :: de non vérification des tirages :: LOCATION DE COFFRES-FORTS CHOCOLAT A LA TASSE PRÉVOST Le même Chocolat en tablettes le 1/2 kilo 3 fr. Chocolats supérieurs 4 fr. et 5 fr. le 1/2 kilo Chocolats de ménage 1 fr. 70 et 2 fr. le 1/2 kilo Grand choix de Bonbons au Chocolat QUALITÉ SUPÉRIEURE PARFUMS TRÈS VARIÉS MAISON FONDÉE EN 1827 39, Boulevard Bonne-Nouvelle, PARIS 4, Allées de Tourny, BORDEAUX

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Échos de la Mode Les encolures basses ont continué à plaire beaucoup aux femmes jeunes et beaucoup trop aux vieilles dames qui ne se rendent pas compte que certaines exhibitions ne sont ni flatteuses pour celles qui les font ni agréables pour ceux qui les regardent. Autant un joli cou bien rond, bien souple, est charmant à voir, autant un cou rouge ou grenu, bardé de plis ou strié de cordes est laid à contempler. Cela se devine, ces choses-là, et il est inadmissible que, sous le prétexte que c'est la mode, ou encore que ce n'est pas gênant comme un col, on adopte à tout âge ce qui doit être réservé à la beauté dans sa fleur. Donc, tout le monde, après avoir porté des armatures montant jusqu'aux oreilles, les a si bien rognées qu'il n'en reste plus rien, même en hiver. De cette exagération, il résulte la nécessité de se garantir contre le froid et cela nous a ramené la vague des « tours de cou » jugés élégantisimes par plusieurs générations et relégués depuis longtemps déjà dans le tiroir aux oubli. On les y croyait bien enterrés et voilà qu'ils ressuscitent : en plume, en ruban, en gaze et surtout en fourrure, ce qui permet d'utiliser toutes les rognures de manchons et d'étoiles, toutes les parures visitées par les mites et dont on ne voyait pas l'emploi. Quelques coutures bien faites, une soyeuse double, un flot de ruban et voilà une nouveauté pratique, capable de protéger sans nuire à l'égance de la toilette. A certaines physionomies, ces « tours de cou » vont très bien, donnent un petit air xviii° siècle plein de grâce; à d'autres, par exemple, quand le cou est court, ils donnent tout simplement l'air pataud et endimanché. En fait de mode d'été se prolongeant en hiver, il faut citer aussi celle des bas si fins, si ténus qu'il est indispensable d'être excessivement adroite pour ne pas les déchirer en les mettant, et tout à fait favorisée des dieux pour les rentrer sans autre dommage que la disparition de la pointe ou du talon, après une heure de promenade. Pour être coquet, c'est coquet! Là-dessous la chair transparaît avec des tons de nacre et lorsqu'un fin soulier complète l'ensemble, les amateurs d'extrémités séduisantes peuvent s'embarquer les jours de pluie, ils ne perdent pas leur temps. Seulement, si c'est la joie du prochain, c'est le désastre du budget, et j'avoue me demander comment font tant de femmes pour équilibrer le leur rien que sur la question bas et chaussures. Pour varier, remontons au front, souvent dégarni d'une délicieuse parure, celle que donnent des sourcils bien tracés, bien fournis, profilant leur arc sombre sur la blancheur de l'épiderme et communiquant au regard cette expression que l'on admire chez les Orientales. Dans nos climats, les cils et les sourcils sont plutôt clairsemés et parfois très incolores; aussi apprécie-t-on beaucoup la Sève sourcière dont l'action tonique les rend épais, longs, soyeux et d'une teinte plus foncée. Ce produit de premier ordre appartient à la parfumerie Ninon, 31, rue du 4-Septembre. Il vaut 5 francs et 5 fr. 50 franco. CHRYSANTHEME. Mlle Camille de L. — Pour faire disparaître les taches rouges et les geryures de hâle, employez l'Eau Brise exotique, votre épiderme redeviendra blanc et lisse. Prix 6 francs et 6 fr. 85 franco, à la parfumerie exotique, 31, rue du 4-Septembre. POUDRE DE RIZ AMBRE ROYAL La plus Parfaite des Poudres VIOLET, PARFUMEUR, PARIS CHEMINS DE FER DE PARIS A LYON ET A LA MÉDITERRANÉE SPORTS D'HIVER Vallée de Chamonix, Aix-les-Bains, Mont-Revard, Oberland Billets d'aller et retour spéciaux. — Réduction 20 à 43 $ / . — Validité 15 jours (dimanches et fêtes compris) prolongeable. Emission : Chamonix, jusqu'au 28 février 1913. — Aix-les-Bains-Mont-Revard, jusqu'au 2 mars 1913. — Train de luxe Paris-Rome tri-hebdomadaire en janvier entre Paris et Aix-les-Bains; express de nuit, jusqu'au 11 février 1913 pour Chamonix. — Envoi franco du prospectus détaillé, sur demande adressée au Service de la Publicité P. L. M., 20, boulevard Diderot, à Paris. Courses de Nice Carnaval de Nice 1913 Tirs aux pigeons de Monaco à Billets d'aller et retour de 1^st^ et de 2^e^ classes pour Cannes, Nice, Monaco, Monte-Carlo, Menton, 1^st^ janvier-5 février 1913. Valid. 20 jours (dimanches et fêtes compris), prolong. Excursions en auto-cars sur la Côte d'Azur et aux Environs de Nice, organisées par la Société Ninoise de Transports par Automobiles. Jusqu'au 15 mai 1913. Billets délivrés aux gares de St-Raphaël, Cannes, Antibes, Nice, Monaco, Monte-Carlo et Menton. Départ de l'Agence des Wagons-lits, 2, avenue Masséna, à Nice. Trains extra-rapides de jour et de nuit Côte d'Azur 1^st^ classe, Lits-salons, deux restaurants. Départ de Paris, 9 heures. Extra-rapide de nuit 1^st^ classe, Salons à lits complets, lits-salons avec ou sans draps, couchettes, sleeping-car, restaurant. Départ de Paris. 19 h. 45, Calais-Méditerranée Train de luxe. Voitures de la Compagnie internationale des Wagons-lits, restaurant. Départ de Paris, 19 h. 55. Services rapides sur l'Italie Trains de luxe. Voitures de la Comp. internationale des Wagons-lits, restaurant. Paris-Rome, via Mont-Cenis et Simplon-Exp., via Simp. Excursions aux Cités Antiques et Villes du Moyen-Age de la Vallée du Rhône Lyon, Vienne, Orange, Avignon, Tarason, Artes, Nînes, Algues-Mortes, Pont-du-Gard. Au retour de la Côte d'Azur, il est recommandé de visiter les Monuments antiques de la Vallée du Rhône et de faire l'excursion des Baux en car-automobile par le serv. P.L.M., 15 mars-18 mai 1913, entre Avignon (Château des Papes, remparts, etc.) et Arles (Arenes, Théâtre, Les Alycamps, Saint-Trophime, etc.) par St-Remy (Mausolée, Arc-de-Triomphe), Les Baux (ruines célèb.), Mont-majour (Abbaye). Pour l'horaire et les prix, se reporter aux affiches et prospectus spéciaux. CHAMONIX Cl. Taffraz.

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CHEMIN DE FER D'ORLÉANS L'HIVER AUX PLAGES NANTAISES Les plages Nantaises si fréquentées l'été sont aussi de délicieux séjours d'hiver par la douceur de leur climat. En vue de faciliter l'hivernage dans ces stations, la Compagnie d'Orléans délivrera à titre d'essai, du 1er novembre 1912 jusqu'au mercredi précédant la Fête des Rameaux 1913, aux familles d'au moins 3 personnes, des billets d'aller et retour collectifs à prix réduits dits Billets d'hivernage. Ces billets sont délivrés sous condition d'un parcours d'au moins 150 kilomètres (aller et retour) de toute gare du réseau d'Orléans pour les stations comprises entre Pornichet (inclus) et le Croisic (inclus). Leur validité est de deux mois, non compris le jour du départ, avec faculté de prolongation d'un mois moyennant un supplément de 10 o/o du prix primitif. Trains rapides et express de jour et de nuit, voitures directes 1°, 2° et 3° classe, compartiments-couchettes, wagons-restaurant. PHOTOS D'ART des Musées et Salons de Paris et Galeries étrangères. Gravures. Tableaux p. Appartements. ETUDES D'ART de tous genres. Cartes Postales illustrées. Portraits Miniatures sur émail, agrandissements. SUPERBE CATALOGUE D'ART avec 600 illust., 1 fr. 75 timbres français ou mandats de tous pays. BELLES COLLECTIONS de Photos et Cartes Postales, de 3 fr. à 100 fr. ASTI : Songeuse 24/3o, 1 fr. 75 franco H. A. WEISS, Éditeur 23, rue d'Enghien, PARIS tous vos livres sous la main avec la bibliothèque tournante TERQUEM PARIS 31e Boulevard Haussmann angle de la rue Scribe ENVOI FRANCO DU CATALOGUE 1912 SUR DEMANDE LIQUEUR BÉNÉDICTINE GRANDS VINS DE CHABLIS ET DE LA BOURGOGNE Monopole du Vin de la Moutonne pour l'année 1906 CAVES E. LAPORTE Migennes et gare de Laroche (Yonne) Vins fins de Chablis et de la Côte-d'Or, la bouteille, depuis 1 fr. 50 Vente exclusive en bouteilles - Demander le Prix-Courant pour 1912 Adresse postale et télégraphique : LAPORTE - MIGENNES Téléphone n° 5 à Migennes LE GÉRANT : A. JOBARD.

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--- Musée Alexandre III. SAINT BORIS ET SAINT GLÈBE (ICÔNE RUSSE DE LA MOITIÉ DU XVIIe SIÈCLE) --- LA PEINTURE RUSSE PAR STÉPHANE JAREMITCH L’immense et solitaire étendue de l’empire russe, peuplé d’éléments disparates, reçut un lien général par l’avènement du christianisme, ce qui coïncide presque avec l’introduction de l’art dans l’ancienne Russie. Le culte religieux s’en empara et en fit sa propriété exclusive pendant plusieurs siècles, ce qui n’empêcha pas que l’art, dès son introduction en Russie, se partagea en deux rameaux bien différents comme tendances. Le premier pousse vigoureusement dans le midi, l’autre au nord du pays, mais tous les deux tiennent, par leurs racines mêmes, à l’art byzantin. La tendance caractéristique de l’art méridional est la recherche relative du réalisme. La ville de Kieff fut le centre de cette école. Dans ces premiers essais, on peut remarquer le sentiment de la vie réelle, non libéré encore de la technique byzantine. Nous sommes frappés par cette particularité en voyant, à Kieff, les fresques du monastère de Saint-Cyrille d’Alexandrie, fresques de la moitié du xiie siècle. La prédominance politique du duché de Kieff sur les autres provinces de la Russie n’a pas duré longtemps et, par conséquent, l’influence

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L'ART ET LES ARTISTES Cl. Moreau. Musée de l'Acad. Imp. des Beaux-Arts St-Pétersbourg. IVAN NIKITINE PIERRE LE GRAND SUR SON LIT DE MORT esthétique du midi s'affaiblit dès le commencement. Vers la moitié du xiiie siècle, on remarque déjà son déclin, mais dans ce court intervalle, les traces de l'influence de cette école apparaissent bien visibles dans les fresques des églises de Novgorod, Pskov, Souzdal et autres villes du nord. A l'époque où le centre politique se porte vers Moscou, il naît une autre école reflétant en elle l'âme du Nord. Ce fut un art sévère dont le but était d'assujettir la vie à des problèmes décoratifs. La figure humaine était traitée par l'artiste comme sujet d'ornementation. Toute allusion à la vie fut abolie. Nous sommes frappés de cette particularité en observant les rares portraits de l'époque moscovite. Le peintre André Roubleff (xiie siècle) inaugure ce mouvement, où l'ascétisme apparaît sous sa forme la plus austère. L'influence de cet artiste prédomina longtemps ; il exerça même une autorité incontestable sur son époque. Jusqu'à la moitié du xviie siècle, l'art russe fut au service de l'église. Le règne d'Alexis Michailovitch (1645-1675) inaugura la séparation de l'art religieux de l'art profane. A la cour, on désirait avoir des portraitistes. Des artistes étrangers arrivèrent et, quoique médiocres, réussirent à inculquer à l'aristocratie le goût du portrait. C'est à cette époque que le duché de Kieff fut annexé au royaume de Moscou. Kieff, pendant trois siècles, était resté sous la domination des princes lithuaniens et des rois polonais. Dès le commencement du xviie siècle, l'école de Kieff, soumise à l'influence polonaise, avait subi de grands changements. L'art occidental domina l'influence byzantine et on y découvre une tendance originale et très nette vers le symbolisme, gardant toutefois son ancien goût du réalisme. Grâce à l'unité de religion, les artistes méridionaux eurent accès libre dans le royaume moscovite et y révolutionnèrent bientôt le goût artistique. Ainsi, la réforme d'art précèda la réforme politique et, pour ainsi dire, prépara la voie à Pierre le Grand. Il en élargit les cadres en laissant entrer dans son empire les maîtres étrangers. Ce grand réformateur fut aussi un amoureux de l'art. Il désirait vivement avoir autour de lui des artistes russes ayant étudié à l'étranger. Parmi ses pensionnaires, deux se distinguèrent particulièrement : Matvieïeff et Ivan Nikitine. Ils ne laissèrent cependant aucune trace de leur influence. En réalité, l'enthousiasme pour l'art naquit seulement à l'avènement au trône d'Elisabeth. Musée Alexandre III. LEVITZKY — CATHERINE II

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LA PEINTURE RUSSE LEVITZKY — PORTRAIT DE L'ARCHITECTE KOKORINOFF C'est de cette époque que date l'influence de l'art français sur l'art russe. De brillants maîtres étrangers travaillaient à la cour d'Elisabeth, tels que Toqué, de Veilly, Notari, Torelli. Le luxe, la magnificence et le goût des constructions grandioses prennent d'immenses proportions. En général, la société de l'époque se fait remarquer par un goût recherché et une imagination très vive, car les formes décoratives dans l'art apparaissent déjà merveilleuses et rares. L'impératrice Elisabeth avait une sympathie marquée pour les méridionaux et, par suite, l'affluence de ceux qui venaient de l'Ukraine augmenta considérablement. Arrivant d'un milieu plus artistique et cultivé, certains d'entre eux se distinguèrent bientôt comme peintres de talent et occupèrent une place d'honneur dans les annales de l'art russe. L'un des plus doués comme portraitiste, Levitzky (1735-1822), vécut dans l'atmosphère brillante et animée de l'époque d'Elisabeth. Né en Ukraine d'un prêtre orthodoxe, grand amateur d'art et graveur adroit, Levitzky se développa dans un milieu artistique et fit ses études à l'académie théologique de Kieff, cette Sorbonne russe. Tout jeune encore, Levitzky entre comme élève chez Antropoff (1716-1795) qui, par ordre de l'impératrice Elisabeth, vint à Kieff pour y décorer l'église de Saint-André. C'était un peintre médiocre exécutant des portraits et des icônes; son plus

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L'ART ET LES ARTISTES Ph. Moreau. App. à M. Weiner, à St-Pétersbourg. BOROVIKOFSKI — Mme SKOBIEW grand mérite tut d'avoir deviné le talent de Levitzky. Ayant terminé ses travaux, il emmène avec lui son élève à Pétersbourg. Levitzky y développe rapidement ses facultés artistiques, tout en profitant, en même temps, des conseils de Lagrenée et de Veneziani, perspectiviste savant. Il sait garder pourtant sa propre individualité. Dans ses portraits, l’âme de l’époque se reflète comme dans un miroir. Les portraits qu’il fit des jeunes élèves du couvent Smolny sont pleins de vie et de grâce. Selon le désir de l’impératrice Catherine II, on les voit représentées en costumes de théâtre. C’étaient les meilleures élèves de ce pensionnat de demoiselles nobles, fondé par Catherine qui parfois, pareilles aux jeunes filles de Saint-Cyr, jouaient la comédie devant elle. Levitzky a produit beaucoup. Il laissa toute une collection de portraits d’hommes remarquables de son époque. La facture en est fine et digne d’un maître. Il atteint souvent la force et l’esprit d’un Largillière et aucun de ses contemporains ne peut être son émule. Th. Rokotoff (1738-1812) fut un imitateur froid et sec de Riotori. Entre lui et Levitzky la différence est aussi grande qu’entre Lagneau et Clouet. Borovikofski est encore un originaire de l’Ukraine (1758-1825). Sa jeunesse se passa dans son pays natal, où il se préparait à la carrière militaire. Dans ses moments perdus il s’occupait de peinture. C’est alors qu’il fit deux tableaux allégoriques, que la noblesse du pays offrit à Catherine II, lors de son voyage en Crimée. Ses œuvres plurent à l’impératrice, ce qui fut la cause de l’abandon des projets militaires de Borovikofski. Il vint à Pétersbourg et s’adonna complètement à l’art. Ayant trouvé là-bas Levitzky en pleine activité, il se laisse guider par lui. Ses qualités brillantes de portraitiste apparurent bientôt et, s’il ne surpasse pas son maître, il l’égale souvent. Ses œuvres ne sont pas toutes de même valeur, mais beaucoup d’entre elles sont pleines de vie intense. On voit revivre en les contemplant tous ces gens de la haute société de l’époque de Catherine II, ainsi que de Paul Ier et d’Alexandre. Autour de ces deux peintres une école de portraitistes se groupa. Nous n’en connaissons qu’un petit nombre et il nous faut souvent juger ces artistes d’après les deux ou trois œuvres qu’ils nous laissèrent. Les conditions atroces dans lesquelles vivaient alors les artistes russes en sont peut-être la cause. Beaucoup d’entre eux, sortis du peuple, menaient une existence pitoyable. Nous pouvons citer comme exemple Chébanoff, peintre de talent qui fut serf du prince Potemkine. Cott. de M. Terestchenko. BOROVIKOFSKI PORTRAIT DE LA PRINCESSE KOURAKINE

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LA PEINTURE RUSSE En général, les portraits étaient les meilleures œuvres de l'art russe au XVIIIe siècle. Ceci s'explique par le goût très prononcé de la société pour ce genre de peinture. On ne s'intéressait qu'à la ressemblance physique du visage, dédaignant tout autre genre. Le portrait était considéré comme faisant partie du décor luxueux d'une habitation. Pourtant un grand besoin d'art décoratif détermina la fondation de l'Académie des Beaux-Arts. On voulait avoir des peintres pouvant satisfaire le goût et les besoins du public. Tel était le problème posé à l'Académie des Beaux-Arts. L'idée de sa création préoccupait déjà Pierre Ier, mais elle prit corps seulement vers la fin du règne d'Elisabeth (1757). Les premiers maîtres furent Le Lorrain, Lagrenée, Devilly et Moreau le Jeune. Bientôt plusieurs élèves se distinguèrent et devinrent célèbres, entre autre Losenko, Akimoff, Volkof et surtout Akimoff. On ne retrouve pas cependant chez ces premiers académiciens la souplesse d'exécution de leurs maîtres. Leur manière est fade et mièvre. Cet art froid et pédant sert à peindre des icônes et des tableaux mythologiques, composés maladroitement. On peut dire la même chose à propos des paysagistes. De même que les premiers, ils personnifiaient l'enseignement académique et toutes leurs œuvres se reconnaissent à leur manque d'originalité et à leur esprit d'imitation. Le peintre Th. Alexeieff (1713-1825) est une exception parmi eux et peut être placé au rang des meilleurs et des plus importants portraitistes russes du XVIIIe siècle. Les œuvres de la première période de sa carrière artistique, se font remarquer par leur fraîcheur et leur noblesse. Il montra beaucoup d'art dans la manière de traiter les clairs-obscurs et si parfois on le voit s'incliner vers les tons goudronneux de Bernard di Belloto, il le doit uniquement au caractère général de cette école. Dans la seconde période de sa vie, Alexeieff subit tout à fait l'influence de Hubert Robert, devenu le maître préféré des amateurs d'art et de la haute société du XVIIIe siècle. Il n'atteignit pourtant