Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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--- Dompteuse (enluminure). --- MADAME LÉONE GEORGES-REBOUX En parlant ici de Mme Léone Georges-Reboux, nous n'avons pas la prétention de découvrir une artiste ignorée. Voici plusieurs années que Mme Léone Georges expose, et les amateurs ne recherchent pas d'hier ses travaux délicats et singuliers. Il convient même de dire, au début de cet article, que Mme Léone Georges fut une sorte de précurseur. Les sujets traités par cette artiste et le sentiment qui inspire son talent sont aujourd'hui, comme on dit, à la mode. Et l'on peut même prétendre que l'Orient et la Comédie Italienne commencent à se vulgariser. Depuis quelques mois et, particulièrement l'hiver et le printemps derniers, que de dessinateurs, poètes, couturiers et modistes qui ont répété à l'envi la même sultane, le même arlequin, la même tunique et le même turban ! Mais, voici à peine un lustre, il n'en était pas ainsi ; et, en 1909, c'était montrer de l'originalité que de faire danser, sous le ciel de Venise, une houri à peine dépaysée. Rien de plus décevant, de plus irritant presque, pour un artiste, que de voir son rêve particulier devenir le bien public. Choisissant, dans la retraite de ses songes, les personnages du passé les mieux faits pour lui plaire, il compose en leur honneur un poème ou un tableau digne des Ombres qu'il a ressuscitées et ranimées. Par la façon dont il les a dépeints, par les sentiments qu'il leur a donnés, par l'âme qu'ils dévoilent au fond de leurs yeux, l'artiste leur a imposé une vie nouvelle, dont il est le

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L'ART DÉCORATIF créateur. Travaillant pour lui-même, il n'a pas cherché à faire connaître au monde la beauté ou le charme de ces nouveau-nés ; mais un hasard, — quand ce n'est pas, de la part d'autrui, malice ou surveillance, — permet qu'un artiste sans personnalité, mais adroit et avisé, découvre ces œuvres originales, demeurées cachées ; aussitôt il s'en empare, les démarque, les publie, attire sur ces imitations l'attention du public ; celui-ci s'engoue docilement, et ainsi une mode se crée, et ainsi ce qui était le plaisir secret et précieux de quelques-uns devient le plaisir grossier, sans nuances, du premier venu, que la rareté rebutait, mais qu'attire au contraire la vogue et la facilité. Donc, répétons-le, Mme Léone Georges-Reboux aimait la Perse et les Masques bien avant que celle-ci et ceux-là fussent au goût du jour. D'ailleurs, nous sommes bien tranquille. Mme Léone Georges aimera encore les Masques et la Perse lorsque ceux-là et celle ci auront cessé d'inspirer les grands couturiers et d'orner les rayons des encore plus grands Magasins. Mme Léone Georges n'est pas de celles qui vulgarisent ou suivent la mode; elle est tout à fait capable de la créer, et nous gageons sans risque que, par la suite, l'aventure qui vient de lui arriver lui arrivera de nouveau. En effet, par sa nature même, le talent de Mme Léone Georges est appelé à se renouveler facilement : Ce talent est fait d'autant de culture que de sensibilité. Guidée par une imagination qui se nourrit dans les livres et dans les musées, Mme Léone Georges-Reboux n'aura qu'à changer de rêve pour changer de sujet. Qu'une part de littérature entre dans ses œuvres, nous ne le nions pas; et nous serions même tenté de nous en réjouir. De nos jours, sous le prétexte qu'un artiste doit avant tout respecter la naïveté de son œil et la sincérité de sa main, on offre à notre admiration tant d'ouvrages informes, tant d'ébauches faciles et hâtives, que nous éprouvons une sorte de réconfort et comme de la sécurité devant un ouvrage qui ne prétend pas avant tout à être « direct.» Mme Léone Georges

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L'ART DÉCORATIF préfère à un champ de pommes de terre, à une table de cuisine ornée d'oignons et de terrines, les spectacles infiniment plus subtils, infiniment plus plaisants qui se donnent sur une scène chimérique et idéale. Le comble de l'art, pour elle, n'est point de reproduire la réalité, et sans doute Mme Léone Georges approuve-t-elle cette parole de Pascal : « Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux. » Ce n'est point la peinture à laquelle pense ici Pascal qui tente Mme Léone Georges ; et les « originaux » dont elle ambitionne de fixer la ressemblance sont justement ceux qui atti rent le mieux l'admi ration, puisque ce sont les plus poétiques et les moins vrais, ceux là même qui aident à oublier la laideur et la réalité. Reine d'un caprice qui sollicite tour à tour l'esprit et la volupté, Mme Léone Georges donne aux mouvements et aux formes de ses personnages une allure noncha lante que contredit presque toujours le regard d'un œil plein de cruauté ou de malice. Elle aime les boudoirs petits et retirés, que les parfums emplis sent, où des meubles anciens élèvent parmi les coussins étagés leurs bois peints ou précieux. Assurément, parmi les figures qu'elle préfère, en reconnaît-on quelques-unes qui ont fait partie de la troupe d'Aubrey Beardsley et de Charles Conder, mais si telle attitude, telle forme, telle coupe de robe rappelle certains dessins ou certaines gouaches des deux artistes anglais, du moins ne trouvera-t-on jamais chez Mme Léone Georges un arrangement de couleurs qui ne lui soit tout à fait personnel. Enfin, nul avant elle, Le roi de l'Inde (enluminure).

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L'ART DÉCORATIF croyons nous, n'avait eu l'idée de décorer comme elle l'a fait certaines petites porcelaines, certaines boîtes d'ivoire et de laque, en y disposant des figurines exécutées avec autant de hardiesse que de minutie. Les personnages à la fois falots et précis qui passent comme de petits bataillons dans chaque couplet des vieilles chansons françaises : les Chevaliers du Guet, les Compagnons de la Marjolaine, les filles à marier; la troupe immortelle et immuable qui gambada et grimaça chez Molière et chez Goldoni, chez Beaumarchais et chez Sterne, la même qui rêva et pleura presque dans le jardin de Thérèse où l'on jouait sous les arbres le Carnaval de Schumann; les Orientaux riches de sagesse et de gaminerie qui sont, dans Voltaire et dans Voisenon, tout ensemble si spirituels et si libertins; les Chinois gonflés d'or et d'orgueil qui se prélassent sur les panneaux laqués des commodes sans craindre le voisinage des dragons vomissants; ces fées qui sont aussi des danseuses; ces arlequins qui sont aussi des poètes; ces dominos mols et plissés comme de grandes roses; ces loups de velours noir qui font des visages où ils se posent, autant de mystérieuses et gigantesques pensées; ces épées à garde de perles; ces battes qui sont, au seuil du bal, dans les mains du pitre, aussi puissantes que le glaive dans les mains de l'Archange, au seuil du Paradis; ces guirlandes où les couleurs sont à la fois fleurs et papillons; ces violons qui s'unissent aux flûtes pour mieux répondre aux rossignols; ces fruits dans les plats ouvragés; ces vins dont, devant les flambeaux, les pourpres s'allument; les marbres des dallages, des colonnes et des degrés: tout cela, ces êtres et ces choses, ce plaisir sentimental et ce luxe amoureux, tout cela, Mme Léone Georges-Reboux l'aime, le peint et le célèbre, La dame en rouge (peinture sur bois). La saltane à la rose (enluminure).

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L'ART DÉCORATIF sœur flatteuse du poète et du musicien. Mais ce n'est point seulement dans ce xviie siècle tour à tour fabuleux et véridique que l'imagination et le goût de Mme Léone Georges vont puiser. Les nymphes du bois où Pan réside, les sœurs de Bilitis, les suivantes de la Reine de Saba prennent place aussi dans le cortège composite que cette artiste déroule sous nos yeux. Enfin nous verrons encore dans ces œuvres si fournies de puissance évocatrice, de pâles et longues Dames aux Camélia, de fragiles Bernerettes, de tragiques Rollas, et même, peut-être, des figures plus voisines encore, descendantes de celles qui peuplent les tableaux de Winterhalter, de Stevens et de Monticelli. S'il nous était donné de conseiller un jour un éditeur dans le choix d'un livre de luxe illustré, nous l'engagerions à confier à Mme Léone Georges l'illustration du célèbre roman de Théophile Gautier : Mademoiselle de Maupin. Madelaine dans son costume ambigu de cavalier, d'Albert vêtu en ours, causant avec Rosette dévêtue, et cette somptueuse et mûre Mme de Thémines qui passe au début du livre, comme on se les représente traités par le pinceau tin et souple de Mme Léone Georges ! Ce roman qui se passe on ne sait où, à on ne sait quelle époque, qui évoque tour à tour la Renaissance et le xviiie siècle, le temps de Louis XIII et celui de Louis-Philippe, n'est-ce point, pour un peintre du genre de Mme Léone Georges, le plus riche et le plus heureux répertoire de figures et de caractères ?... Mais, en attendant que notre rêve se réalise, contentons-nous de ces enluminures et de ces « boîtes » qui forment jusqu'à présent l'œuvre de l'artiste qui nous occupe. Les femmes que peint Mme Léone Georges ressemblent à la fois à des poupées et à des félins ; elles ont parfois dans le geste une raideur de ma- L'ambigu (enluminure). Espagnole (peinture sur ivoire).

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L'ART DÉCORATIF La dame au page (enluminure). d'Henri de Régnier et d'Elémir Bourges, nous les reconnaissons sous les traits et dans les ajustements que leur a donné Mme Léone Georges. Rien de plus périlleux que de chercher ailleurs que dans nos rêves les portraits des héros et des héroïnes inventés par des poètes et des romanciers. Il faut un tact extrême pour représenter sans les amoindrir certaines figures dont le pouvoir venait de leur vague et de leur irréalité. Si Mme Léone Georges a réussi là où tant d'autres ont échoué, c'est que ses œuvres n'ont point la prétention d'identifier précisément tel ou tel personnage romanesque. C'est en quelque sorte malgré elle qu'elle nous fait songer à eux, sans les nommer, sans même peut-être avoir songé à eux. Et c'est pour cela, sans doute, qu'ils sont si satisfaisants et si ressemblants. Nous écrivions à l'instant le nom de Baude- rionnettes qui contraste de la façon la plus séduisante avec un sourire plein de perfidie, avec l'allongement d'un pied pointu comme une griffe. Ces courtisanes et ces comédiennes sont les descendantes de quelque faunesse ou de quelque bacchante ; mais, demain, lorsqu'elles seront mortes, on leur donnera pour cercueil la boîte en bois blanc d'un marchand de joujoux, et elles iront danser dans des Champs-Elysées de carton peint, dans un Eden de frises et de portants. La « Fille aux yeux d'or » pour laquelle Balzac décrivit une alcôve de cachemires, la Fanfarlo de Baudelaire, la Pudica de Barbey d'Aurevilly, et, plus près de nous, tels personnages Masques (miniature sur ivoire).

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L'ART DÉCORATIF Éventail aux masques. laire. Ne semble-t-il point que l'admirable critique des Curiosités esthétiques ait prévu le talent de Mme Léone Georges-Reboux lorsqu'il disait : « Le beau est toujours bizarre... Cette dose de bizarrerie qui constitue et définit l'individualité, sans laquelle il n'y a pas de Beau, joue dans l'art le rôle du goût ou de l'assaisonnement dans les Faunesse persane (enluminure).

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L'ART DÉGORATIF mets... » Et les mets que nous offre Mme Léone Georges ne sont pas fades; on y découvre, en les savourant, les épices de l'Orient, le sucre parfumé de la vanille, les rouges flammes du piment. Ce sont de savants et riches élixirs, qu'enferment des flacons soigneusement ciselés dans les plus belles matières : pierres dures et métaux rares, fragiles porcelaines, émaux méticuleux. JEAN-LOUIS VAUDOYER. Le Favori (entuminure).

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LA FERRONNERIE ESPAGNOLE CINQUIÈME ARTICLE C'est d'ailleurs ce dernier qui fut choisi, peut-être à cause de ses prétentions plus modestes que celles des autres maîtres, et qui, en 1559, forgea ces grilles d'une rare perfection d'exécution, aux soudures irréprochables témoignant d'un travail et d'une patience à toute épreuve dans le façonnage et le modelage des petits personnages. Les autres cathédrales suivaient l'exemple donné par celles de Séville, de Tolède, de Palencia et commandaient à l'envi des travaux aux maîtres forgerons. Dès le premier quart du xvie siècle, Guillermot Ervenat, connu encore sous les noms de Jeronimo Eronea ou de Guillen Croenat, forge en 1507 la superbe grille du grand autel de la cathédrale de Pampelu-ne, comme en fait foi l'inscription que voici, placée sur une de ses barres : Al Grilles de la chapelle du Connétable. Cathédrale de Burgos.

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Photo Alguacil, Tolède. GRILLES DU TOMBEAU DE ANAYA. Cathedrale-vieille, Salamanque.

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GRILLES DU TOMBEAU DE ANAYA. (FRAGMENT.) Photo Alguacil Tolède. Cathédrale-vieille, Salamanque.