Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSE - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE Rédacteur en chef : Michel ROUX-SPITZ --- NOUVELLE SÉRIE 3° ANNÉE N° 12 DÉCEMBRE 1926 --- SOMMAIRE TEXTE LES NOUVELLES CHARPENTES ET COUVERTURE DE LA CATHÉDRALE DE REIMS (fin). H. DENEUX. PLANCHES Pl. 67 à 70. — Columbarium à Westerveld (Hollande) . . . . . . . . . . . . . . . . W.M. DUDOK. Pl. 71. — Immeuble à Paris, rue Chardin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pacon. Pl. 72. — XXe Salon de l'Automobile à Paris. — Plafond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . A. GRANET. Un numéro : France, 12 fcs. — L'abt (12 nos): France, 120 fcs. L'abt Etranger: 1° Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Congo Belge, Bulgarie, Canada, Chili, Cuba, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Colonies Américaines, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie. $5,60 — £1.3.4 — Fcs suisses 28. » — Pesetas 40. » — Fl. hol. 14. » 2° Autres pays. $6. » — £1.5.0 — Fcs suisses 30. » — Pesetas 42.85 — Fl. hol. 15. » --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS (1er) Tél. : Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R.C. Seine 64-696

Page 2

ÉTABLISSEMENTS POLIET & CHAUSSON Au capital de trente millions Siège Social : 125 à 129, Quai de Valmy — PARIS (10e) Usine du Ciment Pierre, 23bis, Quai de l'Oise — PARIS Seuls Fabricants du Véritable CIMENT-PIERRE imitant parfaitement la Pierre Ciment Hydrofuge à base de PORTLAND Blanc Résistances : à l'Arrachement : 20 k° 200) par centimètre carré. à l'Ecrasement : 148 k° 000) Essais d'Imperméabilité : Absorption de l'eau ; résultat après 4 heures : NÉANT. DERNIÈRE RÉCOMPENSE OBTENUE EXPOSITION LIMOGES 1922 GRAND PRIX N. B. - Adresser les Commandes : 23bis, Quai de l'Oise, PARIS | NOTICE ILLUSTRÉE, ÉCHANTILLONS gratuits sur demande. --- ÉTABLISSEMENTS GENTIL & BOURDET GRÈS FLAMMÉS ET MOSAIQUES Société Anonyme au Capital de 1.700.000 Francs Siège social : 189, rue du vieux pont-de-sèvres, BILLANCOURT Avec Télégr. : GREFLAM-BILLANCOURT AGENCE SPÉCIALE DE DESSINATEURS POUR L'EXÉCUTION DE TOUS AVANT PROJETS POUR L'ADAPTATION DE NOS GRÈS 7 GRANDS PRIX, MEMBRE DU JURY AUX EXPOSITIONS, LAURÉAT DE LA SOCIÉTÉ CENTRALE DES ARCHITECTES (FONDATION PAUL SEDILLE) --- RUHLMANN Meubles . Installations . Décoration 27, rue de Liobonne --- SILEXORE conservation de tous les matériaux de construction USINES A SEVRAN PEINTURE PÉTRIFIANTE PLUS DE 60 ANS DE SUCCÈS — SILEXORE L.M. 7, AV TRUDAINE PARIS TEL.TRUD.07-48 économique résistante imperméable 60 nuances

Page 3

SOCIÉTÉ DES GRANDS TRAVAUX ÉLECTRIQUES ANCiens ÉTABLISSEMENTS FAILLE & REINHARDT Direction: 11, Rue des Bleuets. Roquette 75-41, 86-57 | Magasin d'Exposition: 2, Rue Cardinet. Wagram 3B-70 Succursales à: ROUEN — CAEN — SAINT-GERMAIN — DEAUVILLE — MONTESCOURT LUMIÈRE — FORCE — SIGNALISATION — TÉLÉPHONIE --- PAS D'ANTHRACITE! Faites 50% d'économie avec le ROBUR SCIENTIFIC Breveté S.G.D.G., modèle 1927 UN SEUL pour FOYER LE CHAUFFAGE DU LOGIS LA CUISINE LE SERVICE D'EAU CHAUDE Nouveau procédé de combustion Sa grille fumivore, brevetée S.G.D.G. lui assure un fonctionnement parfait et continu avec les charbons de qualité inférieure, sans fumée. — Rendement et souplesse supérieurs à la meilleure chaudière. — Plus de radiation dans la cuisine. — Consommation horaire 8 centimes par radiateur y compris la cuisine. — Fabrication Standard soignée. Étanchéité absolue. 2 MODÈLES DE 2 A 12 RADIATEURS L'EXIGER DE VOTRE INSTALLATEUR DEMANDEZ NOTICE: ODELIN, NATTEY, BOURDON Constructeurs 120, rue du Château-des-Rentiers — PARIS (XIII) --- Création de Parcs et Jardins Terrains de Sport GEORGES KAVANAGH ARCHITECTE PAYSAGISTE 14, Avenue Daumesnil, PARIS (XIIe) Plans :: Projets :: Devis Entreprise Générale Ancien Cabinet O. MASSON, fondé en 1900. --- DÉNY FILS & Cie E.C.P. Successseurs de Ch. DENY 20, Rue de l'Arc-de-Triomphe, 20 PARIS FERRURES ARTISTIQUES en bronze ciselé de tous styles Sur demande Envoi franco du Catalogue R.C.: Seine, 68,401 SERRURES à PASSE-PARTOUT "DIAMANT" l'Auxiliaire indispensable DE TOUT CHEF DE MAISON --- P. PIEL 48 FAUBOURG S'DENIS PARIS LES TROIS ELEMENTS DE TOUT BON APPAREIL 1er BON METAL 2nd BON SYSTEME 3rd BON FABRICATION ROBINETTERIE GENERALE RESERVOIRS DE CHASSE POSTES D'INCENDIE

Page 4

GALERIE EDGAR BRANDT ART CONTEMPORAIN EXPOSITION PERMANENTE 27 BP MALE/HERBE/PARIS BUREAUX ET ATELIERS 101 BP MURAT PARIS TELEPHONE: AUTÉUIL 07-95 12-40 --- SOCIÉTÉ ANONYME DES ANCIENS ÉTABLISSEMENTS E. BORDEREL et E. ROBERT FERRONNERIE D'ART CACHÉ-RADIATEUR RAYMOND SUBES DIRECTEUR 131, RUE DAMREMONT, 131 TEL : MARC . 12 - 79 TEL : MARC . 04 - 85 R.C. Seine 95-918

Page 5

L'ARCHITECTE LES NOUVELLES CHARPENTES ET COUVERTURE DE LA CATHÉDRALE DE REIMS (Fin.) Pour permettre le clouage des voliges, chaque chevron a donc été muni sur sa longueur d'un tasseau de bois de $0^{m}04 \times 0^{m}04$ , lardé de clous à bateau. En plaçant ces tasseaux ainsi ferrés dans les moules, les têtes de clous se trouvaient scellées dans le ciment au moment de la confection des chevrons et des arbalétriers (fig. 138). Déjà, en 1924, l'administration des Beaux-Arts avait adopté ce procédé de charpente en ciment armé pour le rétablissement des combles des bas-côtés nord et sud de la Cathédrale. La vue que nous en donnons (fig. 136) montre le dégagement complet du comble, la suppression totale des entrants de fermes qui gênent habituellement la circulation sur les voûtes. Ce résultat a pu être obtenu en traitant les sablières sur mur en poutre à plat de façon à reporter la faible poussée de la charpente sur les culées d'arcs-boutants. Les chevrons, fermes et arbalétriers étant situés dans le même plan, les fermes se distinguent à peines des chevrons ordinaires. Tous les deux mètres, un arbalétrier composé de cinq éléments juxtaposés reçoit deux pannes sur sa longueur; et chaque panne porte trois chevrons. De deux en deux, les chevrons sont renforcés par des jambettes à la base et des liens par le haut de manière à soulager les pannes. Cette charpente des bas-côtés, comme celle de la nef, repose librement sur les maçonneries sans aucun encastrement ni scellement, afin de permettre la libre dilatation des éléments de ciment. Le même procédé de construction en éléments de ciment armé avait déjà été employé, en 1921, pour constituer un étaiement de la tourelle angulaire de la tour sud de la façade occidentale, et en 1922 pour consolider provisoirement les galeries hautes de la nef au nord et au sud (fig. 137). Il n'est peut-être pas inutile de dire un mot sur le mode de couverture adopté. Comme nous le disions plus haut, il s'agissait de restituer à la couverture du monument son aspect ancien; pour cela il fallait conserver, à la fois, le même nombre de feuilles de plomb, leurs mêmes dimensions et leur même disposition sur le comble et surtout la même fabrication. Les feuilles de plomb employées au xve siècle pour le rétablissement de cette couverture, après l'incendie de 1481, avaient $3^{m}$ de longueur sur $0^{m}66$ de largeur (1 toise 1/2 sur 2 pieds). Elles avaient été coulées sur sable de $0^{m}003$ à $0^{m}004$ d'épaisseur. La fabrication commerciale de ces feuilles de plomb en tables, sur sable, en aussi minces épais- Fig. 135. — Les nouvelles charpentes et couverture de la Cathédrale de Reims. — Charpente de la nef. Détail des pieds de fermes montrant l'assemblage avec les entrants. seurs n'existe plus en France depuis 30 à 40 ans; nous avons dû rechercher la technique du procédé. Grâce à la persévérance d'un entrepreneur rémois, et aussi à la ténacité de l'architecte, cette vieille fabrication a été reconstituée de toutes pièces et le résultat obtenu a été très satisfaisant. C'est que l'aspect d'une feuille de plomb coulée sur sable ne ressemble en rien à une feuille de plomb laminée, telle qu'on la trouve actuellement dans le commerce. La surface vue de la première est rugueuse et accroche la lumière bien autrement que le plomb laminé dont l'aspect rappelle par trop celui du zinc. --- DÉCEMBRE 1926.

Page 6

L'ARCHITECTE Pour couler ces feuilles de plomb, on prépare une «table» dans un grand coffrage qui contient une couche de sable fin de 0-12 à 0-15 d'épaisseur. Cette table est posée légèrement en pente (0m015 par mètre). Le sable est d'abord labouré à la truelle, puis arrosé. Il est ensuite dressé à l'aide d'un «râble» qui détermine le niveau exact de la couche de sable. Un rouleau calibré est ensuite passé à la surface pour en parfaire le dressage. Le plomb en fusion est alors apporté dans la «poêle à verser», à la tête, c'est-à-dire à la haute pente de la table. Puis, lorsqu'il est descendu à la température voulue, c'est-à-dire 310 ou 320°, il est versé d'un seul coup. Un ouvrier, muni d'un autre râble calibré pour l'épaisseur désirée, maintient à distance la masse de métal en fusion qui s'écoule sous le râble avec l'épaisseur voulue. Aussitôt étendu, le métal se refroidit très rapidement et se solidifie. Il faut alors le dégager très vivement aux extrémités pour permettre le retrait, sans quoi la feuille se déchirerait par son milieu. Les feuilles sont ensuite rognées au pourtour pour les mettre exactement à la mesure de 3m×0m66. Chacune de ces feuilles pèse de 76 à 80 kilos. Après la pesée, les feuilles sont roulées et montées sur le comble. La pose sur voliges de 0m10 de largeur, espacées de 0m07, est faite en les fixant en tête à l'aide d'un pistonnage. Le voligeage espacé (fig. 127), répétition de la disposition ancienne, est nécessaire pour deux raisons différentes. D'abord l'écartement des voliges permet aux ouvriers de travailler sur un comble de cette importance, sans le secours d'aucune échelle, ensuite le plomb se trouvant aéré, à la sous-face, par les espacements des voliges, on évite ainsi les effets de condensation qui se produisent inévitablement aux changements de température et qui finissent par oxyder le plomb à la longue et à le perforer. Avant de fixer les feuilles de plomb sur le comble on dut, au préalable, en relever les deux bords irrégulièrement (fig. 138 en $a$ ), puis le bord le plus grand de l'une des feuilles a été rabattu sur le plus petit de cette voisine (fig. 138 en $b$ ) et ensuite le tout a été battu à nouveau de façon à donner un bourrelet conforme à la fig. 138 en $c$ .

Page 7

L'ARCHITECTE Les feuilles ont été disposées, comme au xve siècle, par chevauchement dans le sens de la longueur de chacune d'elles de façon que les bas de feuilles soient alternés à chaque rang. Chaque feuille est ainsi solidement maintenue sur le milieu de la longueur par les pistonnages en tête des deux feuilles voisines. La dilatation du métal est également assurée puisque les feuilles ne sont fixées qu'en tête. Par ce procédé, aucune patte n'est nécessaire. Le travail terminé, les ourlets de feuilles se trouvent espacés de 0m50 d'axe en axe. Comme nous avions remarqué que les plombiers du xve siècle avaient toujours eu soin de rabattre ces ourlets vers l'est et non vers l'ouest, côté des pluies, nous avons conservé cette disposition intéressante pour assurer l'étanchéité du comble. La crête en fleurs de lys alternées de trèfles reproduit fidèlement celle qui couronnait le faîtage avant la Révolution et dont quelques vestiges subsistaient encore autour du carillon, au-dessus de la croisée du transept. Les croquis de ces vestiges, que nous avions relevés en 1909, nous ont permis de rétablir, à coup sûr, les dimensions et les formes de ces ornements (fig. 139). Chaque fleur de lys en plomb fondu a 1m32 de hauteur et pèse 80 kilos environ et les trèfles 26 kilos. Ces pièces sont fixées chacune au faitage par une simple tige carrée en Y renversé et goudronnée avant la pose, posée à cheval sur le voligeage. Cette tige traverse à l'intérieur de ces ornements une double plaque en fer étamé, perforée d'un trou également carré. Fig. 137. — Les nouvelles charpentes et couverture de la Cathédrale de Reims. Galerie haute de la nef, face sud, consolidée de place en place par des éléments de ciment armé démontables, en attendant la restauration de cette galerie. Fig. 138. — Les nouvelles charpentes et couverture de la Cathédrale de Reims. Assemblage des voliges et des feuilles de plomb.

Page 8

L'ARCHITECTE Fig. 139. — Les nouvelles charpentes et couverture de la Cathédrale de Reims. — Détail de la crête de fleurs de lys et de trèfles qui couronne le faîtage. Les cinq lucarnes d'aération du comble, ménagées sur le versant sud, sont copiées fidèlement sur les anciennes, ainsi que leurs fleurons de couronnement exécutés également en plomb fondu. L'achèvement complet de ces charpentes et couverture ne pourra se faire que lorsque les voûtes hautes du chœur et du transept seront entièrement réparées et le pilier S. E. de la croisée repris en sous-œuvre depuis le niveau du triforium jusqu'à la naissance des voûtes : c'est-à-dire dans trois ou quatre ans. H. DENEUX, Architecte du Gouvernement. BIBLIOGRAPHIE L'architecture hollandaise moderne. — L'architecture religieuse dans le Brabant au XVIIe siècle. A aucune autre époque que la nôtre, peut-être, en dépit des théories, l'art de construire n'a été plus sensible aux influences régionales, moins universel, suivant en cela, comme il est naturel, le foisonnement sans précédent de particularismes locaux de plus en plus jaloux. Certes, les matériaux et les façons de les assembler sont partout, à peu de chose près, les mêmes : entre une maison de rapport parisienne et un gratte-ciel new-yorkais, il n'est guère d'autre différence constructive que dans les dimensions et quelques détails de méthode. Il n'en est que plus remarquable de voir à quel point, achevées, ces deux constructions peuvent être dissemblables. On ne saurait, dans la plupart des cas, confondre entre eux des édifices allemands, italiens, belges, autrichiens, tchèques, russes, hollandais, etc... Et voilà qui n'est pas nouveau : imitées ailleurs que dans leur pays d'origine, l'architecture médiévale française, celle de la renaissance italienne, Fig. 140. — Columbarium a Westerveld (Hollande). — Plan.

Page 9

L'ARCHITECTE --- Fig. 141. — Columbarium a Westerveld (Hollande). — Plan du premier étage. --- Fig. 142. — Columbarium a Westerveld (Hollande). Coupe A-B. --- Fig. 143. — Columbarium a Westerveld (Hollande). — Coupe A-E. --- prirent le caractère du sol sur lequel elles se fixaient; il en est de même, exactement, aujourd'hui. Quelque forte influence que puissent exercer les unes sur les autres les différentes écoles architecturales, cette influence, qui devrait tendre à les unifier, n'en diminue ni le nombre ni la variété. Il est parfois difficile de distinguer ici entre ce qui est dû au tempérament national d'une part, de l'autre au désir avoué de maintenir une tradition architecturale particulière. Mais il est bon de noter que ce régionalisme actif, assimilateur, capable d'imposer un caractère local à style « provincial » pour hostelleries et villas : c'en est même exactement le contraire. Non qu'il n'y ait des villas ou des hostelleries normandes, provençales, béarnaises, etc., ingénieuses et agréables, mais elles n'ont pas d'autre intérêt que d'être d'agréables et ingénieuses copies. Mieux que de longues dissertations, un recueil de planches permet de saisir dans leur ensemble les caractéristiques architecturales d'une région ; et quand cette région est aussi originale que la Hollande, il n'est pas de livre d'images plus instructif. M. J.-G. Wattjes nous donne aujourd'hui le second volume de son Architecture moderne en Hollande(1). Comme dans le premier, les vues y sont classées par ordre alphabétique de nom d'architectes. On aurait préféré, peut-être, un essai de classement par écoles ou par tendances, ou, plus simplement, l'ordre chronologique. En tous cas, il est regrettable qu'aucun des monuments reproduits ne soit daté : la valeur historique du recueil en est un peu diminuée. La première impression que l'on reçoit à feuilleter ce bel album est celle de l'admirable richesse de l'architecture hollandaise moderne et de sa profonde unité. M. Wattjes le remarque dans la préface qu'il a mise au volume, seul un examen des formes ou a des modes venues de n'importe où, est tout différent de ce qu'on pourrait appeler le régionalisme imitateur, auquel nous devons le

Page 10

L'ARCHITECTE superficiel peut faire croire à une diversité qui n'est que l'expression multiple d'un même tempérament, étonnamment vigoureux et souple ; bâtiments publics et privés, usines, gares, écoles, postes, banques, magasins, maisons particulières, villas, groupes d'immeubles, tout en porte la marque frappante, dans la variété infinie des formes. Il est d'ailleurs plus facile de sentir cela que de le définir nettement. Plans, formes et décoration présentent un même caractère de précision, de fini, d'utilisation judicieuse et logique de l'espace qui fait penser à l'ébénisterie, à l'horlogerie, à tous les travaux où la rigueur la plus étroite doit s'aider d'une minutieuse adresse et de la plus vive imagination. Les données du problème sont toujours scrupuleusement respectées, et celui-ci résolu avec une clarté parfaite, sans le moindre souci de ménager, si peu que ce soit, les habitudes reçues. Que ces virtuoses de l'art de bâtir que sont les architectes hollandais ne se laissent jamais aller à profiter de leur habileté, ce serait trop beau; mais, chose remarquable, alors que les architectes italiens du baroque, par exemple, ont fait porter tout l'effort de leur débordante imagination sur la richesse du décor, c'est par une espèce de foisonnement du plan, parfois inutile, et par la complication de la forme qui en résulte logiquement, que les hollandais manifestent leur abondance. Dans son exubérance même l'architecture hollandaise ne perd jamais son caractère d'intimité solide et cousue. La Hollande est un des pays où le problème, si aigu partout à l'heure actuelle, des habitations à bon marché, a reçu les solutions les plus hardies et les plus heureuses. Depuis la guerre toute une série de dispositions législatives en a réglementé la construction ainsi que les prêts à fournir par les municipalités ou l'Etat. On en trouvera le détail dans le volume de M. Minnucci, ainsi que l'étude complète des fondations, murs, toitures, dispositions intérieures, mobilier ; nous ne saurions résumer ici des chapitres de caractère technique qu'il faut suivre sur les figures ou sur les plans (2). Des études historiques aussi complètes et documentées que celle de M. Plantenga sur l'architecture religieuse brabançonne au xvi^e siècle illustrent à merveille, pour le passé, ce que nous disions plus haut. L'auteur a refait avec une grande précision le tableau de la vie et de l'œuvre de Cobergher, Francart, Aguilon, Huys-sens, Fayd'herbe, Hesius ; ses conclusions changent quelque peu les valeurs respectives que l'on s'était habitué à attribuer à ces architectes. Mais surtout son travail met en

Page 11

L'ARCHITECTE EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES 67 à 70. — Columbarium à Westerveld (Hollande.) — W. M. DUDOK, architecte Cet édifice s'élève dans une des plus belles contrées de la Hollande, au milieu des dunes qui environnent la ville de Harlem. Il se compose de deux galeries couvertes en appentis, entourant un jardin ouvert au sud et reliées vers le nord à un bâtiment semi-circulaire de deux étages situé à un niveau plus élevé, vers lequel montent de spacieux escaliers. Par un passage bas, très large, couvert horizontalement, on atteint une cour formant atrium, au milieu de laquelle se trouve une pièce d'eau. De l'angle nord-est du jardin jaillit une tour haute et mince garnie de carreaux noirs et blancs, couronnée d'une urne monumentale; la partie inférieure de celle-ci est faite de carreaux dorés et sera, jour et nuit, éclairée par un phare placé dans la tour. L'étage supérieur du bâtiment nord, qui comprend un couloir droit, au-dessus du passage, et un couloir --- Fig. 146. — Columbarium a Vesterveld (Hollande). — Coupe E-A. relief les caractères distinctifs de l'art brabançon du xvie siècle: «La paternité du baroque bra-bançon, écrit-il, peut être revendiquée par l'œuvre des architectes romains de la fin du xvre siècle, mais ce fut la tradition gothique du Brabant qui --- Fig. 147. — Columbarium a Westerveld (Hollande). — Coupe C-D. l'enfanta et lui donna une existence réelle. Enfant né de leur fusion, il présentait les traits de l'un et de l'autre, mais il possédait, en outre, une physionomie propre, une marque individuelle, une personnalité indéniable. Nous y reconnaissons un mélange et pourtant une unité qui ne se laisse point définir »(3). J. P. (1) Nieuw-Nederlandsche Bouwkunst, een verzameling van fotografische afbeeldingen... door prof. ir. J. G. Wattjes bijeengebracht. — Amsterdam,«Kosmos»,1926. (2) Gaetano Minnucci: L'abitazione moderna popolare nell'architettura contemporanea olandese. — Roma, Libreria di scienze e lettere, 1926. (3) L'architecture religieuse du Brabant au xviie siècle, par J. H. Plantenga. La Haye, Martinus Nijhoff,1926. --- Fig. 148. — Columbarium a Westerveld (Hollande). — Vue IV.