Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: Le Salon d'Automne (fasc. III et IV, fin) --- Louis Vauxcelles. --- Le Jardin de la Société Nationale des Beaux-Arts (fasc. I, à suivre) --- Pierre Roche. --- L'Art Décoratif en Belgique (fasc. V, fin) --- E. Hinzelin. --- Les Arts Décoratifs au Théâtre (fasc. IX, suite) --- Eug. Belville. --- 40 pages 35 Illustrations --- 5e ANNÉE AVRIL 1913 Vrouvé 1916

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L'ensemble de Paul Follot se compose de trois pièces : une salle à manger, un boudoir et une chambre à coucher. On a l'impression très nette que Paul Follot, lui aussi, a cherché des harmonies de tons plus riches, plus profondes, plus accentuées. Influence de nos artisans-coloristes, réminiscences des débauches russes et persanes de Bakst et Benois, si vous voulez. Toujours est-il que le résultat est de la plus heureuse réussite. La salle à manger est vert-émeraude et prune ; le boudoir, pourpre, noir et or ; la chambre, bleu pervenche, rose, ivoire et argent. La salle à manger (commandée par un des plus fins amateurs contemporains, M. Paul Nocart), contient des meubles d'une architecture parfaitement équilibrée, aux formes robustes et déliées à la fois, ou le leit-motiv, une corbeille de fruits, se différencie logiquement selon les emplois de la matière. La table en érable de France sculpté relevé d'amarante et d'ébène, avec son unique pied central, est d'une nouveauté hardie ; les chaises, au dossier ovale, valent par la structure soigneusement étudiée, l'élégance sobre et fine, le confort. Le tapis, le lustre bronze et le PROJET DE RENDEZ-VOUS DE CHASSE (SALLE A MANGER) PANNEAUX DÉCORATIFS EN TOILE IMPRIMÉE Salon d'Automne - 1912. ROBERT DAMON. Ensemble exécuté par MM. R. DAMON et BERTEAUX. L'Art Decoratif au Salon d'Automne. - Fasc. 3. - 1913.

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vitrail contribuent à créer une ambiance de charme précieux. Notons surtout les tentures au pochoir, où les valeurs sont assez sûrement réglées pour que le pochoir perde de sa sécheresse. Passons au boudoir. Il est signé Follot. J'entends par là que Paul Follot, seul, était capable de suggérer au visiteur cette impression rare, étrange et capiteuse. Ce n'est pas seulement une main impeccable de dessinateur qui a combiné ce décor, mais un cerveau d'artiste enrichi de culture qui goûte les poètes d'aujourd'hui et d'hier ; Follot, nourri dans la plus pure tradition, s'est libéré des chemins battus pour créer de l'inédit. Sa sensibilité aiguë vibre à l'unisson de celle de nos contemporains les plus subtils. De chatoyants panneaux de Charles Guérin, de nerveuses statuettes de Joseph Bernard, jouent excellemment dans l'ensemble. La chambre à coucher, enfin, suscite des étonnements, peut-être des colères. Quelques personnes s'étonneront de voir ces lits-jumeaux, posés à terre, sans pieds. Je les apprécie d'autant plus et sens là plus d'intimité CHAMBRE À COUCHER ACAJOU SCULPTÉ Salon d'Automne - 1912. MATHEU GALLEREY.

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voluptueuse et douillette. Les coins sont arrondis : point d'angles, de saillies, de heurts. N'est-ce point la tradition même du Louis XV, des panses, des colonnes ventrues et des bonheurs-du-jour rebondis ? Ces formes et ces modèles arrondis sont logiques par le sentiment, par l'usage, par l'emploi raisonné des matières. Sur les plans et surfaces courbes éclatent, deci delà, des motifs sculptés avec délicatesse et sans surcharge. Les lampas de soie rose ivoire sont exécutés par Cornille, les lampas du boudoir par Chatel et Tassinari, industriels doués d'intelligent courage, dont l'exemple n'est pas assez suivi et qu'on ne saurait trop louer. L'originalité de Paul Follot apparaît, non tant en ses silhouettes et masses que dans les profils ; je signale à ce propos le profil parfait de la table-écritoire du boudoir. Les peintures décoratives de la chambre sont dues au talent d'une collaboratrice de Paul Follot, qui est un de nos bons peintres de fleurs, Mme Elfriède Follot-Wendel. Avant de vous décrire l'admirable Hall de Charles Plumet, « le meilleur architecte que l'Ecole ait compté depuis Vaudremer », selon la juste parole SALLE A MANGER CHÊNE - DÉCORATION SCULPTURE « LA VIGNE » Salon d'Automne 1912. MATHEU GALLEREY.

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d'un maître — et pour aider à mieux comprendre cet effort à la fois traditionnel et neuf — je crois utile de rappeler brièvement les principes d'esthétique qui ont inspiré le grand artiste. L'essor miraculeux de l'architecture française a été brusquement brisé à la fin du quinzième siècle. Jusqu'à cette date, les qualités foncièrement inventives de la race, faites d'esprit lucide, de clarté et de vérité, avaient régi la construction de la cathédrale et de la maison. C'est une erreur, soit dit en passant, de croire avec Châteaubriand, que le prototype de la cathédrale gothique est une « forêt de Germanie ». Non point. Tout, dans la cathédrale, est conçu, depuis la croisée d'ogives jusqu'à l'arcboutant et le contrefort, en vue de l'équilibre, de la solidité, selon un organisme rigoureux et logique. Les ardents, mais ignares écrivains romantiques, se sont pâmés à faux, sur cette architecture qu'ils croyaient dénuée de principes, de proportions et de loi. A partir du quinzième siècle, la brisure apparaît. L'Italie et l'exhu- SALLE DE TRAVAIL Salon d'Automne 1912. SUE & HUILLARD. Executée par la Maison LECOEUR.

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mation des vestiges gerco-romains infligent à nos bâtisseurs — (comme à nos peintres et à nos écrivains) — cette détestable influence qu'on résume en gros sous le nom de Renaissance. L'ère de l'assimilation, du pastiche, du mensonge architectonique, est ouverte. De même que les fastueux chefs-d'œuvres italiens, rapportés dans les fourgons de Charles VIII, ont démoralisé, dévié l'art réaliste de nos peintres de France — de même les formules de Palladio, et Vignole, codifiant la colonne, le chapiteau et l'en-tablement, ont interrompu la saine et pure tradition autochtone. L'art de la construction française, fils de l'art grec par la raison, l'eurythmie et la sagesse, a fini son rôle. C'est à peine si, de-ci, de-là, à la fin du seizième siècle et surtout du dix-huitième (car le Louis XV est le dernier sursaut du génie français libéré de l'italianisme) brilleront quelques lueurs où reparait la robuste vérité abolie. Partant de ces principes, M. Charles Plumet a voulu reprendre, réadapter l'idée fondamentale du gothique trecentiste, incorporer cette FUMOIR BIBLIOTHÈQUE (COMMUNIQUANT AVEC LA SALLE DE TRAVAIL) MEUBLES DE BOIS PEINT Salon d'Automne 1912. SUE & HUILLARD. Meubles exécutés par la Maison DAMON et BERTEAUX.

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CHAMBRE A COUCHER Maurice Dufrene Silon d'Automne 1912.

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CABINET DE TRAVAIL - BIBLIOTHÈQUE Maurice Dufrene Salon d'Automne 1912.

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--- HALL CIRCULAIRE --- Salon d'Automne 1912. Cu. PLUMET. --- science oubliée des pleins et des vides, cette harmonie des arcades, en la mettant en œuvre dans une œuvre d’architecture pure et moderne. Et voilà pourquoi il a édifié ce hall, cette stella, ce temple, cet atrium, appelez-le comme vous voudrez, que nous admirions au « Salon d’Automne » de 1912. Nous avons sous les yeux un atrium circulaire à colonnade intérieure. Cette colonnade porte une coupole. Les colonnes sont réunies par des arcades. Au-dessus des arcs, la partie supérieure avec motifs rappelant le triforium du treizième. Au-dessus, enfin, au droit des colonnes, des arcs-boutants portant la coupole précitée, coupole retenue à son haut par un oculus clavé, qui forme clef de voûte.

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CHAMBRE A COUCHER FRÈNE DE FRANCE SCULPTÉ, REHAUSSE D'EBÈNE ET BOIS DE ROSE Salon d'Automne 1912. PAUL FOLLOT. S'inspirant encore de la construction des cathédrales, notre architecte a établi la stabilité de sa structure en reportant la charge de la coupole qui s'accote aux colonnes, sur le mur extérieur du pourtour, à l'aide de contreforts ajourés qui la transmettent audit mur extérieur. C'est ainsi le contrefort qui stabilise définitivement tout le système, et c'est ainsi que se constitue une sorte de membrure qui a l'activité latente, et comme la flexibilité, des articulations d'un corps vivant. La décoration générale est composée d'arabesques empruntées à la clématite et à la fougère. Ce décor, conçu pour la pierre, est pris partout dans les nus de la pierre. M. Plumet a raisonné ainsi : Dans une salle circulaire où le spectateur est placé en dessous et en bas, la décoration doit être logée dans tous les dessous de la structure, dessous des arcs, des corniches, des nervures, de l'oculus. — Tout s'éclaire, comme dans la cathédrale. Un exemple suffira pour expliquer la façon dont cette décoration est comprise : les socles des colonnes étant construits, comme bien on pense, en pierre extrêmement dure, la sculpture en est très enveloppée ; la pierre y est à peine effleurée ; les masses sont blondes. Par contre, dans la partie supérieure, la sculpture est plus cursive, plus accentuée, la matière plus friable l'exigeant. Voilà donc résolu — avec quelle autorité — le problème tout entier. Il s'agit ici d'architecture pure. Nul rehaut de couleur. La démonstration L'Art Décoratif au Salon d'Automne. - Fasc. 4. - 1913.