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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.
LE BOIS CHEMINÉE EN BOIS AVEC GRÈS FLAMMÉS par Amédée Milvoy (Amiens) --- ONNER une forme à la matière, et travailler avec plaisir sont deux principes qui font de l'artisan un artiste. Tous, nous sommes des artisans, et, lorsque nous exécutons un travail, nous élevant plus haut qu'une machine intelligente, y mettant un peu de notre cœur, surtout en exécutant ce travail avec amour, nous créons la véritable œuvre d'art. Ce préambule qui établit que l'Art est un, indéfini, et de conception individuelle, n'admettant ni théorie, ni technique, permet de parler de l'admirable matière qu'est le bois, sans préoccupation d'art, d'artiste, d'art mineur, majeur, décoratif, etc. Le Bois est incontestablement la première matière travaillée et utilisée par les hommes. Aussi sa technique est depuis longtemps arrivée à la perfection, et la science n'a pu que constater ces dernières années, que, ce qui était considéré comme de l'empirisme, était au contraire le résultat d'observations d'artisans et transmises de génération en génération (1). De même que longtemps avant la connaissance des lois de résistance des matériaux, les praticiens en bois en avaient obtenu le maximum pour cette matière (2). (1) Au xiiie siècle déjà pour sénéliser le bois, le praticien l'immergeait dans le purin, qui outre une belle teinte, rendait la matière réfractaire au travail et lieu qui se produit dans le bois employé trop vert. Il y a une vingtaine d'années, un communiqué à l'Académie des sciences, spécifiait que l'alcali par son action sur les fécules et la cellulose sénélisait le bois d'une manière absolument parfaite. Or le purin est un liquide très alcalin! (2) La roue de voiture offre le meilleur exemple du maximum de résistance par la judicieuse disposition du fil dans le moyeu, le rayon et la jante ; plus le fil est long et parallèle, plus la partie est fine et légère. --- Mars 1910, — Le Bois. — Fas. 1.
Charpentes de la Halle aux blés, à Obernai (xvii° siècle)
C'est au xvie siècle que la technique du bois semble être arrivée à son apogée. La beauté des charpentes de cette époque comme technique et œuvre d'art, ne semble pas encore près d'être atteinte par nos ingénieurs modernes avec le fer. Les huchiers, menuisiers, ne connaissaient pas l'usage de la colle forte ; tous les assemblages étaient faits par des mortaises et tenons, queues d'ar- rondes, clefs, etc. et chevilles. Ce travail avait l'avantage de pouvoir être repris lorsque le bois jouait dans les assemblages, gauchissait, ou se rétrécissait. L'imager ou sculpteur, se laissait également guider par la matière, sa sculpture n'affaiblissait jamais les montants, panneaux, etc., par le tranchage du fil du bois; souvent celui-ci lui donnait le mouvement de sa figure ; quand il y avait un morceau à ajouter, c'était une clef qui le fixait au bloc, lequel était un tronc d'arbre ou une maitresse branche. Une fois la sculpture achevée, l'imager évidait soigneusement la statue par derrière, de façon à supprimer le cœur du bois, cause du fendillement futur de son œuvre. Statuette Gothique du moyen âge allemand (xvie siècle) appartient à la maison d'art L. Bernheimer (Munich)
Au XVIIe siècle apparaît l'ébéniste, ou travailleur de l'ebène; la cherté de cette matière la faisait débiter en lames minces, qui étaient collées au fer chaud avec de la gomme laque sur du chêne ou tout autre bois indigène. C'est à cette industrie originaire d'Italie que nous devons les admirables meubles de Boule, et l'abominable camelotte contemporaine qui s'appelle le plaqué, à laquelle vint encore aider la colle forte, qui après avoir remplacé la gomme laque dans le placage, remplaça la cheville dans le montage. ARMoIRE DE BOULE (XVIIe SIÈCLE)
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle l'artisan n'employait en placage que les bois exotiques à cause de leur valeur commerciale, et les bois indigènes pour les besoins de la décoration en marquetterie a de rares exceptions, les travaux en bois plein étaient toujours exécutés avec nos essences. Les bois exotiques, s'ils ont une grande variété de couleurs, sont par contre très limités comme résistance. Ils sont très durs ou très tendres, très cassants, ce qui les rend impropres à la sculpture ou au moulage très fin. Ils sont très lourds ou très légers. Nos bons artisans leurs préféraient de beaucoup nos bois indigènes, et si quelques fois ils ont pu remplacer notre chêne ou notre noyer, jamais ils ne trouvèrent un bois équivalent notre poirier ou pommier. PANNEAU DU XVIIIe SIÈCLE, SCULPTÉ & PEINT (Hôtel de Rohan)
Le commencement du xixe siècle vit les premiers meubles massifs en bois des îles, c'était de l'acajou, bois très tendre et peu dense, qui se prêtait admirablement à la forme lourde du meuble de cette époque, sans donner un poids excessif à l'objet. Parallèlement se développa également le placage qui restait encore presque de la marquetterie, puisque c'était surtout des loupes de noyer débitées et disposées de façon à former des ornements par la répétition des marbrures ligneuses de la loupe. Nos bois indigènes sont, comme densité, résistance, finesse de grain, bien supérieurs à n'importe quel bois exotique ; ceux-là ont l'avantage de la couleur qui est très brillante, quand on vient de les travailler, mais ces couleurs s'atténuent quelque fois avec le temps jusqu'à être désagréables. F.-R. Carabin.
Le poirier, ce bois supérieur, que jamais comme finesse de grains, densité, facilité de prendre la couleur, aucun bois exotique n'arrivera à égaler, est une des matières les plus merveilleuses que nous possédons. Malheureusement ce bois devient rare et finira par disparaître de nos industries d'art en tant que bois ouvrable. Il y a une quarantaine d'années tous les stocks qui existaient furent épuisés, la mode était en faux ébène ! et c'est le poirier, par sa facilité à prendre la couleur qui en fit les frais. Des agencements complets de boutiques se firent ainsi, et à l'Exposition Universelle de 1878, toutes les vitrines étaient en poirier, teinté noir. Ce fut un véritable crime d'avoir maquillé et dénaturé une si belle matière. La seconde cause de sa disparition est que ce bel arbre susceptible de fournir des plateaux de dimensions suffisantes à faire du bois ouvrable, ne produit qu'un fruit insignifiant et immangeable. Alors on pratique la greffe, qui sacrifie le bois au fruit, et ce bois ne devient tout au plus bon qu'à faire des crayons. par F.-R. Carabin (L'Art décoratif aux Expositions des Beaux-Arts 1909) Armand Guérinet, éditeur.
BIBLIOTHÈQUE (Bois de noyer et fer forgé) F.-R. Carabin
Le noyer est également un bois indigène difficilement remplacé. Il a, avec une bonne densité, un grain fin ; très ferme comme fibre, et d'une coloration admirable surtout en vieillissant, il se prête aussi facilement à la sculpture qu'à la moulure, où à la surface plane. Buffet de Salle à manger (noyer et bois d'or ciré), par Tony Selmersheim (Apartient à M. Poulard) Mars 1910, — Le Bois. — Fas. 3.

Cet article explore l'histoire et la technique du travail du bois dans l'artisanat et l'industrie. Il retrace l'évolution de l'utilisation du bois, de l'Antiquité au XIXe siècle, en passant par le Moyen Âge et la Renaissance. L'auteur met en avant la supériorité des bois indigènes sur les bois exotiques pour la sculpture et la menuiserie.