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ART ET INDUSTRIE NOËL * DÉCEMBRE VIIIe Année. 5, rue Montaigne. Le Numéro : 8 francs. Ch. Loupot
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART ET INDUSTRIE NOËL * DÉCEMBRE VIIIe Année. 5, rue Montaigne. Le Numéro : 8 francs. Ch. Loupot
vient de paraître : la matière nous dépasse essai sur la vie sociale contemporaine par victor de la fortelle > “la matière transformée par l’industrie moderne, est-elle le dieu qui nous tuera?” j. ferenczi et fils, éditeurs --- Concours des Erreurs RÈGLEMENT Notre “Concours des Erreurs” a un double but : 1° Faciliter à nos lecteurs le choix toujours délicat des cadeaux à offrir ou à recevoir ; 2° Leur faire obtenir des conditions tout à fait spéciales pour leurs achats. Pour cela Art et Industrie vous présente sur les pages suivantes, sélectionnées pour vous, quelques-unes des plus récentes créations de nos industries d’Art. Lisez attentivement ces annonces : Dans chacune d’elles nous avons glissé intentionnellement une ou plusieurs fautes (faute d’orthographe, faute de français ou autre erreur) qu’il vous faudra découvrir. Vous n’aurez plus ensuite qu’à présenter l’annonce corrigée à la maison correspondante qui vous fera bénéficier d’une remise exceptionnelle.
Le Visage des Fleurs Si on peut appeler miracle un de ces brusques contacts entre l'homme et cette éternité dans lequel il baigne, on peut dire que les spectateurs qui ont vu les films où l'on montre des fleurs croissant et se fauant en quelques secondes, ont eu l'impression d'assister à un miracle. Ces films dans lesquels on voit la vie si calme et si mystérieuse des fleurs devenir désordonnée et tragique ont expliqué pourquoi depuis toujours les hommes avaient fait des fleurs leurs amies. Nous aimons les fleurs parce que ce sont des êtres qui vivent et qui ne nous offensent pas de leur vie. L'animal le plus aimé agace parfois, une rose, indifférente au reste du monde et pour tant animée, ne nous blesse jamais. Elle nous donne tout ce qu'elle a et ne nous demande rien en échange. Une époque « fleurie » entre toutes est le XVIIIe siècle. Tout se ramenait alors à la rose. C'était vraiment l'ère de ce superflu que Voltaire estimait plus utile que le nécessaire. Ces bouquets mêlés aux carquois et aux flèches qui ornent les lambris nous font comprendre ce que devait être cette douceur de vivre dont on a tant parlé. Les décorateurs de la Régence étaient aussi loin de la nature que le sont ceux de notre époque; mais alors que tant de préoccupations matérielles, dans tous les sens du terme, conduisent le pinceau de nos contemporains, les leurs se laissaient aller à leur seul divertissement. Tout était en surface et en grâce, alors qu'aujourd'hui tout veut être en profondeur. Il est naturel que ce soit la fleur qui serve encore de moyen d'expression privilégié aux décorateurs. En effet, qu'y a-t-il de plus précis et de plus incertain que les fleurs? Construites suivant les lois géométriques les plus rigoureuses, elles se présentent sous les formes les plus libres. Parce qu'elles vivent de bonne heure, les fleurs ont assisté les hommes dans les grandes circonstances de leur vie. On les offre aussi bien pour marquer sa joie que sa douleur et elles se fanent si vite qu'elles n'engagent à rien!... L'emploi des fleurs dans l'art décoratif vient peut-être plus du besoin qu'ont les hommes de fixer le moment qui passe que du désir d'avoir autour de soi de brillantes couleurs. C'est certainement aux fleurs que nous devons l'invention — si l'on peut dire — des couleurs. Le bleu du ciel paraît irréductible à un bleu matériel, l'or du soleil est insaisissable, mais, depuis le jour où une femme à collé unpétale de rose sur sa joue, où un enfant a effeuillé un iris, l'homme a vu que le rouge et le bleu étaient à portée de sa main. Paule Marrot.
Les Arabes sont arrivés à avoir une décoration prodigieuse en utilisant seulement la fleur. Non pas précisément telle ou telle fleur particulière, mais plutôt le principe «fleur». La symétrie d'un animal n'est pas saisissable du premier coup, celle de la fleur éclate au premier regard. Les dessins d'enfants sont significatifs à ce sujet. Ce qui a perdu la fleur, au point de vue décoratif, c'est la couleur. Pendant longtemps, les peintres n'ont vu que cela. Leur ambition cachée était de faire des bouquets «qui auraient embaumé». La photographie nous a appris à regarder la fleur comme elle nous a appris à regarder une bielle, un ciseau, une pile de pont. La peinture de ces quelques dernières années a tellement ravalé la fleur à n'être plus qu'une petite tache de boue colorée qu'il a fallu que la photographie nous redonnât le vrai visage de la fleur. On avait envie de dévaster tous les jardins pour que le dernier peintre de nature morte (car les fleurs, au dire de presque tous, font partie de la nature morte) n'ait plus de modèle... La peinture avait tellement faussé notre vue que l'amour des fleurs nous paraissait un sentiment mesquin, un peu ridicule. Un homme n'aurait pas avoué qu'il aimait les fleurs. Les premières photographies de fleurs, même les moins artistiques, nous ont apparu comme représentant des êtres inconnus. La couleur nous empêchait de voir la forme et ces formes sont terribles. Regardez l'agrandissement du cœur d'un iris, vous serez pris d'une sorte de crainte panique. Cela est pathétique comme une vallée au clair de lune. La même immobilité. De même que le grand silence de la montagne, la nuit n'est fait que des mille cris des bêtes et aussi du bruit sourd et continu que fait la sève dans les arbres, l'immo-bilité apparente du pistil et de ce qui l'entoure cache toute une vie tumultueuse, tout un travail aussi digne d'attention que celui qui se fait dans les veines des hommes. Nos décorateurs modernes qui utilisent les fleurs sont moins loin des peintres de l'ancienne Égypte que les décorateurs du XVIIIe siècle. Il semble que, à partir de la Renaissance, il y ait eu un creux dans la stylisation des fleurs. Après la magnifique période gothique où la nature était si rigoureusement traitée ou visages, animaux et fleurs devaient subir de si magnifiques contraintes, peu à peu l'image que l'on donne des fleurs se rapproche de plus en plus de leur physionomie réelle pour arriver à la charmante niaiserie de la Régence et pour tomber enfin dans la grande dérision romantique. Les fleurs ne servaient plus qu'aux jeunes filles que pour leurs broderies et leurs aquarelles... L'épanouissement de tout cela, le moment où la vraie image de la fleur a absolument tué la fleur elle-même est le style dit 1900, où les femmes, les meubles et les fleurs ont perdu toute leur ossature. Un nouvel ascétisme s'est fait sentir dans la décoration comme il s'est fait sentir dans la peinture. Après le grand désert du cubisme voilà que de tous côtés, sur la toile, dans la photographie, dans la décoration, les fleurs réapparaissent comme après l'orage, avec un visage nouveau. Ce ne sont plus des prétextes coloriés mais des instruments avec lesquels on peut jouer, dont le microscope nous a appris à saisir toutes les beautés. Il ne faut pas voir dans le retour de la fleur dans l'art décoratif un retour à une niaiserie sentimentale. Les fleurs naturelles harmonisent, si l'on peut dire, les intérieurs modernes ornés presque toujours suivant les lois d'une froide géométrie. Par la fleur, la science et la poésie se rejoignent. Tant qu'il en sera ainsi, il y aura de l'espoir. André de Richaud.
ART INDUSTRIE Société Anonyme au capital de 2.000.000 de francs. 5, rue Montaigne, Paris (viii°). Tél.: élysées 90-24 et 90-25. --- Directeur : Victor de La Fortelle. --- COMITÉ MM. Louis ARTUS Pierre BENOIT de l'Académie française. Jacques Émile BLANCHE Jean CASSOU Inspecteur général des Arts Appliqués. Jean COCTEAU MM. Henri CLOUZOT Conservateur du Musée Galliera. Mme L. DELARUE-MARDRUS MM. Jean GIRAUDOUX C. GRONKOWSKI Conservateur du Musée du Petit-Palais. MM. G. JANNEAU Administrateur du Mobilier National. Paul LOCARD Charles LOUPOT. Camille MAUCLAIR Pierre MILLE MM. Auguste PERRET Jean SARMENT Mme Marcelle TINAYRE MM. Paul VALÉRY de l'Académie française. J.-L. VAUDOYER --- SOMMAIRE DÉCEMBRE 1932 Pages --- COUVERTURE : "LE CAPRICORNE", par LOUPOT. --- DEUX HORS TEXTE : LE VISAGE DES FLEURS, par A. DE RICHAUD, dessins de P. MARROT. --- FLEURS... --- LES FLEURS DU JAPON, par KIKOU-YAMATA --- LA FLEUR ET LE DÉCOR, dessins de RESCHOFSKY. --- PHOTOGRAPHIES, par MAN RAY... --- CHEZ LA BARONNE E. D'HUART --- L'ART FLORAL --- CHEZ Mme BOUTET DE MONTEL --- BOUQUETS, peintures par André BEAUCHAMP --- D'APPARTEMENT DE M. Jacques HOLZSCHUCH --- FRANCE ET COLONIES : Le Numéro ... 8 francs. Abonnement ... 60 — PAYS À TARIFS POSTAUX RÉDUITS : Le numéro ... 10 francs. Abonnement ... 100 — AUTRES PAYS : Le numéro ... 12 francs. Abonnement ... 120 — Édition de luxe : 20 francs. — Abonnement : 200 francs. — Étranger : port en plus. Revue mensuelle. — Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. Copyright, Décembre 1932, par Art et Industrie.
Cette publication mensuelle, Art et Industrie, présente un numéro spécial sur le thème de Noël pour décembre 1932. Le contenu inclut des articles sur les fleurs dans l'art décoratif, des photographies par Man Ray, et des publicités pour des vins, champagnes et destinations de sports d'hiver.