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ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: Le Septième Salon des Artistes Décorateurs. --- Louis Vauxcelles. --- L’Avenir de l’Apprentissage. --- E. Robert. --- Les Arts Décoratifs au Théâtre. --- E. Belville. --- 40 pages 35 illustrations 4e ANNÉE AVRIL 1912
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
ART & INDUSTRIE SOMMAIRE: Le Septième Salon des Artistes Décorateurs. --- Louis Vauxcelles. --- L’Avenir de l’Apprentissage. --- E. Robert. --- Les Arts Décoratifs au Théâtre. --- E. Belville. --- 40 pages 35 illustrations 4e ANNÉE AVRIL 1912
Le Septième Salon des Artistes Décorateurs G. LE BOURGEIS COURONNEMENT D'UN CONTREFORT (EXÉCUTÉ EN PIERRE) --- L'exposition des « Artistes Décorateurs » au Pavillon de Marsan est triomphale. La foule s'y presse ; les achats, les commandes se multiplient. Il semble bien que les idées modernistes, défendues avec la vaillance que l'on sait par la Revue Art et Industrie, font leur chemin, et que la victoire du bon sens est prochaine. L'exposition des décorateurs munichois au « Salon d'automne » il y a deux ans, aura servi à nos ornemanistes et meubliers français de puissant et efficace aiguillon. Certes, et nous ne nous sommes pas fait faute de le dire, les Bavarois manquaient de personnalité, de grâce et de goût. Ils démarquaient systématiquement le style Empire et le style Louis-Philippe, et le Louis XVI anglais, Chippendale et Sheraton. On retrouvait dans leurs ensembles des motifs belges, hollandais, roumains et tchèques. Ces ensembles étaient pesants, et les tonalités les plus discordantes y choquaient nos rétines. Mais quelle puissante discipline, quelle homogénéité dans le travail, quelle subordination parfaite des artisans au « Maître de l'œuvre » et, aussi, quel souci de l'achèvement technique, quel fini d'exécution ! La leçon ne fut pas perdue. Tant au Salon d'Automne qu'au Pavillon de Marsan on a senti la nécessité de s'unir, d'œuvrer en commun, de lutter contre la concurrence étrangère, de ne pas laisser dévier un mouvement né chez nous et qui doit demeurer notre. Ce n'est pas ici le lieu de redire ce que nous avons tant de fois écrit. La suprématie française en matière d'art appliqué est évidente, depuis des siècles, et c'eût été un crime que de la laisser pericliter. Les meubliers, stuccateurs, mouluriers, peintres et statutaires qui travaillaient à Versailles et au Louvre au dix-septième siècle sous la domination parfois tyrannique de Charles Lebrun ; les artistes qui composèrent durant la Régence ces lambris, ces dessus de portes, ces trumeaux, ces fauteuils chantournés destinés aux hôtels des fermiers généraux, des favorites et des danseuses, et qui correspondaient exactement aux besoins d'une société voluptueuse et frivole, créèrent des styles parce qu'ils reflétaient les désirs de leur temps. Nous possédons au vingtième siècle une pléiade nombreuse et brillante d'inventeurs de formes, de créateurs de modèles, égaux sans doute aux Bouille, aux Gouthière, aux Riesener et aux Jacob de l'ancien régime. Des architectes comme Charles Plumet, comme Frantz Jourdain, comme Bonnier ou Bouwens savent édifier des demeures modernes, faites pour nos contemporains. Dès lors, avec de tels éléments, comment la constitution d'un style français du vingtième siècle ne pourrait-elle éclore ? Il a fallu la formidable coalition d'intérêts des fabricants du faubourg Saint-Antoine ligues contre l'art moderne pour imposer à la routine bourgeoise et au snobisme mondain l'éternel pastiche des modèles d'antan ; le goût du faux luxe, de la copie, a inondé les appartements de buffets Henri II, de salons Empire et --- Le Septième Salon des Artistes Décorateurs - Fasc. 1.
de chambres à coucher Louis XV. L'inertie des patrons, l'anarchie des ornemanistes, l'indifférence des pouvoirs publics, l'ignorance insondable d'un sous-secrétaire d'État incrusté sept années à son fauteuil de la rue de Valois, la crise de l'apprentissage, le bon marché de la main-d'œuvre étrangère, autant de causes connues de nos lecteurs, et qui ont manqué d'enrayer l'impulsion partie de chez nous il y a quelques vingt années, et compromise aussi, il faut le dire, par les excentricités et les outrances des surenchérissieurs du modern-style. Mais l'équilibre est enfin rétabli, le bon sens lucide reprend ses droits. Les encouragements viennent de toutes parts. Des rapporteurs du budget des Beaux-Arts avertis et artistes, MM. Couyba, Paul-Boncour, Simyan, comprennent l'importance du problème, à la fois esthétique et économique, et qui a pour la France une importance vitale; le nouveau ministre des Beaux-Arts est tout acquis à nos idées. Il nous promet la reconstruction nécessaire et si longtemps attendue de l'Ecole des Arts décoratifs. Le public s'émeut; des amateurs hardis tels MM. Rouché, Stern, l'abbé Sanson, font travailler nos décorateurs. Au « Salon d'Automne », un président d'un dévouement inépuisable, Frantz Jourdain, ne cesse d'agir. La Société des Décorateurs, dirigée par un courageux et compétent connaisseur, René Guilleré, redouble d'initiatives fécondes. Tout marche à souhait. Au Pavillon de Marsan, les lois essentielles du décor sont appliquées avec rigueur et continuité. De ces lois la première est la règle de convenance. On peut l'énoncer en ces termes : « L'objet d'art appliqué est d'autant meilleur qu'il invite davantage à requérir ses services ». Ce truisme n'est en somme que la transposition de l'axiome célèbre de Ruskin. C'est aussi le mot de Stendhal : « Le beau est la saillie de l'utile ». Un modèle de meuble n'est valable que s'il est susceptible de répétition sans déperdition appréciable de ses qualités essentielles. Le meuble d'exception, la pièce de musée, ne sont pas le but de l'art décoratif. Il faut aboutir à l'édition. En second lieu, le technicien doit respecter les lois de la matière, bois, verre métal ou terre, savoir ce qui convient à chaque objet et à lui seul. C'est à l'ébéniste qu'il faut demander le dessin d'une table à thé ou d'un somno ; au serrurier, au ferronnier à combiner l'arabesque d'une grille ; c'est au dessinateur industriel qu'on s'adressera pour établir le carton d'une tapisserie ou la frise d'un pochoir. Eviter le concours injustifié des matières, ces sottes et compactes surcharges décoratives dont on a tant abusé. Faire prédominer l'élément constructif sur l'élément décoratif, c'est-a-dire concevoir solidement l'objet en ses masses, plans, volumes et proportions avant de donner son essor à la fantaisie ornementale. En un mot, que la synthèse soit la fin de l'œuvre, et non la joliesse des détails.
P. CROIX-MARIE — UN ENSEMBLE MOBILIER DE SALLE A MANGER EN ACAJOU
Ce numéro d'avril 1912 de la revue "Art & Industrie" couvre le Septième Salon des Artistes Décorateurs, analysant les tendances modernistes et la nécessité d'une discipline technique dans les arts appliqués. Il discute des principes d'esthétique rationaliste et utilitariste, et de la fusion des tendances coloristes et techniciennes pour aboutir à un style français du vingtième siècle.