Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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RÉFECTOIRE DE LA 3e COMPAGNIE DU 79e D'INFANTERIE, PAR LE SOLDAT G. WERRIMST 1908. --- L'Art à la Caserne --- Voila plus de dix ans déjà que nos ministres de la guerre se préoccupent d'améliorer la vie du soldat à la caserne ; on ne le traite plus en enfant mais en citoyen, on ne s'applique plus à en faire un automate, on s'adresse à son intelligence, à son cœur, on est aussi amené à créer un enseignement post-scolaire, et à encourager, théoriquement tout au moins, les efforts d'officiers de bonne volonté désireux de continuer les efforts de nos instituteurs. D'autre part, très émus du taux de la mortalité de notre armée, nos parlementaires s'intéressent bien davantage à l'hygiène du soldat, auquel médecins et officiers cherchent à inculquer des habitudes d'ordre et de propreté, en même temps qu'une gymnastique éducative rationnelle maintient l'harmonie dans les fonctions de leur organisme. Mais il ne suffit pas de loger un soldat intelligent, désireux de continuer, perfectionner son instruction, dans des chambres propres et vastes où il puisse respirer à l'aise, encore faut-il qu'il éprouve un certain plaisir à s'y trouver, que ces chambres engendrent la gaieté. Malgré l'éloignement de la famille, est-il possible de rendre attrayant le séjour de la caserne ? Nous le croyons fermement et c'est avant tout parce que cette foi nous soutient, mu par des sentiments de bonté, de sympathie très vive, à l'égard du soldat que nous rédigions cet article. Oui nous croyons que l'œuvre d'art, que la décoration vraiment artistique retiendront le soldat à la caserne, qu'il s'y sentira à la longue chez soi, — oui ; parce que nous croyons que l'art est moralisateur, destiné à la joie du peuple, nécessaire à l'éducation du peuple, nous voulons que l'œuvre de l'art à l'école soit complétée par l'œuvre de l'art à la caserne. Aujourd'hui on n'a plus le droit de comparer la caserne ni à une prison, ni à un couvent. Demain elle sera une fenêtre ouverte sur la nature. Les circulaires ministérielles existantes permettent-elles, sans qu'il soit nécessaire d'en solliciter de nouvelles, de tenter, d'organiser dès maintenant l'art à la caserne ? Sur quelles ressources est-on en droit de compter ? Le concours de certaines sociétés civiles pourrait-il être acquis ? Le soldat est-il susceptible d'aimer l'œuvre d'art, d'en avoir grand soin, de la respecter ? Ne se heurtera-t-on pas enfin à un scepticisme et une indifférence totale et de la part des soldats et de la part des officiers et comment pourrait-on triompher de ce scepticisme ? Nous nous efforcerons au cours de cet article de répondre succinctement à toutes ces questions. Juin 1911. — L'Art à la Caserne. — Fasc. I.

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LES NOUVELLES CASERNES DE CLIGNANCOURT (PARIS-MONTMARTRE) Pénétrons par la pensée dans une de ces casernes modèles telle qu'elle a été conçue par un des laureats du concours ouvert à ce sujet il y a quelques années : Dortoirs vastes, bien aérés, salles d'astiquage, réfectoires, salles de lecture et de récréation, salle de théâtre, rien n'est oublié. N'est-il pas possible de donner quelque caractère artistique à toutes ces pièces, de dissiper l'ennui, la tristesse de ces murs blancs en les ornant de quelque frise aux tons clairs ? Dans les réfectoires, ne saurait-on placer quelques estampes, quelques gravures à grand format, la si gracieuse statue de la République de Schnegg ? Nous entrons dans la salle de lecture et de correspondance. Nous feuilletons le catalogue réglementaire des bibliothèques du soldat, dressé d'une manière remarquable sur les ordres de M. Chéron. (A l'égard duquel catalogue on ne peut formuler que la critique suivante : Pour encourager la lecture des ouvrages énumérés, le ministère de la guerre devrait en envoyer un certain nombre. Il se plaint avec raison que nos bibliothèques de soldats renferment des livres démodés, mais il se garde bien d'en envoyer de récents et compte un peu naïvement sur les fonds restant de la masse des écoles et la générosité des particuliers.) Nous trouvons dans ce catalogue de très intéressants ouvrages sur l'histoire et les principes des arts plastiques, citons ceux de Charles Blanc. Puisque le goût de la carte postale se propage de plus en plus, qu'elle est éditée avec plus de soin, qu'il existe de très heureuses reproductions d'œuvres d'art en cartes postales, ne nous serait-il pas facile de constituer avec elles une petite histoire de l'art, par périodes ? Chaque semaine l'exposition serait changée, chaque semaine à l'inauguration de l'exposition nouvelle un officier ou un soldat instruit curieux d'art, un élève des beaux-arts ferait une causerie explicative. La bibliothèque deviendrait donc une sorte de musée d'art permanent.

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COUR DU 7e DRAGONS A FONTAINEBLEAU Mais le but de l’œuvre d’art n’est-il pas de nous apprendre à mieux aimer la nature, en nous apprenant à la mieux contempler? En assemblant les cartes postales représentant les sites les plus pittoresques, les plus caractéristiques de la région on constituerait une petite exposition d’art géographique et par ces conférences illustrées de géographie, le professeur de géographie du college le plus proche, ou à défaut un officier, ou un soldat licencié en histoire et géographie, parviendrait à instruire fructueusement nos recrues surtout s’il s’attachait à étudier les régions de la France auxquelles appartiennent les soldats du régiment. Il n’oubliera pas d’invoquer leur témoignage et de leur demander leur impression devant tel paysage qu’ils ont vécu peut-être et dont on leur montrera une reproduction. On encouragera dans la compagnie non plus seulement le cahier des chansons, pour lequel le soldat montre tant de soins, mais les collections de cartes artistiques que le professeur ou le camarade qui a du goût leur apprendra à classer d’une manière intelligente; on favorisera les échanges de cartes postales entre soldats de divers régiments. Mais c’est surtout pour l’enseignement de l’histoire que la carte postale artistique sera précieuse. Il est clair que cet enseignement à la caserne sera très limité. On devra s’efforcer surtout de faire revivre aux yeux du soldat notre xixe siècle, et lui apprendre à respecter, à aimer, tous ceux qui par leur indomptable énergie, au prix parfois de leur sang, ont peniblement conquis ces libertés dont jouit le citoyen de nos jours. Pour enseigner l’histoire républicaine par l’image, nous ne saurions prendre de meilleurs guides que les ouvrages de M. Armand Dayot, ouvrages que l’on devrait rencontrer dans toute bibliothèque d’officiers, de sous-officiers et de soldats. Enseigner l’histoire d’une époque par les œuvres d’art des artistes de cette époque, est un sur moyen de faire aimer l’art par l’histoire, et inversement l’histoire par l’art. Les portraits de Clouet, du Titien, de Raphael, de Velasquez nous permettront de décrire la psychologie des personnages célèbres et de mesurer l’influence de leur caractère dans les grands événements dont ils furent les principaux acteurs.

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Précieux entre tous le portrait d'un grand homme par un grand peintre, de Napoléon par David, de Delacroix par lui-même, de Proudhon par Courbet. Mais il serait impardonnable d'oublier de révéler à nos soldats les reproductions des admirables lithographies des journées de juillet par Charlet, Raffet, Decamps, et de ne pas commenter avec enthousiasme et émotion, le magnifique élan si courageux de la Liberte guidant le peuple, due au pinceau de Delacroix. Nous les verrons conquis par le rire, la satire féroce, mais vengeresse et hautement moralisatrice de ce grand graveur, de ce grand modelleur, de ce grand peintre qui a nom Daumier. Nous les verrons respectueux et graves devant ces autres œuvres du Maître : Au numéro 12 de la rue Trausnonain, Le convoi funèbre au Père Lachaise, La République de 1848. Les photographies des sites et des monuments permettront d'étudier avec fruit l'histoire de la région, qui a été vivement recommandée dans les corps de troupe, par une circulaire de M. le général André. A défaut de cartes postales, on aurait recours à la bonne volonté des soldats. Les photographes ne manquent pas dans les régiments. Déjà, très judicieusement quelques chefs de corps ont imaginé de monter un atelier de photographie. Comment mieux aider les jeunes amateurs de photographie à se perfectionner, sinon en les encourageant à prendre les sites pittoresques, les curiosités artistiques de la région, et en exposant leurs œuvres à la bibliothèque ou au réfectoire, en créant l'exposition de photographie à la caserne. Mais n'oubliant pas qu'il s'adresse à des travailleurs manuels, le conférencier leur parlera d'une manière concrète. C'est donc en montrant des costumes, l'organisation des métiers, des habitations de l'époque, qu'on intéressera le soldat et qu'on pourra lui faire comprendre, la marche du progrès, les efforts persévérants de tant de savants, d'inventeurs, et de patients et robustes ouvriers. Il est certain que la vue fréquente de paysages peints apprend à mieux contempler la nature, à mieux sentir l'architecture même du sol, l'harmonie des lignes, le jeu infini des nuances colorées. Du moins faut-il déjà aimer à se promener dans la nature, et s'habituer à regarder longuement certains sites, jusqu'à se sentir conquis, « empoigné », si l'on peut dire par le paysage. --- CROQUIS DE A. LARTEAU

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Organisons donc pour nos soldats de longues promenades le dimanche, promenades recommandées par une circulaire ministérielle, qui encourage vivement les officiers et sous-officiers à les diriger. A défaut d'officiers ou de sous-officiers, un élève de l'école des beaux-arts, un membre de la société pour la protection des paysages, d'une société locale d'émulation, dira en toute sincérité, en toute spontanéité ce qui l'émeut, ce qui l'attache dans un beau site. On rapporte des fleurs. Chacun les assemble selon sa fantaisie. Chacun dit sa préférence et pourquoi tel bouquet lui semble plus harmonieux. — Pendant l'automne les fleurs des champs sont mortes, mais dans la forêt la plus proche on coupe des branches aux feuilles multicolores fauves, d'or pur, d'or brun, et d'autres carmin, et d'autres vertes encore, et voici le vernis sombre des aiguilles de sapin, bouquet aux couleurs éclatantes, qui se conservent durant plusieurs jours. En été donc le réfectoire sera plein de bouquets de fleurs. Elles rappelleront sans cesse les bois et les champs quittés. C'est un peu de leur âme qui est entré dans le réfectoire. Il en est tout égayé. On mange moins vite, on parle moins grossièrement, on s'entretient de la précédente promenade, on fait des projets pour de nouvelles excursions. On note soigneusement les endroits où l'on a rencontré les fleurs les plus rares. Le 14 juillet depuis nombre d'années déjà ne voit-on pas nos soldats courir à l'envi bien loin pour rapporter de grands roseaux, d'amples frondaisons? Incitons-les à remplacer toutes les fleurs en papier, à la confection desquelles ils travaillent durant des heures, par des fleurs des champs, par des fleurs des jardins. Le ministre de la guerre a invité les professeurs d'agriculture et a leur défaut les officiers à entreprendre des conférences sur l'agriculture. Un certain nombre de régiments possèdent des jardins potagers. Ils sont indispensables aux compagnies des forts. Certains capitaines créent des champs d'expérience. Au concours agricole il n'est pas rare de voir des jardiniers de compagnies exposer quelques légumes volumineux. Ne pourrait-on pas à l'entour des jardins potagers militaires semer quelques fleurs? Ainsi à l'automne quand font défaut les fleurs des champs, les réfectoires seraient garnis de dahlias et de chrysanthèmes. CROQUIS DE A. LARTEAU