Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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Les Arts appliqués aux Salons
Société Nationale
Il ne faut pas oublier, en visitant la section des Arts appliqués à la « Société Nationale » que c'est en cette maison-là qu'il y a vingt ans, on fit pour la première fois dans un Salon français accueil à nos artisans. C'est pourquoi nous devons être enclins à l'indulgence.
Hé oui, avant que feu Dalou et Roger Marx ne prissent cette initiative qui nous semble aujourd'hui si naturelle, les arts du décor n'avaient pas droit de citer parmi les arts plastiques. Peintres et statuaires considéraient les ornemanistes comme des « frères inférieurs ». Et cet ostracisme datait de loin. Savez-vous qu'en 1773 il fallut la croix et la bannière pour que Gouthiere put faire placer — et encore sur le passage de la cour débouchant au Louvre par le jardin de l'Infante — deux tables de porphyre décorées en style égyptien !
À la « Société Nationale » la place n'est pas mesurée. Meubliers, dinandiers, ferronniers et céramistes disposent d'un spacieux rez-de-chaussée.
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Société Nationale, 1911
Le Bourgeois
Poteau d'escalier, sapin rouge (Cigogne)
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Mai 1911. — Les Arts appliqués aux Salons. — Fasc. I.
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L'impression générale, à qui y pénètre, est celle de la dispersion des efforts. Nombre de vitrines contiennent des ouvrages ingénieux, d'une invention inédite, d'une arabesque heureuse, d'une couleur chatoyante. Mais ce sont toujours objets isolés, bibelots de vitrine, produits d'un art individualiste, et non les détails coordonnés d'un ensemble. Nous ne saurions trop le redire (et d'ailleurs on commence à le comprendre en France, puisqu'on parle d'une exposition plénière pour 1914 des Arts appliqués et que nos gouvernants — mirabile visu! — vont condescendre à s'en soucier) : tant que nous en serons au concept actuel, que les techniciens ne sauront pas s'unir, se solidariser, travailler selon une nécessaire discipline et obéir au « maître de l'Œuvre », nous piétinerons et serons distancés par nos rivaux de tous pays. La France a dû sa suprématie, jadis, à cette règle qui nous fait aujourd'hui défaut. L'exemple le plus caractéristique est toujours celui de Le Brun. A tout prendre, ce tyrannique collaborateur du Roi-Soleil et de Colbert fut un médiocre peintre ; mais quels prodigieux ensembles, d'un faste solennel et chaleureux ne parvint-il pas à créer tant à Vaux-le-Vicomte qu'à l'Hôtel Lambert, à la Galerie d'Apollon, à Versailles ou à Marly, grâce à l'homogénéité de ses équipes de décorateurs ! Stuccateurs, mouluriers, lambrisseurs, peintres et statuaires lui obéissaient au doigt et à l'œil. La Manufacture des Gobelins lançait sans relâche de nouveaux modèles, non seulement de tapisseries, mais encore de meubles et d'orfèvrerie, que des ouvriers obéissants exécutaient en perfection.
De nos jours — et la « Nationale » nous suggère ces mélancoliques réflexions — on combat en ordre dispersé. Voyez l'admirable Bibliothèque en bois des Îles, et le Casier à musique (citronnier et camphrier) de ce beau sculpteur sur bois qu'est Albert Jallot : ce sont des essais d'une réussite excellente, mais pourquoi n'a-t-il pas été donné à Jallot de nous montrer le Cabinet de travail où cette bibliothèque devait logiquement prendre sa place, le salon qui devait contenir le petit meuble à partitions ? Malgré le mérite éminent de ces œuvres et des autres, elles se présentent à nous avec un caractère fragmentaire, incomplet, désuni.
Auprès de Jallot, Eugene Gaillard. Sa « Desserte » en hierrotodo et loupes d'orme vaut par la sûreté, l'impeccable élégance des arabesques, et l'appropriation de la forme aux besoins. Nous eussions voulu voir la salle à manger entière et surtout savoir que l'État encourage des créateurs de modèles, au lieu de laisser ce soin à des amateurs.
Je ne vois guère, après ces deux meubliers, à citer que M. Abel Landry, dont le « Buffet » est d'un goût précis et sobre, M. Lambert qui a apporté à l'étude des profils de sa « table de jeu » et de sa « table-guéridon » toute sa joliesse inventive, et M. Bernaux, un jeune qui pare le chêne de son Buffet, de bas-reliefs sculptés dans la matière, où revit le souvenir de l'art grave et plein de feu Lucien Schnegg.