Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART & INDUSTRIE V. Prove 1918.

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LE VERRE II⁽¹⁾ Au Musée Galliéra - Les Verperies de Gallé Si nous avons proclamé les qualités du verre, du cristal, leur transparence, leur limpidité, nous leur souhaitions bien aussi en certains cas, plus de nuances, plus de fondu, plus de profondeur, plus de vie. Nous désirions voir reproduites en eux, en conservant leur éclat, les couleurs qui font la joie des yeux et donnent aux objets plus d'horizon et d'idéal. Nous possédions les filigranes de Venise, les superpositions de couleurs de Bohême avec une gravure laissant apparaître l'une des couleurs — rouge, bleu, vert ou jaune — et laissant percer le fond blanc. Puis nous avions la gravure en camée, donnant une grande douceur et une homogénéité monotone. Gallé enferma dans ses verres tous les rayons. Il constitua une technique nouvelle ; à la gravure en camée, il substitua la marqueterie de cristal, fixant sans limitation de quantités, à chaud, ces pâtes de verre colorées, soudées les unes à côté des autres. Grâce à lui, palette de peintre et palette de verrier furent égales. De camée en camaieu on vint à l'arc-en-ciel et cette technique devint un art. Gallé choisit ses modèles parmi les fleurs, parmi les plantes et même les plantes marines. Les coloris de ces plantes sont spéciaux, les émaux donneraient des teintes trop vives, heurtées ; Gallé englobant dans le cristal ses pâtes de verre, les soudant, changeant les teintes par l'atmosphère oxydante ou réductrice du four, superposant les couches pour atténuer l'intensité de ses colorations, obtenait des effets que la taille, les retouches amenaient ensuite à la perfection. Il obtenait ainsi dans le cristal les effets constatés dans les eaux pour ces plantes marines. Dans la nature la plante était enveloppée d'eau ; dans l'œuvre synthétique de Gallé la plante était enveloppée de cristal. Par quelles trances, par quelles tortures passait Gallé pendant ces créations et quelle fatigue en résultait ; l'artiste vivait trop pendant ce travail. On peut dire que chez lui, l'âme, l'imagination ont usé ce corps devenu débile par excès de sensibilité. --- ⁽¹⁾ Voir le 6ᵉ de Juillet. Août 1910 — Le Verre. — Fasc. 3.

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Grâce à Gallé le verre n’est plus un protecteur comme la vitre, un réflecteur comme le miroir, il est le porte parole de sa pensée, il dit la chanson, le langage de la couleur qui a ses moments d’exaltation et ses heures de tristesse. Souvent je suis resté en contemplation devant une grande coupe marquetée, flambée — un chef-d’œuvre dont l’heureux possesseur est un ami (1) — et, suivant l’heure de la journée, suivant l’inclinaison des rayons solaires, qui lui donnaient la vie, mes pensées étaient bien différentes suivant l’heure..... gaies le matin, tristes vers le soir..... c’était en quelque sorte le matin et le soir de la vie ! Prenez certains vases de Gallé ; examinez-les sous certains angles de lumière... ils s’animent, les figures s’approfondissent, elles vibrent ; ces figures, ces fleurs, que le feu a faites... le verrier qui les a produites avec l’aide du feu, peut essayer de les reprendre pour se rémunérer des peines qu’elles lui ont causées. Perpétuer ce qui est fugitif, momentané, est un bienfait de l’Art. Conserver l’hiver les floraisons d’été, le coloris des feuilles d’automne, fait d’une partie de végétal, vouée à la pourriture, une pièce d’art indestructible, c’est l’œuvre de Gallé. --- (1) M. C. Boucher à Cognac. GRAND BOL EN MARQUETERIE DE VERRE : "LA NATURE" PROPRIÉTÉ DE M. C. BOUCHER A COGNAC

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E. GALLE VASES BAPTISMAUX COLLECTION DE M. LEGRAND